COP30. La 30 ème Conférence des Parties signataires de l’Accord Cadre des Nations Unies sur le climat se tient du 10 au 21 novembre 2025 à Belém, au Brésil. Dr Cissé Souleymane, expert en environnement et changements climatiques, présente les enjeux pour l’Afrique et la Côte d’Ivoire. Ceci, dans un contexte où l’Afrique est la plus impactée par les catastrophes alors qu’elle ne pèse que 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Interview!
Dr, quelle est l’innovation majeure de cette 30e conférence et comment les pays africains, en particulier la Côte d’Ivoire, peuvent-ils en tirer profit?
La COP30 se caractérise par une attention particulière accordée à la préservation des forêts et à la valorisation des services écosystémiques, ce qui lui vaut le surnom de « COP des forêts ». Elle marque également une étape décisive des instruments financiers dédiés aux pertes et préjudices. C’est à dire, leur mise en œuvre concrète.
Quels sont les principaux défis climatiques auxquels l’Afrique est confrontée, et comment la COP30 peut-elle contribuer à y répondre ?
Les principaux défis sont la vulnérabilité élevée, en parlant de la sensibilité des agricultures pluviales, des ressources en eau et des zones côtières aux événements extrêmes. On note aussi la déforestation et la perte de biodiversité, aggravant les émissions nettes et la résilience. Également, il y a l’insuffisance des financements climatiques (adaptation, pertes & préjudices, transfert de technologie), et enfin, les capacités institutionnelles et techniques limitées pour la mise en œuvre et le suivi des Contributions Nationales Determinées (NDCs) .
La COP30 peut aider à travers le financement ciblé d’adaptation et pertes et préjudices. Ce qui facilitera l’accélération de la mise en œuvre du fonds et la clarification des modalités pour un soutien rapide aux pays vulnérables. Pour les instruments pour la conservation des forêts, le financement axé sur des résultats et les partenariats public-privé sont idéaux pour stopper la déforestation et financer les communautés.
La Côte d’Ivoire est représentée à la COP30. Comment se positionne-t-elle dans les négociations climatiques internationales ?
En ce qui concerne la position ivoirienne, la Côte d’Ivoire est active et visible, car elle participe avec une délégation ministérielle de haut niveau, présente sa vision nationale et ses priorités (NDC3.0, Stratégie nationale de gestion des pertes et préjudices, et son bureau de marché carbone opérationnel). Le gouvernement met en avant la nécessité d’un soutien international adapté à la mise en œuvre des CDN 3.0.
Pour le positionnement de la Côte d’Ivoire lors des négociations, elle met l’accent sur la traduction des engagements en projets concrets et le financement de l’exécution. Elle demande un accès facilité aux fonds climat, un soutien à la rénovation des infrastructures et un renforcement des capacités ; elle se positionne également comme un acteur ouest-africain susceptible de coordonner des positions communes sur l’adaptation et la finance.
Quel doit être le principal objectif de la participation de la Côte d’Ivoire à la COP30 ? Et quels défis majeurs doivent être relevés ?
L’objectif de la participation doit être d’obtenir des appuis financiers et techniques concrets, conditionnés à la mise en œuvre, c’est-à-dire l’adaptation prioritaire . Je peux citer l’agriculture résiliente, la gestion côtière, et l’eau. On note également l’accès aux ressources du fonds pertes & préjudices, et le financement pour la mise en œuvre de la CDN3.0/NDC3.0.
Quant aux défis majeurs à relever lors de la COP30, la Côte d’Ivoire doit obtenir des engagements financiers mobilisables c’est à dire pour l’ adaptation, les pertes et préjudices. Elle doit faire face à une concurrence diplomatique, car les petites délégations doivent négocier face à des blocs puissants, nécessitant des alliances. Il lui faut également établir une traduction des promesses en flux financiers réels et rapides (problème structurel) . Et, enfin, mettre en place des capacités techniques pour accéder aux financements complexes (propositions bancables, suivi-évaluation, conformité aux exigences des bailleurs).
Comment le gouvernement ivoirien doit-il relever les défis de mise en œuvre des politiques et des engagements climatiques ?
En termes de stratégie opérationnelle, comme axes prioritaires, nous pouvons dire qu’il faut transformer la CDN3 en plan d’investissement public-privé avec des calendriers, indicateurs et budgets clairs (document de planification et pipeline de projets bancables) ; monter des projets « bankable » (études, cofinancement public initial) pour les fonds verts (GCF, Adaptation Fund), bilatéraux et mécanismes émergents (marchés carbone, paiements pour services écosystémiques) ; renforcer la coordination inter-ministérielle (environnement, agriculture, finance, plan) et avec les collectivités locales pour la mise en œuvre territoriale ; déployer les systèmes de suivi et d’évaluation (M&E) alignés sur le cadre de transparence renforcée (ETF) ; et créer des incitations (partenariats public-privé, garanties) pour attirer des investissements privés verts, en associant ONG et leaders communautaires pour une appropriation locale.
On parle de justice climatique, de pertes et préjudices et de financements. D’abord, comment les pays africains doivent-ils le comprendre, et ensuite quels mécanismes de financement sont primordiaux pour permettre aux pays africains de s’adapter aux impacts du changement climatique ?
La justice climatique exige que les responsabilités (historiques et actuelles) et les capacités déterminent qui paie et qui reçoit de l’aide ; elle implique réparation, responsabilité et soutien renforcé pour les pays vulnérables. Tandis que les pertes & préjudices couvrent des impacts irréversibles ou difficiles à adapter (pertes de terres, événements extrêmes, érosion côtière). Les pays africains doivent voir ce mécanisme comme un droit à réparation et à soutien pour des impacts déjà en cours. Les mécanismes de financement prioritaires comprennent l’opérationnalisation du fonds pertes & préjudices (priorité immédiate) ; le renforcement des flux d’adaptation ; l’accès au financement climatique traditionnel (GCF, Adaptation Fund) ; des mécanismes innovants comme les taxes sur les combustibles fossiles, les instruments basés sur les marchés (paiements pour services écosystémiques, crédits carbone de qualité), les fonds verts régionaux, et les obligations vertes souveraines pour lever des capitaux ; ainsi que le mécanisme des marchés carbone.
Interview réalisée par Axelle Bomo
Lemediacitoyen.com

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