Après quatre jours de débats tenus du 27 au 30 avril 2026 à Melbourne en Australie, de mobilisations réunissant près de 6 000 participantes et participants venus de 189 pays, la conférence Women Deliver 2026 s’est achevé sur un message fort : les engagements en faveur de l’égalité de genre doivent désormais se traduire par des résultats concrets. La Déclaration de Melbourne, adoptée à l’issue de la rencontre, fixe une nouvelle feuille de route mondiale fondée sur la redevabilité, le financement des mouvements féministes et le renforcement des droits humains.
La conférence mondiale Women Deliver 2026 a refermé ses portes le 30 avril à Melbourne, en Australie, avec l’adoption de la Déclaration de Melbourne pour l’égalité de genre. Présentée comme un tournant stratégique pour le mouvement mondial des droits des femmes, cette déclaration entend répondre à un constat largement partagé : les engagements politiques se multiplient, mais leur mise en œuvre demeure insuffisante.
« Garantir les droits des femmes et des filles reste le travail inachevé du monde »,
a déclaré la vice-secrétaire générale des Nations Unies, Amina J. Mohammed, lors de la conférence. Elle a également alerté sur les nouvelles menaces qui pèsent sur ces acquis, notamment la montée de la misogynie et des violences facilitées par les technologies numériques.
Fruit de plusieurs mois de consultations ayant mobilisé plus de 650 personnes issues de différentes régions et mouvements sociaux, la Déclaration de Melbourne vise à réduire l’écart entre les engagements internationaux et les réalités vécues par les femmes, les filles et les personnes de genre divers à travers le monde.
Le texte appelle les gouvernements à respecter pleinement leurs obligations en matière de droits humains, les institutions à renforcer les mécanismes de redevabilité et les bailleurs à investir davantage dans les organisations féministes et les initiatives locales. Plusieurs pays, dont la France, le Canada, la Colombie, le Mexique, la Norvège, l’Espagne et le Royaume-Uni, ont déjà apporté leur soutien à cette démarche.
Pour Maliha Khan, présidente-directrice générale de Women Deliver, l’enjeu n’est plus de formuler de nouvelles promesses.
« Le défi n’est pas le manque d’engagements mais l’incapacité à les concrétiser. Ce qui doit suivre doit être défini par la redevabilité envers les populations »,
a-t-elle affirmé.

Au-delà des déclarations politiques, Women Deliver 2026 a également été marqué par l’annonce d’importants engagements financiers. Au total, près de 190 millions de dollars américains ont été mobilisés pour soutenir l’égalité de genre, les droits sexuels et reproductifs ainsi que le leadership des femmes et des filles.
Parmi les annonces majeures figure la deuxième phase de l’initiative australienne en faveur des organisations de défense des droits des femmes, dotée de 62,5 millions de dollars sur huit ans. La Children’s Investment Fund Foundation a, de son côté, engagé 61 millions de dollars pour accélérer la lutte contre le mariage des enfants.
La conférence a également vu naître plusieurs initiatives internationales, notamment la campagne « Adolescent Girls Era » portée par Women Deliver, la Charte des systèmes de santé féministes et la coalition mondiale PREVENT destinée à lutter contre les violences basées sur le genre facilitées par les technologies.
Dans le domaine du financement féministe, l’initiative « Accelerate Together » ambitionne de mobiliser jusqu’à 600 millions de dollars par an pour soutenir les mouvements féministes de terrain engagés dans la justice climatique, l’autonomie corporelle et la justice économique.
Tout au long de la conférence, les discussions ont mis en lumière les défis croissants auxquels font face les défenseures des droits des femmes : sous-financement chronique des organisations féministes, réduction des espaces civiques, montée des mouvements anti-droits, crises climatiques et conflits armés.
Face à ces menaces, la Déclaration de Melbourne propose une réorientation des politiques d’égalité de genre autour de trois priorités : le renforcement des systèmes publics, le soutien aux organisations de la société civile et une meilleure redistribution du pouvoir vers les communautés directement concernées.
Alors que les délégations quittaient Melbourne, place à la mise en œuvre des engagements annoncés. Pour les organisateurs, le véritable succès de Women Deliver 2026 ne se mesurera pas au nombre de déclarations adoptées ni aux montants promis, mais à la capacité des États, des institutions et des partenaires financiers à produire des changements tangibles dans la vie des femmes et des filles à travers le monde.
La Déclaration de Melbourne apparaît ainsi comme le principal héritage politique de cette édition 2026, avec l’ambition de faire de la redevabilité le moteur de la prochaine décennie de lutte pour l’égalité de genre.
Delores Pie
Envoyée Spéciale à Melbourne
Lemediacitoyen.com
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