À Abidjan, la vie d’une jeune femme ne se limite pas aux études, au travail ou à la quête d’indépendance. Elle implique aussi de composer avec le coût du logement, du transport et de l’alimentation, des revenus souvent insuffisants, des journées de travail épuisantes et une pression sociale à « réussir ». Trois jeunes Abidjanaises témoignent de ce que leur coûte réellement la vie dans la capitale économique ivoirienne.
« Le coût de la vie à Abidjan est très cher » Dominique Kacou, aide-soignante
Le constat revient de manière unanime chez les personnes interrogées. Le coût de la vie dans la capitale économique est particulièrement élevé. Logement, transport et alimentation figurent parmi les postes de dépenses les plus lourds. Dominique Kacou, 25 ans, aide-soignante affirme que « les coûts augmentent mais pas les salaires », creusant un fossé entre ce que la ville exige et ce que le travail rapporte.
Pour certaines, la difficulté ne se limite pas au niveau des salaires. Elle se prolonge plutôt dans des conditions de travail exigeantes. En effet, les journées commencent tôt et se terminent tard. Sarah Tra Lou, 24 ans, serveuse, illustre une trajectoire partagée par plusieurs jeunes diplômées. Accepter un emploi alimentaire, souvent éloigné de sa formation initiale et de ses ambitions professionnelles, faute de mieux. « J’ai fait des études, j’ai des diplômes qui ne correspondent pas à mes ambitions. »
D’autres témoignages nuancent le tableau. Rebecca Koffi, 27 ans, travailleuse indépendante, affirme tirer un véritable épanouissement de son activité, tout en reconnaissant que celle-ci ne lui garantit pas de stabilité financière. « Le travail que je fais me permet d’être épanoui » mais cette satisfaction trouve rapidement sa limite : « Financièrement, ce n’est pas assez stable ». Ce paradoxe traverse plusieurs récits, l’autonomie professionnelle n’équivaut pas toujours à la sécurité économique. Ce qui complique la réalisation de projets personnels comme se loger, épargner ou aider sa famille.
À la pression économique s’ajoute une pression sociale bien réelle. Plusieurs jeunes femmes évoquent une attente implicite autour de l’image de la « réussite » : avoir un bon emploi, soigner son apparence, soutenir ses proches et afficher un certain niveau de vie. « On peut facilement avoir l’impression qu’il faut avoir un bon travail, bien s’habiller, aider sa famille et avoir un certain niveau de vie pour être considérée comme ayant réussi », selon les propos de Rebecca. Pour celles qui débutent dans la vie active, cette injonction à donner à voir sa réussite peut devenir un fardeau supplémentaire, distinct de la réussite elle-même.
La peur de l’échec comme pression silencieuse
Pour d’autres, la pression sociale prend la forme, plus intime, d’une peur de l’échec. Certaines évoquent le risque de céder face à des situations potentiellement nuisibles, par crainte de décevoir ou de ne pas répondre aux attentes. Cette peur, difficile à quantifier, s’ajoute au coût financier de la vie quotidienne qu’est le stress, le temps sacrifié, les opportunités manquées et l’ambition mise entre parenthèses.
Les témoignages ne se ressemblent pas tous : certaines ne ressentent pas de pression sociale particulière, d’autres trouvent un réel épanouissement dans leur travail, d’autres encore doivent composer avec un emploi mal aligné sur leurs qualifications ou une situation financière fragile.
Dominique Kacou, 25 ans, fait partie de ces trajectoires qui montrent que les réalités professionnelles et financières des jeunes femmes à Abidjan sont diverses. Mais un point commun se dégage. A Abidjan, l’autonomie a un prix, qui dépasse le seul cadre monétaire. « Par peur de la pression sociale, tu peux céder. Mais à quel prix? »
Au-delà des dépenses courantes, les récits révèlent un coût plus diffus, celui du temps, de l’énergie et des renoncements.
Être une jeune femme à Abidjan en 2026 coûte de l’argent, mais pas seulement. C’est aussi une part de tranquillité entre construire son indépendance, jongler entre plusieurs impératifs. Il s’agit entre autres, travailler, payer ses dépenses, gérer ses déplacements, soutenir sa famille, préserver ses ambitions, tout en continuant de se projeter. Ce, malgré les incertitudes.
Reste une question en suspens, portée par chacune de ces jeunes femmes. Jusqu’où faut-il payer pour avoir le droit de réussir à sa manière?
Christelle Guei
Le Média citoyen

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