« Les violences gynécologiques et obstétricales sont des violences de genre qui doivent être pleinement reconnues »

Dre Babou Ndeye khadi
Dre Babo Ndeye Khadi,

    Médecin spécialiste en santé publique et responsable de programme au sein de l’organisation de solidarité internationale Equipop, la Dre Babou Ndeye khadi est l’une des voix engagées dans la lutte contre les violences gynécologiques et obstétricales au Sénégal. Présente à Women Deliver 2026, elle est revenue sur les avancées réalisées grâce à un projet soutenu par l’Agence française de développement, les défis liés au recul des financements pour les droits des femmes, ainsi que la nécessité de renforcer la solidarité féministe face à la montée des mouvements anti-droits.

Qui est la Dre Babou NDeye et pourquoi a-t-elle choisi de s’engager sur les violences gynécologiques et obstétricales ?

Je suis médecin spécialiste en santé publique, experte sur les questions de violences gynécologiques et obstétricales et responsable de programme au sein d’Equipop. Depuis Dakar, je coordonne des initiatives visant à promouvoir les droits en santé sexuelle et reproductive. Depuis 2022, grâce à un financement de l’Agence française de développement, nous menons au Sénégal un projet expérimental sur des thématiques émergentes. Parmi elles, les violences gynécologiques et obstétricales occupent une place centrale. Ce sont des violences vécues quotidiennement par de nombreuses femmes et jeunes filles dans les structures de soins, mais qui restent encore peu reconnues politiquement. Avec nos partenaires locaux, nous avons voulu sortir cette question du sensationnalisme médiatique pour la traiter comme ce qu’elle est réellement : une violence de genre ayant un impact direct sur les droits en santé sexuelle et reproductive.

Comment ce projet a-t-il permis d’innover dans la lutte contre ces violences ?

 L’une des principales innovations a été l’expérimentation de l’autodéfense féministe gynécologique, développée à la demande de jeunes adolescentes et adolescents. Cette approche, testée pour la première fois au Sénégal, permet aux membres des communautés de mieux connaître leurs droits, de comprendre les mécanismes de violence dans les soins et de renforcer leur capacité à exiger une prise en charge respectueuse et digne. Nous avons travaillé simultanément avec les communautés, les professionnels de santé, les autorités en charge de la santé et de la famille ainsi qu’avec les parlementaires, afin que ces violences soient intégrées dans les dispositifs nationaux de prévention et de prise en charge des violences faites aux femmes. »

Quels messages portez-vous à Women Deliver 2026 ?

 Notre principal message porte sur l’autonomie corporelle et décisionnelle des femmes tout au long de leur vie, de l’enfance jusqu’à l’après-ménopause. À Women Deliver, nous partageons les résultats de notre projet sur les violences gynécologiques et obstétricales, mais nous attirons aussi l’attention sur la ménopause, un sujet encore largement invisibilisé alors qu’il touche directement à la dignité des femmes. La conférence est également un espace stratégique pour réfléchir à la collaboration entre féministes de différents pays, dans un contexte marqué par des réductions budgétaires drastiques et par la montée des mouvements anti-droits.

Quels sont aujourd’hui les défis les plus urgents pour les droits des femmes ?

Les défis sont nombreux, mais deux priorités s’imposent. La première est la représentation des femmes dans les instances de décision. Tant que les femmes ne participeront pas pleinement aux espaces où se prennent les décisions, leurs besoins resteront insuffisamment pris en compte. La seconde concerne le financement. Il est incohérent de reconnaître l’importance de l’égalité de genre tout en réduisant les ressources consacrées aux droits des femmes et à la santé sexuelle et reproductive, qui sont au cœur de leur autonomie corporelle. Nous devons repenser les mécanismes de financement, renforcer la présence des femmes dans les instances décisionnelles et créer des espaces réellement inclusifs où les voix des personnes directement concernées sont entendues.

Qu’attendez-vous des engagements qui seront pris à Women Deliver 2026 ?

 Nous espérons que cette conférence constituera un nouvel élan de prise de conscience et de mobilisation. Les témoignages des femmes issues de contextes variés, notamment celles confrontées à des situations de vulnérabilité, doivent nourrir une réflexion globale sur leurs réalités et sur les réponses politiques à apporter. Women Deliver doit être un espace où les engagements internationaux se traduisent en actions concrètes, capables d’améliorer durablement la vie des femmes et des filles.

Quel message adressez-vous aux filles, aux femmes et aux militantes féministes ?

 Mon message est un message de joie et d’espoir.

« Nous traversons une période difficile, marquée par un recul préoccupant des droits des femmes. Pourtant, il est essentiel de continuer à croire en notre capacité collective à transformer le monde.»

Nous faisons face à un système capitaliste, suprémaciste, extractiviste et patriarcal. Pour avancer, nous devons renforcer nos solidarités, partager nos pratiques et célébrer chacune de nos victoires, même les plus modestes. Comme le disent de nombreuses militantes féministes, il est important de danser pendant que nous résistons. Et surtout, nous devons prendre soin de nous-mêmes en tant qu’activistes, car notre bien-être est indispensable pour poursuivre ce combat de longue haleine.

 

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Entretien réalisé par Delores Pie

Envoyée spéciale à Melbourne 

Lemediacitoyen.com

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