Cacao : face à la chute des prix, producteurs et ICCO appellent à une réforme du marché mondial

 

    Le 31 mars 2026, le directeur exécutif de l’organisation internationale du cacao (ICCO) Michel Arrion et Son Excellence Monsieur l’ambassadeur Aly Touré, porte-parole des pays producteurs de Cacao, ont animé une conférence de presse conjointe au siège de l’Organisation à Abidjan. Au cours de celle-ci, Ils ont dressé un tableau sans concession du marché mondial du cacao, marqué par une chute brutale des prix et une transformation structurelle de la demande.

 

Une organisation au cœur de l’équilibre du marché

L’ICCO, organisation intergouvernementale regroupant 52 États membres, représente aujourd’hui près de 96 % de la production mondiale de cacao. Son rôle principal : assurer la transparence du marché à travers la production de statistiques, d’analyses économiques et la facilitation du dialogue entre pays producteurs et consommateurs.

« Nous ne sommes pas une organisation de régulation des prix, mais un espace de concertation et d’analyse », a rappelé Michel Arrion, soulignant l’importance des données historiques accumulées depuis plus de 60 ans.

 Une volatilité extrême des prix

Le marché du cacao reste caractérisé par une forte volatilité. Le directeur exécutif de l’ICCO explique ce phénomène par l’« élasticité » des prix : de faibles variations de production entraînent des réactions disproportionnées du marché.

À titre d’exemple, un excédent de 7 à 8 % en 2016-2017 avait provoqué une chute des prix de 40 %. À l’inverse, une baisse de production de 13 % en 2024 a entraîné une hausse spectaculaire de plus de 300 %.

Mais la situation actuelle marque une rupture.

 Une crise inédite : la demande en recul

Contrairement aux crises précédentes liées à la surproduction, la baisse des prix observée en 2025-2026 s’explique désormais par une contraction de la demande industrielle.

Face à la flambée des prix en 2024, les grandes industries chocolatières ont adapté leurs stratégies notamment, la réduction du taux de cacao dans les produits, le recours accru à des substituts et une diminution discrète du poids des produits.

« Deux ou trois points de cacao en moins dans une tablette ne se ressentent pas au goût, mais représentent des milliards à l’échelle mondiale », a expliqué Michel Arrion.

Michel Arrion, Directeur Exécutif ICCO

 Des producteurs toujours marginalisés

Malgré un marché mondial estimé à plus de 100 milliards de dollars, les pays producteurs ne captent qu’une faible part de la valeur.

Selon l’ambassadeur Aly Touré porte-parole des pays producteurs de cacao « seulement 5 à 10 % des revenus reviennent aux producteurs, jusqu’à 70 % de la valeur est captée par les industriels et distributeurs et la Côte d’Ivoire, premier producteur mondial, ne perçoit que 18,6 % de la valeur globale.»

Et de poursuivre : 

« Sans producteurs, il n’y a pas d’industrie du cacao. Pourtant, ce sont eux qui restent les plus vulnérables ».

SEM l’ambassadeur Aly Touré, Porte parole des pays producteurs de cacao

La chute des prix, passés de plus de 11 000 dollars la tonne en décembre 2024 à environ 2 900 dollars en mars 2025, a entraîné des chocs économiques majeurs dans les pays dépendants de cette filière.

L’accord 2026 : un tournant stratégique

    Face à ces déséquilibres, un nouvel accord international sur le cacao entrera en vigueur en octobre 2026. Il introduit des innovations majeures que sont, la reconnaissance du revenu vital des producteurs comme objectif central, une meilleure répartition de la valeur le long de la chaîne, la réduction des barrières non tarifaires et l’élargissement de la base des pays membres.

Pour la première fois, un lien explicite est établi entre prix du cacao et conditions de vie des producteurs.

 Les experts plaident également pour une transformation accrue du cacao dans les pays producteurs, afin de capter davantage de valeur ajoutée.

Vers une mobilisation des producteurs

Face à une demande mondiale durablement affaiblie, les pays producteurs misent désormais sur une meilleure coordination de leurs politiques.

Le différentiel de revenu décent (DRD), mécanisme introduit par la Côte d’Ivoire et le Ghana, reste un levier clé pour soutenir les revenus des producteurs.

« La baisse des prix actuelle n’est pas conjoncturelle. Elle reflète un rapport de force. La réponse doit être collective », a conclu Aly Touré.

Delores Pie 

Le Média Citoyen 

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