Yopougon/Malgré l’interdiction des boissons énergisantes, l’addiction à «Kadhafi» enfume (Reportage)

Yopougon
Cette photo est prise lors d'une opération de saisie de drogue kadhafi à Abidjan en septembre 2023 (DR)

Yopougon. Malgré l’interdiction des boissons énergisantes, l’addiction à «Kadhafi» enfume. Le constat du reporter de votre site préféré Lemediacitoyen.com.

« Kadhafi ‘’est une drogue décriée à Abidjan, la capitale ivoirienne. Tant des jeunes et même des élèves la consomment …à grand échelle. Ce qui conduit les autorités à prendre plusieurs mesures au nombre desquelles l’interdiction de la commercialisation de boissons énergisantes. Pourquoi? «Kadhafi»,  cette substance est une préparation obtenue à partir du mélange de médicaments détournés du circuit officiel à de l’eau ou à de l’alcool. Et les boissons énergisantes font partie des ingrédients. Le leadership, la forteresse d’alors du Guide libyen Mouammar Kadhafi justifie la nomination de cette drogue.  Dans l’argot ivoirien, tout ce qui est dur, sévère, difficile… s’apparente à «Kadhafi».

 Et le phénomène de la drogue «Kadhafi» est rendu  viral par le biais d’une trend sur  le réseau social tik tok.  Avec en fond sonore la chanson « je veux woro mon Kadhafi » ,  des jeunes tiennent en main, des stupéfiants pour figurer dans la vidéo.

                A la rencontre d’ usager de la drogue  «Kadhafi» 

Ce jeudi 25 Avril 2023, à Abidjan précisément dans la commune de Yopougon, sous un soleil rayonnant, votre reporter  rencontre au quartier wassakara, dans un cabaret, T. Cédric, consommateur de ladite substance. « C’est mon pain quotidien, je consomme juste pour me rassasier », explique T. Cédric, peinard .Selon lui, sans  cette drogue, il se sent incapable de fournir des efforts. Il indique  avoir décidé de consommer pour suivre la mode.  Et depuis,  difficile pour lui de  s’en débarrasser.

Ceci n’est pas le cas de Mohamed K. rencontré en un autre lieu.  Ce dernier affirme  souffrir d’un mal dit  indétectable.« Au début lorsque qu’une personne me conseillait, je le prenais méchamment.  Aujourd’hui voici les conséquences, je ne sais même pas de quelle maladie je souffre en ce moment », se morfond-t-il.   Cependant, Mohamed K soupçonne  la consommation de la drogue.  

Il  précise  ensuite  qu’il ne va plus à l’école parce que cela n’en vaut plus la peine. « J’ai suivi l’effet de mode je n’allais pas à l’école pourtant mes parents dépensaient beaucoup sur moi, c’est ma drogue qui m’intéressait. Mais aujourd’hui j’ai beaucoup de regret parce que moi un jeune de 22 ans je n’arrive même plus à mémoriser quelque chose, j’oublie très vite», regrette-il.

De ces différents témoignages, les inconvénients sont visibles. La dépendance, la maladie, la déscolarisation et nous en passons. Devant cette réalité, les associations sont alertes. C’est le cas du Réseau des communicateurs engagés dans la lutte contre le Tabagisme et l’Alcoolisme en milieu Scolaire et Universitaire (RECLTASU).  Créé depuis 2014, le réseau sensibilise  sur les dangers liés à la consommation de la drogue, des chichas et des nouveaux produits émergeants du tabac notamment les cigarettes électroniques, le Tramadol et aussi…. le «Kadhafi».

« Nous sensibilisons contre cette nouvelle forme de drogue dévastatrice. « Kadhafi » est un mélange de comprimés Tramadol dosés à 250 mg et la boisson alcoolisée Vody dosée à 18% d’alcool. Cette combinaison est un véritable cocktail molotov qui est malheureusement adulée par les jeunes à la recherche de sensations fortes. Dans nos campagnes de sensibilisation, nous interpellons les élèves sur les dangers liés à la consommation de cette nouvelle forme de drogue. Certes des élèves s’adonnent à la consommation de ce produit mais on observe que la majorité des consommateurs de ces produits sont des jeunes « en conflit avec la loi », des « apprentis Gbaka », des jeunes qu’on retrouve dans les fumoirs ou dans les gars de transports en commun», éclaire Dimitri Agoutsi, journaliste et président Réseau des communicateurs engagés dans la lutte contre le Tabagisme et l’Alcoolisme en milieu Scolaire et Universitaire (RECLTASU).  

Les crises militaro-politiques pointées du doigt

«Il faut aussi admettre que certains élèves, par curiosité admettent avoir consommé ce produit sous l’influence de mauvais amis  (…) Nous installons des comités de sensibilisation dans les écoles en intégrant ces comités aux différents clubs santé. Cette stratégie permet aux élèves de devenir des ambassadeurs de la lutte et de bons relais dans la communauté. Aussi, nous renforçons les capacités des hommes de média et les incitons à faire des productions orientées vers la sensibilisation contre ces produits addictifs. C’est ainsi que depuis 3 ans, nous avons initié le concours « La Plume Anti-tabac ». Ce concours  prime les meilleurs journalistes engagés dans la lutte contre les addictions.

