Au 62e salon internationale de l’agriculture de Paris, les entreprises ivoiriennes sont nombreuses et diversifiées. Le centre national de recherche agronomique -CNRA- occupe une place enviée dans le système de production agricole ivoirienne. Le CNRA veut se positionner dans le numérique disons dans la digitalisation à l’ère des changements climatiques. Pour en savoir plus sur cette ambition, sur ce projet, nous nous sommes entretenus avec le professeur Abdourahamane Sangaré directeur général de cette unité nationale de recherche qui nous explique l’impact du CNRA dans la production agricole ivoirienne voir mondiale et nous parle surtout des projets du centre de recherche qu’il dirige. Interview exclusive.

– Qu’est ce que le CNRA et quel est son impact dans la production agricole ivoirienne, monsieur le DG?
Le CNRA est l’institution officielle de l’Etat de Cote d’Ivoire en charge de faire de la recherche pour trouver des solutions aux contraintes de l’agriculture en Cote d’Ivoire. Le CNRA est à la pointe des recherches dans le domaine agricole et réussit tant bien que mal à juguler les désidératas qui impactent toute production agricole en Cote d’Ivoire.
– Sur quoi porte les recherches au CNRA?
Le CNRA fait de la recherche sur presque tous les produits agricoles. En amont et en aval nos recherches interviennent pour que les producteurs puissent avoir de bons produits. Nous participons à la création des variétés en ce qui concerne les cultures végétales adaptées à notre environnement. Des cultures résilientes. Dans nos recherches, nous faisons en sorte que nos produits résistent (tolérance) à la sécheresse et aux différents agresseurs tel que les bactéries, des insectes ainsi que des virus. Ces contraintes pèsent énormément sur les productions végétales. Notre objectif c’est de faire en sorte que les variétés sur lesquels nous intervenons soient résistantes et productives.
– Donnez nous des exemples de cultures impactant en bien obtenus par les recherches du CNRA?
Comme je vous l’ai dit tantôt nous intervenons sur toutes les cultures dans le domaine agricole. Je parlerai du cacao « Mercedès ». C’est une variété qui est recherchée partout dans le monde puisqu’en dix-huit (18) mois cette espèce de cacao entre en production. On a aussi l’hévéa, le palmier à huile. Pour parler du palmier à huile, on a l’une des variétés les plus performantes au monde. Je peux vous dire que toutes les plantations de palmier à huile en Asie ont été faits à partir du matériel végétal en provenance de Cote d’Ivoire. Cependant, nous avons des contraintes différentes des asiatiques surtout les attaques par des champignons. Nous proposons donc du palmier à huile qui résiste à toutes sortes d’attaques y comprise celle des champignons. Mieux en terme industriel ces variétés ont toutes les caractéristiques recherchées par les agroindustriels qui produisent de l’huile.
–Le réchauffement climatique impacte la production des cultures, comment le CNRA réagit face à ce réchauffement?
Nous voyons cela au quotidien. Pas besoin de faire Havard pour se rendre compte qu’il y a un changement des saisons. Aujourd’hui c’est très difficile de prévoir des dates de semis. Ce qui nous amène à créer des variétés plastiques qui soient capables de résister lorsque les conditions ne sont pas favorables et qui surtout attendent les meilleurs conditions climatiques pour pouvoir produire. C’est facile à dire mais ça demande énormément de travail. Vous savez, il y a deux composantes dans le changement climatique. On parlera d’adaptation au changement mais il y a aussi la prévision de ce qui peut arriver et les mesures à prendre. On travaille donc sur ces deux aspects. Les variétés qui sont disponibles et qui peuvent nous permettre de solutionner les problèmes nous les mettons à la disposition des producteurs. Pendant ce temps on se met dans la perspective d’un changement durable et les solutions qu’on propose que ce soit en création variétale ou même en pratique culturelle comme l’agroécologie et autres. Vous savez il y a plusieurs façons de faire de l’agriculture qui peuvent permettre de faire face au déficit public. Aussi on a tendance à croire que le changement climatique ce n’est que la sècheresse mais il y a aussi les inondations. Il y a de longues périodes d’incertitudes dans les précipitations. Il faut qu’on soit prêt pour toutes ces préoccupations. Les variétés qu’on met à disposition essaient de régler ces problèmes. Souvent vous avez de brusques contraintes non prévues comme les acides sur le cotonnier. C’est apparu de manière soudaine l’année dernière et rapidement nous avons travaillé sur un dispositif pour proposer des variétés plus résilientes vis à vis de ces attaques et trouver aussi des molécules pour contrôler les insectes qui sont à l’origine de nombreux soucis sur les cultures.

– Vous êtes ici au salon international de l’agriculture, qu’est-ce qui explique votre présence à cette 62e édition du SIA?
Cette année l’objectif de la Cote d’Ivoire au salon international de l’agriculture c’est de développer de nouveaux partenariats pour faire face justement aux contraintes qu’on vient d’énumérer. Il y a aussi le besoin de moderniser l’agriculture de manière à ce qu’on introduise la digitalisation pour pallier à certains problèmes. Il y a un gros soucis en ce qui concerne la main d’œuvre et la mécanisation n’est plus un luxe mais une nécessité si on veut avoir une agriculture durable. Indépendamment de ça, le CNRA a connu une période très difficile. Plusieurs de ses dispositifs en matière de recherche ont été affectés par les différentes crises. Dans ce contexte notre recherche animale a pris un sérieux coup et nous sommes dans la perspective de redéployer ce dispositif de recherche animale et nous cherchons le maximum de contacts possibles pour nous permettre de relancer cette recherche. Je parlais tout à l’heure avec mon collègue de l’élevage des bovins, il nous faut trouver des partenaires qui soient capables de nous trouver des partenaires qui puissent nous donner des races pures dont l’exploitation dans les programmes d’amélioration génétique nous permettra d’avoir des races plus productrices en lait, en chair selon les besoins de la filière. Des races qui puissent être résistantes car il y a des maladies qui existent chez nous mais qui n’existent pas en occident. Il faut donc faire des croisements de manière à ce que les descendants soient en même temps productifs et résistants. En termes de projets j’insiste sur la digitalisation, sur le numérique qui pour le moment est notre projet primordial. Nous travaillons aussi sur tous les systèmes qui peuvent nous permettent d’être résilients. Les pratiques d’agroforesterie par exemple; il y a une diversité de propositions en la matière, il s’agit d’avoir des partenaires diversifiés et cela va permettre à la Cote d’Ivoire de retenir les solutions les plus pertinentes.
– Monsieur le directeur général est-ce qu’au CNRA vous avez un bon bilan?
Franchement dire le contraire serait vouloir nier l’évidence. Notre impact sur l’agriculture ivoirienne est évidente. Le seul souci c’est qu’il n’y a pas de dispositif pour mesurer cet impact. Le miracle ivoirien en terme agricole est essentiellement basé sur les progrès de la recherche. C’est vrai il y a certains observateurs qui affirment qu’il faut prendre en compte l’augmentation des surfaces exploitées ce qui n’est pas faux mais la performance des secteurs comme le palmier à huile, le cacao, le café et le coton c’est essentiellement dû au matériel végétal créé par la recherche.

Armand Iré au 62e salon international de l’agriculture

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