Comment garantir aux adolescentes un avenir où elles pourront pleinement s’épanouir? Cette question était au cœur du panel intitulé « Assurer l’avenir des filles grâce à des initiatives portées par les jeunes en matière de santé et droits sexuels et reproductifs (DSSR), de numérique et de climat ». Il a réuni des intervenantes du Zimbabwe, du Malawi, du Burkina Faso et de la Guinée lors de l’édition 2026 de Women Deliver à Melbourne en Australie.
Briser le silence autour des mariages d’enfants
Au Zimbabwe, Beauty Nyanmwaza, Coordinatrice nationale jeunesse du Conseil national de lutte contre le sida, a présenté les résultats de la campagne communautaire « Pas dans mon village » menée avec les chefs traditionnels. L’initiative a permis de faire des leaders communautaires de véritables acteurs de la lutte contre les mariages précoces et les grossesses chez les adolescentes. Des directives ont été élaborées afin d’encadrer les pratiques locales et d’imposer le signalement des projets de mariage impliquant des mineures.
« Ce qui a véritablement contribué au changement, c’est que ces questions ne sont plus gardées secrètes. Le silence a été brisé », a-t-elle souligné.
Cette dynamique a inspiré une campagne nationale portée par le ministère de l’Éducation, baptisée « Pas dans mon école », désormais déployée dans toutes les provinces du pays.
Au Malawi, une réponse intégrée face à une « triple menace »
Pour Lusungu Jonazi, analyste de programme à l’UNFPA Malawi, les adolescentes font face simultanément aux violences basées sur le genre, aux effets des changements climatiques et à l’exclusion numérique.
« Les filles ne font pas face à un seul problème à la fois. Elles sont confrontées à une triple menace », a-t-elle expliqué.
Face à cette réalité, le Malawi a développé une approche intégrée articulée autour de trois piliers : les espaces sûrs, l’inclusion numérique et l’autonomisation économique. Les espaces sûrs offrent aux filles un environnement où elles peuvent accéder à des informations fiables sur la santé sexuelle et reproductive, recevoir un accompagnement psychosocial et être orientées vers les services adaptés. Leur nombre est passé de 78 en 2022 à plus de 340 en 2026.
Le numérique occupe également une place centrale. Chaque espace dispose d’une tablette permettant aux adolescentes d’accéder à des modules d’apprentissage, à des informations sur les DSSR ou encore à des opportunités professionnelles. Plus de 26 000 jeunes ont déjà utilisé cette plateforme numérique.
Parallèlement, des « champs-écoles de jeunes agriculteurs » ont été mis en place afin de renforcer l’autonomie économique des filles tout en intégrant les principes de l’agriculture intelligente face au climat. Grâce à ces initiatives, l’inclusion financière des adolescentes est passée de 25 % à près de 49 % en quatre ans.
Lever les tabous grâce à l’innovation et au mentorat

Au Burkina Faso, la Dre Jamila Sawadogo, médecin et présidente fondatrice de Gender Impact Association, a choisi de partir de son vécu personnel pour illustrer les conséquences du silence entourant les menstruations. À travers plusieurs anecdotes, elle a montré comment les tabous continuent de priver les adolescentes d’informations essentielles sur leur santé reproductive.
Pour répondre à ce défi, UNFPA Burkina Faso a développé « Imi Watch », la solution qu’elle porte à Women Deliver 2026. C’est une montre capable de suivre le cycle menstruel et d’alerter discrètement les utilisatrices des périodes d’ovulation ou de l’arrivée probable des règles. L’objectif est de permettre aux adolescentes d’anticiper, de mieux comprendre leur corps et de gagner en confiance.
Mais pour la praticienne, la technologie seule ne suffit pas. « Imi Watch ne discute pas des peurs, ne discute pas des stéréotypes, n’explique pas les douleurs », a-t-elle rappelé. C’est pourquoi le projet a été complété par un système de mentorat mobilisant des jeunes femmes formées à la santé sexuelle et reproductive. Ces échanges réguliers ont permis aux bénéficiaires de poser leurs questions, de surmonter leurs inquiétudes et de renforcer leur autonomie.
Des espaces sûrs pour libérer la parole
Venue de Guinée, l’activiste féministe Oumou Khaïry Diallo a insisté sur l’importance des espaces sûrs comme outils de transformation sociale. Selon elle, ces espaces ne servent pas uniquement à identifier les cas de violences. Ils permettent surtout aux filles de se sentir écoutées, comprises et soutenues.
« Ce ne sont pas que des espaces pour identifier les violences. Ce sont des infrastructures de transformation qui redonnent le pouvoir aux jeunes filles », a-t-elle affirmé.

Elle a également plaidé pour le renforcement des dialogues intergénérationnels et l’implication des leaders religieux et communautaires dans les stratégies de changement social. Pour l’activiste, les normes culturelles et religieuses continuent d’influencer fortement les choix de vie des adolescentes. Les transformer nécessite donc de travailler avec ceux qui détiennent une influence réelle au sein des communautés.
Faire du choix un droit fondamental
Au-delà de la diversité des approches présentées, un message commun s’est dégagé de ce panel : garantir l’avenir des filles passe par leur capacité à faire des choix éclairés concernant leur corps, leur éducation et leur avenir. Qu’il s’agisse de lutter contre les mariages précoces, de développer des solutions numériques innovantes, de promouvoir l’autonomie économique ou de créer des espaces sûrs, les initiatives portées par les jeunes démontrent que les filles ne sont pas seulement des bénéficiaires des programmes de développement. Elles en sont aussi les principales actrices.
Pour les intervenantes, investir dans les filles aujourd’hui, c’est construire des communautés plus résilientes, plus égalitaires et mieux préparées à relever les défis sociaux, technologiques et climatiques de demain.
Delores Pie
Envoyée spéciale à Melbourne,
Lemediacitoyen.com
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