Kajeem, Didier Awadi et Soum Bill unissent leurs voix « En toute liberté »

En toute liberté

    Amnesty International Côte d’Ivoire a accueilli, ce lundi 22 juin 2026 à Abidjan, le lancement officiel du single « En toute liberté », fruit d’une collaboration entre Kajeem, Didier Awadi et Soum Bill. Un projet musical et citoyen porté par un message sans détour : la liberté d’expression est un droit fondamental.

    C’est au siège d’Amnesty International Côte d’Ivoire que s’est tenue, dès 9h00, la conférence de presse de lancement du single « En toute liberté ». Une matinée pensée comme un véritable événement : accueil des médias, kit presse, table de séance, écoute exclusive du clip, puis session de questions-réponses avec les intervenants. Au-delà du lancement musical, c’est tout un message citoyen que les organisateurs ont voulu porter haut.

Trois voix, un seul message

« En toute liberté » réunit trois figures majeures de la musique africaine engagée : Kajeem et Soum Bill, deux artistes ivoiriens reconnus pour leur parcours militant, et le Sénégalais Didier Awadi, voix historique du rap conscient en Afrique de l’Ouest. À travers cette collaboration, les trois artistes affirment un principe simple : toute personne doit pouvoir exprimer librement ses opinions, ses idées et ses convictions, sans crainte d’intimidation, de censure ou de représailles.

Sur le plan artistique, le single se distingue par une collaboration à plusieurs voix et univers musicaux complémentaires, portée par une identité sonore moderne inspirée des tendances actuelles. Kajeem était présent en présentiel lors de la cérémonie, tandis que Didier Awadi et Soum Bill se sont exprimés par vidéo pour présenter le projet artistique et les coulisses de cette collaboration inédite.

Interrogé sur le choix de ces artistes, Hervé Delmas Kokou, Directeur Exécutif d’Amnesty International Côte d’Ivoire, a expliqué que Kajeem était engagé depuis longtemps auprès des populations, soulignant que « sa musique traverse le temps ». C’est sur cette base qu’Amnesty International a choisi de s’associer à lui pour porter la promotion des droits humains. Le Directeur Exécutif a tenu à le remercier pour son engagement bénévole auprès du mouvement, précisant que c’est Kajeem lui-même qui a facilité l’arrivée de Didier Awadi, artiste sénégalais engagé à l’échelle du continent, ainsi que celle de Soum Bill, connu du grand public ivoirien à travers le groupe Les Salopards avant sa carrière en solo.

Une œuvre au service des campagnes mondiales d’Amnesty

Le projet s’inscrit dans le cadre de deux campagnes mondiales portées par Amnesty International : « Protégeons les manifs » et « Résister : l’humanité doit triompher ». Deux initiatives consacrées à la protection des libertés fondamentales, en particulier la liberté d’expression et le droit de manifester pacifiquement. Pour Hervé Delmas Kokou, c’est précisément cette liberté qui constitue le socle de tout engagement citoyen : « L’outil premier, c’est la liberté d’expression. Si on n’arrive pas à s’exprimer, on ne peut pas critiquer, on ne peut pas dénoncer. »

Le Directeur Exécutif a justifié le choix de passer par le canal artistique plutôt que par les voies politiques habituelles. Selon lui, l’art possède une force singulière : celle de toucher tout le monde, indépendamment des appartenances ou des opinions. Une chanson, a-t-il confié, donne souvent l’impression de parler directement à celui qui l’écoute bien au-delà de ce que les discours institutionnels parviennent à transmettre. C’est cette capacité de l’art à rassembler, plutôt qu’à diviser, qui a guidé le choix d’Amnesty International Côte d’Ivoire de porter son message à travers la musique.

