APN 2026, Micheline Kaboré plaide une philanthropie africaine où les femmes décident

Micheline Kaboré, directrice exécutive de l'IPBF lors de son intervention à Accra au Ghana (Dr)

Les assemblées de l’African Philanthropy Network (APN) ont ouvert leurs portes le 2 novembre 2026 à Accra, au Ghana. Intervenant à cette rencontre, Wendyam Micheline Kaboré, directrice exécutive de l’Initiative Pananetugri pour le Bien-être de la Femme (IPBF), a mis en exergue la nécessité de transcender le modèle traditionnel de l’aide. Pour elle, il importe de migrer vers un partenariat stratégique fondé sur le co-partage du pouvoir décisionnel, l’optimisation des mécanismes de financement endogènes et la consolidation de l’autonomie organisationnelle des mouvements féministes locaux.

Le positionnement des jeunes femmes au sein du paysage philanthropique africain doit opérer une transition critique, passant du statut de bénéficiaires passives à celui d’architectes des dynamiques de développement. Tel est le paradigme défendu par Wendyam Micheline Kaboré, directrice exécutive de l’Initiative Pananetugri pour le Bien-être de la Femme (IPBF) : « Depuis quinze ans, l’IPBF accompagne les jeunes filles et les jeunes femmes en Afrique de l’Ouest francophone. Nous avons appris une chose fondamentale. Les femmes ne sont pas seulement bénéficiaires de la générosité des autres. Elles sont elles-mêmes des actrices de solidarité de leurs communautés, des créatrices de solutions et porteuses de changement. » Son intervention a eu lieu dans le cadre du Forum 2026 de l’African Philanthropy Network (APN) qui se tient du 2 au 5 novembre à Accra, au Ghana.

En perspective de la sortie de la responsable de l’IPBF figurent les normes de la solidarité et du financement du développement. De fait, les dynamiques philanthropiques préexistent structurellement au sein des communautés africaines. À travers les réseaux informels de soutien, les tontines et les caisses d’entraide communautaires, les femmes déploient des stratégies de résilience majeures, souvent caractérisées par une forte optimisation de ressources financières limitées.

Pour l’IPBF, l’enjeu des instances internationales consiste à acter la légitimité de ce patrimoine social. Cette reconnaissance implique une extension de la définition des actifs philanthropiques, devant inclure le capital humain, les réseaux de solidarité intergénérationnels, ainsi que l’expertise technique et le temps alloués à la prise en charge des populations vulnérables.

Ainsi, Mme Kaboré a formellement interpellé les partenaires techniques et financiers sur l’urgence d’alléger les procédures administratives et fiduciaires, souvent disproportionnées au regard des capacités des organisations de base. Son plaidoyer appelle à l’instauration de mécanismes de financement flexibles, ancrés sur un principe de confiance mutuelle et de responsabilité partagée.

« Nous ne voulons pas seulement que les jeunes femmes africaines aient une place autour de la table de la philanthropie. Nous voulons qu’elles participent à construire la table, à définir les règles et à décider de la destination des ressources. Car une philanthropie qui finance les femmes sans partager le pouvoir avec elles ne transforme qu’une partie du problème. » dixit la directrice exécutive.

Afin de démontrer l’efficience d’une approche décentralisée et participative, Mme Kaboré a partagé les résultats des modèles opérationnels de son organisation. À l’entendre, le Fonds Pananetugri est un instrument de financement féministe agile, conçu pour redistribuer les capitaux vers des entités de terrain habituellement exclues des circuits de l’aide internationale, entre autres.

Micheline Kaboré

Par ailleurs, l’intervenante a rappelé que la viabilité à long terme de ce modèle dépend de la diversification des sources de financement. Elle a insisté sur la nécessité de catalyser les contributions de la diaspora, du secteur privé local et des mécanismes de dotation endogènes, réduisant ainsi la dépendance systémique vis-à-vis des bailleurs internationaux. La rencontre prend fin le 5 novembre 2026.

De Laure Nesmon 

Lemediacitoyen.com

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