Dans une Afrique de l’Ouest en pleine reconfiguration géopolitique, Abidjan a abrité du 23 au 24 septembre 2025 une rencontre internationale cruciale. Organisé par le bureau de Dakar de la Fondation Rosa Luxemburg, cet événement a réuni chercheurs et experts autour d’une urgence absolue : « Repenser la paix et la sécurité dans un ordre mondial ouest-africain en mutation ». Les débats, d’une rare franchise, ont dressé un réquisitoire sans concession contre la faillite des élites civiles et l’illusion des régimes militaires au Sahel.
Dès l’ouverture, le ton a été donné. Loin des stratégies purement militaires qui s’essoufflent sur le terrain, Mme Marie Nguettia, chargée de programme à la Fondation Rosa Luxemburg, a convoqué la théorie de la « Paix Positive » de Johan Galtung. Elle a rappelé que la paix ne peut se limiter à l’absence de guerre, mais exige des réponses inclusives.
Un constat partagé par les autorités ivoiriennes. Représentant le ministre de la Sécurité, le Colonel-Major Sylla Mory a exhorté l’auditoire à dépasser l’approche du « tout-sécuritaire ». Pour le haut gradé, la stabilité de la sous-région passe irrémédiablement par la bonne gouvernance, la justice sociale et une coopération régionale pragmatique.
Le Sahel, terrain d’influence multipolaire
Dans une conférence inaugurale très remarquée, le Professeur Jibrin Ibrahim a décortiqué le basculement d’un ordre mondial marqué par le déclin de l’hégémonie occidentale au profit de la Chine et des puissances des BRICS. L’Afrique de l’Ouest subit de plein fouet cette guerre d’influence pour le contrôle des ressources, notamment l’uranium.
Pour illustrer cette instabilité chronique, l’universitaire a pris l’exemple de la Base Aérienne 101 de Niamey au Niger, secouée par trois crises majeures : une offensive de l’État Islamique, un assaut de factions rivales et, enfin, la mutinerie militaire du Général Tiani. Selon le Professeur Ibrahim, ce dernier instrumentalise ces événements en agitant le chiffon rouge d’un « complot français » orchestré avec la complicité de pays voisins (Côte d’Ivoire, Bénin, Nigeria), tout en occultant la réalité des dynamiques de terrain.
Populisme militaire et faillite civile
Militant anti-néocolonialiste de longue date, le Professeur Ibrahim n’a pas mâché ses mots face à la montée des régimes militaires dans la région. Il a qualifié de « mensonge éhonté » leur posture de libérateurs, soulignant que ces officiers, souvent formés par l’armée française, utilisent le populisme pour conserver le pouvoir, tandis que de nouveaux partenaires comme la Russie ou la Chine ne visent que la captation des ressources.
Toutefois, le panel a refusé de prononcer le procès de la démocratie. Pour les intervenants, l’échec incombe aux dirigeants civils qui, en manipulant les constitutions pour s’éterniser au pouvoir, ont provoqué l’effondrement institutionnel de la région. Ils ont transformé la CEDEAO en un ‘’syndicat de chefs d’État’’. Face à cette impasse, deux pistes majeures ont été avancées. L’une consiste à rebâtir une éducation citoyenne pour immuniser la jeunesse contre les manipulations numériques et l’embrigadement idéologique. Des interventions ont planché dans le sens d’une union des États ouest-africains sous une forme fédérale, présentée comme la seule alternative viable pour peser face aux puissances mondiales.
Nesmon De Laure
Lemediacitoyen.com

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