Économie féministe, Un cri pour la justice et l’égalité (édito)

économie féministe
Économie féministe. Ce sujet était en débat au cours d’un panel à la deuxième édition de la Journée des idées féministes consacrée au matrimoine . Une initiative que nous portons à travers l’Ong Opinion Eclairée. La question mérite de se maintenir au coeur de nos conversations. Aussi bien en Afrique, qu’ici en Côte d’Ivoire. 
En 2025, par exemple, le ministère ivoirien de la Femme, de la Famille et de l’Enfant a lancé le Programme  Développement des Initiatives et des Capacités Économiques des Femmes. Il faut reconnaître que c’est un pas en avant dans la lutte pour l’autonomisation des femmes en Côte d’Ivoire, avec un budget de 28 milliards FCFA. Cependant, malgré ces initiatives, nous nous devons de nous interroger : à quel prix ? Dans un pays où la croissance économique semble être à l’ordre du jour, les inégalités de genre persistent, creusant un fossé inacceptable entre les sexes. En Côte d’Ivoire, 75 % des femmes du milieu rural vivent en dessous du seuil de pauvreté, alors qu’elles représentent 65 % de la main d’oeuvre agricole.  

En termes de structure de l’économie, les femmes ivoiriennes sont principalement confinées dans le secteur informel et sont plus touchées par le chômage que les hommes. Selon ONU Femmes, seulement 27% des entreprises enregistrées sont détenues par des femmes, alors qu’elles représentent 60% des travailleurs.

Entre invisibilisation et marginalisation

Ainsi, les femmes, qui jouent un rôle essentiel dans l’agriculture et l’économie informelle, restent invisibilisées et marginalisées. Elles se heurtent à des obstacles insurmontables pour accéder au crédit, aux marchés et aux instances décisionnelles. L’autonomie financière des femmes, la valorisation du Matrimoine et l’égalité institutionnelle ne doivent pas être de simples slogans. Ce sont des impératifs qui doivent guider notre action collective. Une justice économique véritable repose sur ces principes, et c’est cette justice qui a le potentiel de transformer en profondeur notre société.

Dans nos régions rurales, les femmes continuent de porter le poids du développement économique tout en étant systématiquement ignorées. Nathalie Kouakou, présidente de l’ONG Vivre sans violences, le souligne avec force au cours de son intervention: “Plusieurs coopératives féminines manquent d’informations sur les innovations et rencontrent des obstacles majeurs pour accéder aux crédits.” Ces paroles résonnent comme un appel à l’action. L’absence d’infrastructures adaptées et le manque de soutien financier aggravent leur situation. Ce qui les maintient  dans un cycle de pauvreté et de dépendance.

Seulement 5% des femmes ont accès à la propriété foncière

D’ailleurs, prenons l’exemple des productrices de karité du nord ivoirien. Bien qu’elles soient au cœur de la production de beurre de karité, un produit prisé par l’industrie cosmétique, elles se retrouvent piégées dans un système où les intermédiaires siphonnent l’essentiel de leurs bénéfices. Cette réalité n’est pas seulement une question économique. Elle est une question de dignité, d’autonomie et de droits. Chaque femme qui se lève pour revendiquer son espace dans l’économie mérite d’être soutenue et valorisée.
Que dire de l’epineuse question de l’accès à la terre? Un sujet longtemps sur la table. ONU Femmes rappelle que dans le pays, seulement 5% des femmes ont accès à la propriété foncière, alors qu’elles sont responsables de 75% de la production alimentaire de base. 60 à 80 % de la production alimentaire est assurée par les femmes.
Les lois ne suffisent plus. Nos Etats devront prendre les devant face aux narratifs anti-droits. En 2026, dénier l’héritage foncier ou la possibilité d’avoir une terre à une femme, au nom de ce que Constance Yaï appelle  » les traditions prétextes » est un crime. Disons-le nettement. Il faut criminaliser le patriarcat ambiant qui s’adosse à des traditions deshumanisantes. Tout ceci sous-tend l’injustice économique. 
Il est indéniable que l’État a mis en place des politiques pour soutenir l’autonomie des femmes.
 Toutefois, ces initiatives doivent être accompagnées d’une volonté politique forte et d’un engagement sincère pour transformer les structures qui perpétuent les inégalités. Le renforcement du Fonds d’Appui aux Femmes de Côte d’Ivoire (FAFCI) est une étape positive, mais cela ne suffit pas.
Nous devons exiger des actions concrètes et durables, telles que le soutien aux coopératives féminines et l’accès à des financements équitables. Chaque initiative doit être pensée dans une logique d’inclusion et de reconnaissance du Matrimoine économique et culturel, pour que chaque femme puisse devenir l’actrice de son propre destin.
Un avenir à construire ensemble
Nous ne pouvons pas ignorer les défis qui persistent : l’accès inégal aux financements, les inégalités structurelles et l’insuffisance des appuis. Ces obstacles ne doivent pas être une fatalité. Au contraire, ils doivent nous galvaniser à renforcer notre action collective pour une justice économique véritable.
L’économie féministe ne se contente pas de revendiquer un espace pour les femmes dans l’économie. Elle cherche à transformer les relations économiques pour promouvoir l’égalité des genres. En intégrant des principes tels que la reconnaissance du travail de soin, l’égalité des salaires, l’accès aux ressources et la participation aux décisions, nous pouvons bâtir une société plus juste.
Il est temps pour la Côte d’Ivoire  et pour l’Afrique de s’engager résolument sur la voie de l’égalité et de la justice économique. Un avenir où les femmes sont reconnues non seulement comme des actrices économiques, mais comme des piliers d’une société équitable pour tous. Ensemble, faisons entendre notre voix pour un changement radical et durable.
De Laure Nesmon PIE
Lemediacitoyen.com 
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