De #vraiefemmeafricaine au pop-féminisme, anatomie du féminisme 2.0 en Afrique francophone

De retour de Yopougon

Le féminisme en ligne en Côte d’Ivoire et en Afrique francophone ne débute pas avec le hashtag #vraiefemmeafricaine. Cependant, ce mouvement viral en représente un tournant majeur. Ralliant des voix au-delà des frontières ivoiriennes, il a contribué à la visibilité des luttes féministes à travers la région. Avec l’essor des panels et des vidéos virales, le féminisme digital adopte un visage nouveau aujourd’hui. Décryptage !

Le 26 février 2020, en réaction à une émission de télévision qui affirmait qu’une “vraie” femme africaine devait accoucher sans péridurale pour prouver sa force, l’activiste et journaliste Bintou Mariam Traoré lance le hashtag #VraieFemmeAfricaine. Ce dernier est rapidement devenu viral à Abidjan, se propageant à toute l’Afrique francophone. Ce mouvement représente une libération de la parole contre les violences patriarcales dans les espaces publics et privés. Il engendre l’émergence d’une nouvelle génération d’activistes qui s’adaptent à l’évolution numérique.

 

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Aujourd’hui, avec des plateformes telles que TikTok, le monopole de l’écrit est contourné. Le féminisme ne nécessite plus une maîtrise de la langue française pour être sur les réseaux sociaux. Il se manifeste maintenant à travers des visages, des voix et des corps qui s’expriment en nouchi, wolof, lingala ou en français populaire. Les utilisatrices partagent leurs histoires sur des plateformes visuelles. Et elles abordent des thèmes tels que la violence, le harcèlement et l’autonomie financière. D’ailleurs, des mots-clés spécifiques, comme « violence conjugale » ou « féminicide », déclenchent un flot de vidéos accessibles à tous.

Les femmes africaines organisent des clashs constructifs et utilisent l’humour, comme l’illustre Florence Mapenzi sur Facebook. Le féminisme africain francophone 2.0 se démocratise, s’adaptant aux normes de la culture populaire et du divertissement.

Le pop-féminisme, qui rend les concepts d’égalité des genres accessibles par le biais de la culture de masse, utilise les codes des réseaux sociaux, de la musique et de la mode pour toucher un large public. L’ivoirienne Laetitia Ky, avec plus de six millions d’abonnés, fusionne art capillaire et messages féministes puissants. D’autres créatrices de contenus sur TikTok, telles que Dearmrsdforduchess et Mrs O, explorent des sujets comme la charge mentale et les inégalités. Les féministes queer prennent la parole, déconstruisent les préjugés.

Ces canaux digitaux servent également de levée des fonds pour des survivantes de violences, avec des organisations afroféministes comme Stop au chat Noir. De plus, les féministes africaines jouent un rôle central dans l’éducation sur les lois et mènent des plaidoyers pour le changement.

Ainsi, de Dakar à Yaoundé, de Conakry à Kinshasa, le cyberféminisme redessine l’activisme africain. Le passage de l’incubation solidaire sur Facebook aux débats politiques sur x et l’émergence d’un pop-féminisme décomplexé sur TikTok témoignent d’une nouvelle ère. Les créatrices de contenus ont décolonisé le langage de l’émancipation pour ancrer le féminisme dans les cultures urbaines locales.

Cette transition vers des contenus vidéo accessibles conduit à une démocratisation culturelle sans précédent. Les tabous sur des sujets variés, tels que l’héritage, le harcèlement, l’excision ou l’autonomie financière, sont désormais abordés publiquement. Cependant, cette visibilité accrue expose au cyberharcèlement et à la montée de réseaux masculinistes structurés en Afrique de l’Ouest.

 De Laure Nesmon PIE

Lemediacitoyen.com

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