Amnesty International épingle la Côte d’Ivoire sur les libertés civiques et les droits des femmes dans son rapport annuel 2025-2026

Hervé Delmas Kokou Directeur Exécutif Amnesty International Côte d'Ivoire et Hervé Bonfin Président du Conseil d'Administration lors de la lecture du rapport 2025/2026 d'Amnesty International
De gauche à droite Hervé Delmas Kokou Directeur Exécutif Amnesty International Côte d'Ivoire et Hervé Bonfin Président du Conseil d'Administration

    Espace civique restreint en période électorale, arrestations arbitraires, 9 607 cas de violences basées sur le genre enregistrés en 2024, expulsions forcées non indemnisées : tel est le tableau dressé par Amnesty International sur la Côte d’Ivoire dans son rapport annuel 2025/2026, lancé mardi à Abidjan.

    C’est au siège de Amnesty International Côte d’Ivoire, situé à Cocody Riviera Bonoumin, que des journalistes se sont réunis le mardi 21 avril 2026 à partir de 9h00 pour la présentation de ce document couvrant la situation des droits humains dans 144 pays et territoires.
La cérémonie s’est articulée autour de deux présentations : la situation africaine exposée par Hervé Bonfin, président du Conseil d’administration, et la situation nationale présentée par Hervé Delmas Kokou.

Contexte de tensions

     Le lancement intervient dans un contexte de tensions entre l’organisation et les autorités ivoiriennes. En mars 2026, Amnesty International avait publié un communiqué faisant état de femmes enceintes maintenues en détention au pôle pénitentiaire d’Abidjan, à la suite des manifestations post-électorales d’octobre 2025. Le gouvernement avait qualifié ce document de « partisan » et de « contre-vérité ».
Face à ces critiques, Hervé Delmas Kokou a réaffirmé la position de l’organisation : « Nous ne sommes contre aucun régime, aucun gouvernement ; nous jouons pleinement notre rôle. » Il a ajouté : « Nous n’inventons rien, nous parlons avec les preuves », précisant que les femmes concernées sont toujours en détention.
Sur le plan institutionnel, il a reconnu les avancées enregistrées, notamment le cadre constitutionnel issu de la Constitution ivoirienne de 2016 et les textes adoptés en faveur des défenseurs des droits humains. Il a toutefois appelé à une application effective de ces instruments, soulignant un décalage entre les acquis juridiques et leur mise en œuvre.

Liberté d’expression et de réunion

    Le rapport fait état d’une restriction marquée de l’espace civique durant la période électorale. Les manifestations de l’opposition ont été interdites à plusieurs reprises dans les semaines précédant le scrutin présidentiel du 25 octobre 2025. Le bilan évoqué fait état de 11 morts et de 1 658 personnes arrêtées, dont plus de 80 condamnées à trois ans d’emprisonnement pour « trouble à l’ordre public ». Des cas d’intimidations et de menaces à l’encontre de journalistes ont également été signalés.

Arrestations et détentions arbitraires

    Le monde syndical figure parmi les cibles relevées dans le rapport. Le cas de Ghislain Duggary Assy est cité : arrêté à son domicile, interrogé sans la présence de son avocat, puis condamné à deux ans d’emprisonnement pour « entrave au fonctionnement des services publics de l’État ».
Selon l’organisation, ces procédures contreviennent aux normes internationales d’équité.

Répression de la dissidence

    Entre juin et septembre 2025, plusieurs arrestations ont visé des sympathisants de l’opposition. Le rapport indique que leur droit à l’assistance d’un avocat n’a pas été respecté. Le cas du cybermilitant Ibrahim Zigui, arrêté le 1er septembre, est également mentionné, sa famille étant restée sans information sur son lieu de détention pendant plusieurs jours.

Droits des femmes et des filles

    La situation des femmes constitue l’un des volets les plus détaillés du rapport. En mars 2025, plusieurs centaines de femmes ont manifesté à Abidjan pour dénoncer la montée des féminicides et des violences basées sur le genre.
Les chiffres officiels font état de 9 607 cas enregistrés en 2024, avec 32 428 victimes ayant bénéficié d’une assistance des autorités. Toutefois, le rapport souligne un obstacle majeur à l’accès à la justice : l’exigence, par certains agents de police, d’un certificat médical payant avant le dépôt de plainte, en dehors de toute obligation légale.

Droit à la santé

    Une épidémie de choléra déclarée en juin 2025 à Vridi Akobrakré s’est étendue à plusieurs localités, notamment Yopougon, Jacqueville, Fresco et Sassandra. À fin septembre, le bilan faisait état de 21 décès pour environ 550 cas recensés, soit un taux de mortalité de 3,8 %.

Expulsions forcées

    Plus d’un an après la suspension des opérations d’expulsion forcée ayant affecté des dizaines de milliers d’habitants à Abidjan, de nombreuses victimes n’avaient toujours pas reçu d’indemnisation adéquate. Le rapport cite notamment 133 agriculteurs et leurs familles dont les moyens de subsistance ont été détruits sur le site de Gesco Rivière.

À l’issue des présentations, une séance de questions-réponses a permis d’approfondir les différents points soulevés.
En conclusion, Hervé Delmas Kokou a lancé un appel à la collaboration citoyenne : « Nous demandons aux populations de Côte d’Ivoire de collaborer avec nous, car nous travaillons avec des preuves et de la documentation. »
Le rapport complet est disponible sur le site officiel de l’organisation.

Marie Vianney Tra
Le Média Citoyen

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