La parole aux artistes

Ambassadeur des droits humains auprès d’Amnesty International Côte d’Ivoire depuis une douzaine d’années, Kajeem a livré une intervention approfondie sur le sens de son engagement. Pour le reggae-man ivoirien, la musique a toujours rempli, y compris dans les sociétés traditionnelles, une fonction d’élévation et d’éducation, bien avant de devenir une industrie. Il a rappelé qu’un artiste ne pouvait se réduire à sa seule dimension commerciale : « C’est le public qui donne sa légitimité à l’artiste, et il a en retour un devoir de rendre à sa communauté ce qu’il a reçu d’elle. » Selon lui, la liberté d’expression est trop souvent perçue comme un luxe que certains ne pourraient se permettre, alors qu’elle relève au contraire des besoins fondamentaux.

« En toute liberté » s’inscrit dans la continuité d’une précédente campagne, « Osons le courage », et a été réalisé avec la complicité de l’arrangeur Cédric Kanabaro. Kajeem a expliqué avoir lui-même proposé Didier Awadi et Soum Bill à la direction d’Amnesty International, avant de concevoir les bases musicales envoyées à chaque artiste, avec pour consigne de s’approprier un segment du thème selon sa propre sensibilité. Il a souligné que ce projet illustrait la capacité des artistes africains à collaborer au-delà des clivages politiques qui opposent parfois leurs pays, et qu’il avait volontairement orienté la musique vers la jeunesse, majoritaire sur le continent. Il a terminé son intervention par un appel pressant aux médias présents à assurer la plus large diffusion possible du titre, rappelant que la liberté d’expression devait s’exercer dans le respect des règles, et non comme un prétexte à tout dire.

Soum Bill a, pour sa part, insisté sur le caractère démocratique de la liberté d’expression : « La liberté d’expression, c’est l’épine dorsale de toute démocratie. » Il a constaté avec inquiétude un recul généralisé de cette liberté, y compris dans les pays considérés comme les plus démocratiques, et a appelé à une vigilance constante. Pour lui, s’exprimer librement est intimement lié à l’existence même de l’individu : « Arrêter de s’exprimer, c’est arrêter de penser. » Il a conclu en rappelant qu’il n’y avait pas de démocratie sans liberté d’expression, et que cette cause concernait autant les générations actuelles que celles à venir.

Présent par vidéo depuis le Sénégal, Didier Awadi a expliqué que la collaboration avec Kajeem et Soum Bill répondait à une conviction commune : chaque être humain doit pouvoir s’exprimer librement, y compris sur les réseaux sociaux, dans le respect et la responsabilité. Il a appelé les dirigeants à garantir cette liberté à chaque citoyen, qualifiant la liberté d’expression de « plus belle chose » à préserver. Il a invité le public à découvrir et à partager massivement le single dès sa sortie officielle.

Une diffusion pensée pour le grand public

La conférence de presse a également été l’occasion d’annoncer la disponibilité du single sur l’ensemble des plateformes de streaming, notamment Spotify, Apple Music et Boomplay, ainsi qu’en clip vidéo sur YouTube. La distribution digitale du titre est assurée par Afreekaplay, partenaire officiel du projet, dont un représentant était présent pour exposer le rôle de la plateforme dans la diffusion de l’œuvre à l’échelle continentale.

Un appel à la presse

S’adressant directement aux médias présents, Hervé Delmas Kkou a insisté sur le rôle déterminant de la presse dans la diffusion de ce type de message, rappelant que les journalistes, comme les ONG et les artistes, ont le pouvoir de faire bouger les choses. Il a appelé à une mobilisation collective pour relayer le projet, précisant que cette démarche artistique n’avait rien d’une agitation de rue : « On ne porte pas un message de division, mais un message universel. » À l’issue des échanges, une séance photo de famille a précédé un cocktail convivial entre artistes, partenaires et journalistes. Au-delà du lancement d’un titre, « En toute liberté » s’annonce comme une œuvre appelée à porter, sur les ondes et les plateformes digitales, un message de liberté qui dépasse les frontières d’Abidjan.

 

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Marie-Vianney Tra

Lemediacitoyen.com

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