Un concours a permi aux adolescentes de s'impliquer elles-mêmes dans la lutte
L’organisation pour la Réflexion et l’Action Féministe (ORAF) brise le tabou des règles à Abobo, Attécoubé et Yopougon. De janvier à avril 2026, l’Organisation ORAF a mené le projet « Lumière sur mes Règles », donnant la parole à 45 adolescentes de 9 à 17 ans issues de trois communes abidjanaises.
L’initiative, portée par le consortium ADM (Oraf, Smed-ci, JFA, Arc-en-ciel du bonheur) avec le soutien de l’AFD et d’Equipop, a culminé le 27 juin dernier avec la finale du concours Encre Rouge, au Musée des Cultures et Arts Théodore d’Abobo.
Une pauvreté silencieuse mais massive
Selon l’ORAF, la précarité menstruelle en Côte d’Ivoire dépasse largement la seule question des protections hygiéniques. Elle recouvre le coût des soins liés aux pathologies menstruelles, un manque criant d’information qui laisse les jeunes filles démunies face à leurs premières règles, et des infrastructures scolaires souvent inadaptées, faute d’eau ou d’espaces intimes. À cela s’ajoute une carence des politiques publiques, la santé menstruelle restant peu intégrée à l’école, au monde du travail ou aux dispositifs sociaux. Une étude nationale menée par l’ORAF à Bondoukou, Man, Bouaké, Boundiali et Abidjan a confirmé l’ampleur du phénomène sur tout le territoire. Ce sont 246 personnes rencontrées, 65 séances de collecte de février à juillet 2026.
Éducation, art et plaidoyer
Le projet repose sur trois piliers que sont des ateliers participatifs consacrés à la santé menstruelle, un volet artistique porté par le concours Encre Rouge autour du slam et du dessin, et un travail de plaidoyer auprès du secteur privé pour encourager des politiques d’entreprise plus inclusives. Le choix du slam et du dessin n’est pas anodin. Ces formes d’expression permettent de mettre des mots et des images sur un vécu longtemps tu, tout en incluant des jeunes filles déscolarisées ou en situation de handicap. Les thèmes retenus, « Slam ta dignité, brise le silence » et « Porte ta couronne rouge », visent à transformer un sujet honteux en motif de fierté.
Les candidatures, lancées via un appel public sur les réseaux sociaux, ont été évaluées par un jury associant slameurs reconnus, société civile et secteur privé, sur des critères de pertinence, de force du message et de qualité artistique. Les trois prix décernés lors de la finale portent les noms de figures du slam ivoirien « La Pionnière », « La Résistance » et « La Relève ». Les lauréates seront accompagnées par leurs fédérations et associées aux futures campagnes de sensibilisation de l’ORAF, en tant qu’ambassadrices auprès de leurs pairs.
Un accueil communautaire encourageant qui tend vers une extension nationale
Malgré une gêne initiale, adolescentes, familles, écoles et leaders communautaires ont largement adhéré à l’initiative. L’ORAF y voit la preuve que la demande de dialogue existe bel et bien, à condition qu’un cadre approprié soit proposé.
Fort des enseignements tirés de ses missions de terrain à l’intérieur du pays, l’ORAF ambitionne d’étendre le projet au-delà d’Abidjan, en adaptant ses outils aux contextes linguistiques et culturels locaux. L’organisation entend faire de la dignité menstruelle un enjeu de politique publique nationale, au-delà des seules initiatives de la société civile, en misant sur la recherche et le plaidoyer.
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