Présidentielle 2025 : Tour d’horizon de l’influence féministe en Côte d’Ivoire (Dossier)

Les militantes feministes échangent au QG du MGC de Simone Gbagbo

Présidentielle 2025. Fini la campagne. Les résultats sont connus. Si l’opinion débat encore du post-électoral, lemediacitoyen vous fait revivre les actions féministes pendant la campagne. Dossier !

    Les organisations et militantes féministes ivoiriennes se sont activées pour promouvoir les droits des femmes et des minorités pendant la campagne électorale de 2025. Ainsi, elles ont lancé des initiatives pour encourager les candidat.e.s à prendre en compte les préoccupations des femmes et des minorités dans leurs programmes. Parmi ces initiatives figurent les activités de l’Alliance Féministe pour une Côte d’Ivoire Équitable et Inclusive.

    L’Alliance, qui regroupe des organisations et militant.e.s indépendant.e.s, a mené plusieurs démarches. On y note la remise d’un mémorandum aux candidats et candidates. Pilotée par l’ONG Opinion Éclairée, cette action avait pour objectif de présenter aux prétendant.e.s à la magistrature suprême les revendications féministes.

    « Nous exhortons les candidats à reconnaître l’importance de chaque électeur·trice dans toute sa diversité ethnique, sexuelle et sociale. Les voix des femmes, des jeunes, des personnes handicapées et des minorités doivent être valorisées et intégrées dans le discours politique. Nous demandons également à tous les électeurs de considérer la portée de leur vote et de s’assurer qu’il reflète la diversité de notre société », lit-on dans le texte.

    Visant l’équité et l’inclusion, le mémorandum exhorte les candidat·es à intégrer dans leur programme des engagements concrets : “L’accès à l’avortement sécurisé et légal”, “La protection contre les violences sexistes et sexuelles”, “La justice économique pour les femmes, et la représentation des femmes dans les sphères de décision (la parité, les mesures temporaires spéciales, etc.)”.

    Tenin Traoré, féministe indépendante et porte-parole de la délégation ayant remis le mémorandum, a indiqué avoir été bien accueillie dans les différents QG. “L’Alliance est ouverte à un dialogue franc avec toutes les parties”, précise-t-elle.

Remise du Mémorandum au QG du RHDP

    L’ONG Opinion Éclairée a également utilisé les médias pour sensibiliser le public sur l’importance des droits des femmes et des minorités, en faisant diffuser le mémorandum dans une dizaine de médias.

    À cela, il faut ajouter l’action de l’ONG Droit à la Différence. Cette organisation, également membre de la Coalition, a distribué des flyers pour informer les électeurs sur les droits des femmes et des minorités et pour encourager un vote utile en faveur de ces droits. « Aucun recul n’est acceptable, les droits humains et l’égalité doivent rester au cœur de notre démocratie » ; « Des élections justes et démocratiques passent par un agenda inclusif qui place les femmes, les jeunes et les minorités au centre des décisions ». Tels sont, entre autres, les messages que l’ONG Droit à la Différence a fait afficher et placarder sur les murs dans les rues.

Une vue de l’affichage de rue

    Pour sa part, toujours pour le compte de l’Alliance féministe, l’organisation Stop au Chat Noir a supervisé un dialogue communautaire à Dabou. Là-bas, Stop au Chat Noir et l’ONG Siam ont réuni 32 femmes de la région autour d’un débat animé. Entre improvisation théâtrale, discussions ouvertes et mises en situation, ces femmes ont abordé sans détour les sujets de participation citoyenne, de non-violence et de résilience communautaire, dans un climat politique sous tension. Selon la responsable de cette initiative, ce dialogue communautaire a été un espace vital pour ces femmes, car il leur a permis de briser le silence et d’inspirer d’autres femmes à agir.

    Pour finir, l’ONG Initiative Tilé a reconduit son projet « théâtre de rue » sous le thème « Devant les urnes, pas de différence, nos voix ont toutes le même poids ». Son objectif a été de sensibiliser et de mettre en avant l’inclusion, de promouvoir la participation citoyenne et de prévenir la violence et les tensions politiques. Selon Noelly AKA, la secrétaire générale, « le théâtre de rue est un puissant moyen de sensibilisation, il transforme l’information en émotion et l’émotion en action ».

   

    L’Agenda féministe paix et sécurité en action

    En dehors de l’Alliance Féministe pour une Côte d’Ivoire Inclusive et Équitable, d’autres initiatives ont émergé. Le Club Féministe Paix et Sécurité du District de la Vallée du Bandama a mené une campagne digitale autour du thème : « Pour des élections apaisées, faisons le choix de la paix », avec pour slogan « Jeunes et femmes en situation de handicap, ensemble unis pour la Sécurité et la paix ». Durant sept (07) jours, le Club Féministe Jeunes Paix et Sécurité dans la Vallée du Bandama, composé de jeunes hommes et femmes, y compris des femmes en situation de handicap, a sensibilisé, informé et inspiré via les réseaux sociaux sur les enjeux d’une élection apaisée. Ce collectif s’est mobilisé d’une seule voix pour « renforcer la participation citoyenne et promouvoir des valeurs de paix et de cohésion sociale ».

    Quant à la Ligue Ivoirienne des droits des femmes, elle a réalisé des interviews des candidats et candidates pour connaître leurs positions sur les questions relatives aux droits des femmes et des minorités. La Ligue s’est alliée au média engagé Tour d’Afrique des droits des femmes pour cette initiative. Pour ce faire, six femmes engagées pour les droits des femmes ont posé des questions pertinentes aux candidats et candidates.

    Parmi elles, la journaliste, féministe, et présidente de l’ONG Opinion Éclairée, De Laure Nesmon PIE, s’est chargée de savoir ce que prévoyaient les candidats et candidates pour lutter contre les violences faites aux femmes, posant la question suivante : quelle politique et réforme envisagez-vous pour endiguer la banalisation du féminicide sur les réseaux sociaux ? L’agronome et co-fondatrice de la Ligue, Marie-Paule Okri, a soulevé le souci de l’accès à la propriété des femmes en milieu rural et la reconnaissance du féminicide comme crime.

    Les participations du Dr Aminata Kane (chirurgienne dentiste et activiste de la société civile), d’Edith Brou (spécialiste en communication digitale) et de l’étudiante en journalisme Janice Soso ont également été notables, avec des questions suivantes : Quelle politique ferme pour assurer la sécurité des femmes et des filles aussi bien dans les espaces publics que dans la sphère privée face aux VBG ? Quelles actions menez-vous pour que toutes les filles aient accès aux serviettes périodiques ? Quelle part du budget comptez-vous allouer aux droits des femmes ? Les candidats ont parfois répondu ou dévié.

    De son côté, l’Organisation pour la Réflexion et l’Action Féministe, dirigée par Carelle Laetitia Goli, a produit du contenu explicatif sur le processus électoral et renforcé les capacités participatives de femmes sur les questions politiques.

    Il faut également compter avec le Centre AHOU présidé par Dr Anne-Nadege Assahon pour ses activités de monitoring de la participation électorale des femmes et des jeunes.

Vue d’une salle d’observation électorale du Centre Ahou

    “La somme de ces actions témoigne d’un engagement citoyen féministe irréfutable en Côte d’Ivoire. Cet engagement citoyen féministe s’affine et se renforce au fil des ans. C’est l’indicateur d’un mouvement féministe vivant et déterminé ”, conclut De Laure Nesmon Pie, présidente de l’ONG Opinion Éclairée.

Axelle Bomo
Lemediacitoyen.com

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