Une communication policière à Abidjan bascule en cyberharcèlement sexiste, Opinion Eclairée dénonce (Déclaration)

"Si ces pages institutionnelles ont surfé sur cette tendance virale pour véhiculer des messages d'intérêt général, notre propos n'est pas de juger leur intention, mais d'alerter sur l'impact de leur communication." dixit ONG Opinion Eclairée

Une publication de la police ivoirienne sur Facebook, s’inscrivant dans une tendance dite « humoristique » autour de la dette sexuelle, a déclenché une vague de cyberharcèlement ciblant massivement les militantes féministes du pays.  L’Ong Opinion Eclairée prend position dans une déclaration et formule des recommandations.  Lire l’intégralité.

Abidjan, le 04 septembre 2026

Objet : Dénonciation de l’usage d’une tendance virale « Allons se reposer », symbole de la dette sexuelle, par des pages institutionnelles

L’ONG Opinion Éclairée (OP-E), organisation féministe, engagée pour la justice de genre et
travaillant sur les narratifs inclusifs, a constaté avec vive préoccupation l’utilisation par plusieurs
pages institutionnelles officielles sur les réseaux sociaux, dont celle de la Police Nationale, d’une
tendance virale « Allons se reposer » illustrée par un visuel de pagne.

                                  I. RAPPEL DES FAITS

   Cette tendance est issue de vidéos virales d’un web-humoriste qui a choisi de banaliser la dette
sexuelle. Dans son sketch, l’expression « allons se reposer » est utilisée dans le jargon ivoirien
comme un euphémisme pour exiger un rapport sexuel d’une femme invitée à déjeuner ou à dîner.
Si ces pages institutionnelles ont surfé sur cette tendance virale pour véhiculer des messages
d’intérêt général, notre propos n’est pas de juger leur intention, mais d’alerter sur l’impact de leur
communication.
       

                           II. NOTRE ANALYSE : POURQUOI C’EST GRAVE

  • La dette sexuelle est ce chantage social qui fait croire qu’une femme devient redevable de son corps dès lors qu’un homme l’invite à manger. C’est la négation même du consentement libre et éclairé.
    Même au second degré, reprendre ce symbole a trois conséquences graves :
    1. Il normalise une violence morale. Il rend sympathique et virale une forme d’oppression
    quotidienne vécue par les femmes. Le pic de harcèlement à l’encontre des femmes défenseures et des militantes féministes sur les réseaux sociaux après la reprise de ce symbole en est une parfaite illustration.
    2. Ce symbole entretient une confusion dangereuse. Il installe l’idée fausse et mortifère qu’une invitation à dîner vaut consentement sexuel.
    3. Cette reprise est institutionnellement inappropriée car il est paradoxal qu’une institution censée protéger les femmes contre la coercition s’affiche avec le symbole même de leur agresseur. Une victime de chantage après un dîner ne peut se sentir en sécurité auprès d’une Police qui reprend le code de son agresseur.
    En communication publique, on ne combat pas un fléau avec ses propres codes. On ne peut paslutter contre les Violences Basées sur le Genre (VBG) en utilisant l’étendard de la culture  du viol, même pour faire du buzz. C’est pourquoi nous exprimons notre compassion et notre sororité aux survivantes de la dette
    sexuelle et aux militantes féministes qui subissent depuis lors des agressions en ligne. Notre présidente a été menacée d’agression physique par un cyber militant pour avoir dénoncé la
    dette sexuelle. Nous prenons la mesure de toute cette vague de haine. Aussi, prenons-nous l’opinion nationale et
    internationale à témoin.

                                         III. NOS RECOMMANDATIONS

    Au regard de ce qui précède, l’ONG Opinion Éclairée :

  • – Demande aux militantes et aux organisations féministes de ne pas céder au découragement ;
    – Interpelle les institutions concernées et leur demande le retrait de ces visuels, malgré la bonne intention initiale et les invite, par la même occasion, à organiser des séries de renforcement de capacités des gestionnaires de leurs pages digitales sur la communication non sexiste ; – Recommande aux autorités administratives compétentes de diffuser une note de cadrage à toutes les cellules de communication de l’Administration publique, stipulant que les symboles promouvant la dette sexuelle, le harcèlement ou le viol ne peuvent en aucun cas être utilisés comme outils de communication; – Demande à l’État de rappeler publiquement sa doctrine en matière de consentement : Une
    invitation n’est pas un contrat sexuel. Non, c’est non. Même après un dîner.

    Pour l’ONG Opinion Éclairée (OP-E)
    La Coordination

Les titres et surtitre sont de la Redaction

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