Médiation Communautaire. Deux coordinatrices de la Marche mondiale des femmes, Innocencia Gbedegbe du Bénin et Ny Hasina du Madagascar, racontent comment la médiation communautaire freine, sur le terrain, la spirale de l’extrémisme violent.
Au Bénin, les conflits restent d’abord domestiques et communautaires, mais un nouveau front a émergé : « Actuellement au Bénin, le type de conflit que nous sommes en train de rencontrer, ce sont des conflits armés dans le septentrion, tout à fait au nord du pays », explique Innocencia Gbedegbe.
En Madagascar, Ny Hasina pointe une autre origine: l’extractivisme. « De grandes compagnies étrangères sont venues exploiter nos terres rares au nord comme au sud de Madagascar. Cela génère beaucoup de conflits », et amplifie, avec le changement climatique, les violences basées sur le genre.
Une stratégie basée sur le plaidoyer institutionnel et l’accompagnement communautaire
Face à ces tensions, les deux activistes misent sur la prévention. Au Bénin, l’accent est mis sur la sensibilisation remède contre la communication violente, jugée souvent à l’origine des conflits, avec un recours aux médiateurs quand la négociation directe échoue. À Madagascar, la stratégie combine plaidoyer institutionnel et accompagnement communautaire : « On essaie d’être médiateur entre l’État et les communautés », affirme Ny Hasina, qui appelle les autorités à limiter des extractions minières sources de fractures sociales et environnementales.
Interrogée sur un cas particulièrement difficile, Innocencia Gbedegbe évoque un conflit conjugal survenu à peine une semaine après un mariage. Malgré tous les efforts de médiation déployés par la communauté, la situation n’a pu être résolue durablement et s’est soldée par une séparation ; un rappel, selon elle, des limites parfois atteintes par la médiation locale.

Pour éviter que les tensions ne dégénèrent, les deux coordinatrices convergent : un leader communautaire doit d’abord être formé aux processus de négociation, de médiation et de communication non violente, puis accompagné dans la durée. « Le leader communautaire peut être dépassé par les événements », souligne Ny Hasina, rappelant que les méthodes d’il y a dix ans ne suffisent plus dans un monde en pleine mutation. Un accompagnement continu, plutôt qu’une formation isolée, apparaît ainsi comme la clé pour prévenir la bascule vers l’extrémisme violent.
Marie-Carmela Koffi
Lemediacitoyen.com

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