Raviver le matrimoine panafricaniste féministe (Edito)/ Nesmon De Laure

Raviver le matrimoine panafricaniste féministe , un éditorial de Nesmon De Laure, journaliste, militante féministe et pro démocratie.
  “Le féminisme est importé de l’Occident” ; “L’autodétermination de la femme, ce n’est pas africain” ; “Il faut conserver nos valeurs africaines”…
Mais, comment est née cette fabrique du discours délégitimant les luttes féministes en Afrique et plus particulièrement en Afrique noire, l’espace dans lequel nous évoluons ? Ces slogans fallacieux martelés ici et là face à la colère des femmes sur le vieux continent ne sont pas anodins.
  En effet, alors que la littérature orale et l’historiographie disponibles montrent que la révolte des femmes noires d’Afrique et de la diaspora existe depuis des lustres, remettre en cause l’engagement féministe des Africaines en 2025 est une gageure. Le faire est d’autant plus audacieux qu’on assiste à une instrumentalisation malsaine du panafricanisme pour justifier la volonté de silencer les féministes africaines aujourd’hui.
  De plus, le mouvement garveyiste dans le panafricanisme s’est forgé au prix de l’engagement des femmes. L’activisme de la féministe Amy Ashwood Garvey a contribué à la création en 1914 du mouvement UNIA avec son époux Marcus Garvey. Elle a investi son propre argent pour bâtir le mouvement. Elle a fondé des sections de femmes au sein de l’Universal Negro Improvement Association (UNIA).
  Même après son divorce, Amy Ashwood poursuit son engagement avec son aura de héroïne du panafricanisme. Elle est l’une des premières à affirmer que les femmes devraient être au cœur de la lutte pour la liberté. Elle a soutenu que la libération devrait être mondiale, inclusive et juste. Depuis son jeune âge, l’histoire témoigne qu’elle a refusé les limites que la société imposait aux femmes. “Je ne vois pas pourquoi je devrais rester à l’écart… je me considère comme l’égale de tout homme”, insistait-elle sur le fait que les femmes ne pouvaient pas rester au second plan au sein du panafricanisme. Dans les années 30, Amy Ashwood a fondé l’Afro-Women’s Centre, offrant aux femmes une plateforme pour s’exprimer, s’organiser et revendiquer leur héritage.
  Et, elle fait partie des co-organisatrices du 5e congrès panafricaniste de Manchester en 1945 d’où le flambeau de la libération est passé aux Africains continentaux. On le voit, les mouvements panafricanistes des premières heures eux-mêmes ont connu la “dissidence” des femmes car ces dernières ont mis sur la table des problématiques qui leur sont propres. Devant les attaques contre les féministes aujourd’hui sur fond de panafricanisme, il est important de raviver le matrimoine panafricaniste féministe. Le faire, c’est non seulement récupérer notre part d’héritage, mais c’est surtout mettre à nu cette dissonance entre la parole et les actes.
  En définitive, on ne peut pas se réclamer de Thomas Sankara et être contre l’émancipation des femmes. On ne peut pas se réclamer de Thomas Sankara et ne poser aucun acte concret de libération des femmes. Il ne faut donc pas se laisser berner par ces discours “panafricains” qui dénient à la femme noire, dans sa diversité, le droit de dire Non.
  Et puis, de quelles valeurs africaines parlent-ils ? Les femmes ont le droit de puiser les valeurs africaines qui les valorisent et de rejeter les pratiques culturelles néfastes. On ne maintient pas une pratique culturelle juste parce qu’elle est la nôtre. On la maintient parce qu’elle fait du bien à la société.
  Les sociétés évoluent et avec elles, les mentalités. Pourquoi les défenseur·es des thèses anti-droits, anti-genre et anti-féministes sur le continent, au nom de prétendues valeurs africaines, ne se dénuderaient-ils pas ? Pourquoi ne se contentent-ils plus de vivre de la chasse et de la cueillette en forêt ?
  À bientôt pour la suite de la conversation !
Nesmon De Laure
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