 Dimitri Agoutsi associe ce phénomène à l’environnement socio-politique ivoirien.  « les nombreuses crises militaro-politiques qui ont secoué la Côte d’Ivoire et la cherté de la vie ont entrainé des dysfonctionnements au sein des familles et la vulnérabilité des populations. C’est triste mais des parents n’ont plus forcément tous les leviers pour encadrer efficacement leurs enfants ».  

A cela s’ajoutent des concepts d’immaturité d’une frange de la jeunesse où sur les réseaux sociaux on passe le clair du temps à faire croire aux jeunes que la vie est facile. Les jeunes n’ont pas assez de repères pour les structurer et ils vont plus s’investir dans le superflu par rapport à ce qui est essentiel. Quand vous avez tout cela réunit , on en arrive à des situations dramatiques comme c’est le cas en ce moment avec la consommation de cette drogue et son corollaire. Aussi, l’accessibilité des produits malgré leur interdiction de vente intervenue tardivement entretient ce phénomène.

Comment  identifier des signes chez le consommateur?

  Généralement, les élèves disent facilement qu’ils consomment la chicha, la cigarette électronique ou les autres types de produits du tabac. Pour la drogue sous toutes ses formes comme « Kadhafi », ils sont peu bavards voir très discrets, à en croire M.Agoutsi.

 Néanmoins, il arrive qu’à travers les questions , on déduise  aisément qu’ils sont pris au piège de la drogue. Aussi, ce sont leurs amis et à un moindre degré certains éducateurs ou professeurs qui savent ceux qui consomment la drogue ou pas.  Car les élèves qui fument la drogue ou consomme le « Kadhafi » ont un trouble de comportement (violents, irrespectueux, somnolence, trouble du langage, yeux toujours rouges, absentéisme répétitif…) et des résultats scolaires qui chutent brusquement.

La non application des mesures décrétées, un problème dans le problème

En côte d’Ivoire, le problème n’est pas la prise de décrets ou de textes règlementaires. Mais l’application effective de ces mesures. On le voit, avec le décret d’interdiction de fumer dans les lieux publics et les transports en commun ou l’interdiction de commercialisation de sachets en plastique et autres mesures.

« Soyons francs et sincères, ces décrets n’existent que de nom. On fume partout, les sachets plastiques pullulent les rues. Les boissons énergisantes sont toujours vendues et très accessibles aux jeunes. Que nos autorités achèvent le travail qui ont commencé en alliant sensibilisation et répression car c’est visiblement le seul langage que l’ivoirien semble comprendre », conclut  le président de la RECLTASU. A bon entendeur, salut!

Ruth Assoko

Lemediacitoyen.com

 

Encadré/ Usagers de «Kadhafi» et familles, un message  pour vous

 Qu’il s’agisse de  cigarette classique, électroniques, de chichas, ou de  drogue sous toutes ses formes, attention!  Ces produits sont constitués d’éléments dépendogènes qui peuvent maintenir le fumeur ou l’usager esclave jusqu’à la mort. D’où l’importance d’éviter la première dose ou tige. Sortir de la dépendance génère  des coûts financiers importants.

«Certains même ne s’en sortent pas et sont obligés de se faire injecter la méthadone pour se soulager car il est difficile d’abandonner certaines formes de drogue comme la Cocaïne et l’Heroïne (…) Maintenant,  pour celui qui est déjà pris au piège de la drogue et du tabagisme, il y a trois attitudes à adopter. Premièrement reconnaitre qu’on a un problème et qu’on doit se faire aider tout en décidant d’arrêter. Tout part de cette prise de conscience. Ensuite, il faut changer d’environnement. S’éloigner de ses amis fumeurs durant son traitement dans un centre spécialisé comme la Croix Bleue. Et enfin, s’occuper sainement pour ne pas tomber dans la rechute car l’oisiveté est la mère de tous les vices».  Dixit Dimitri Agoutsi, journaliste et président Réseau des communicateurs engagés dans la lutte contre le Tabagisme et l’Alcoolisme en milieu Scolaire et Universitaire (RECLTASU).  

Quant aux  parents , ils doivent comprendre et admettre que leur enfant addicte à la drogue ou même à la cigarette est un malade qui a besoin de soutien. De ce fait, il faut lui démontrer d’amour, l’aider à surmonter cette étape difficile en l’encourageant.

La lutte est multisectorielle donc chacun doit jouer sa part. Les parents, les encadreurs, les acteurs de la société civile doivent continuer à sensibiliser à la base. Le premier maillon de socialisation d’un enfant, c’est la famille, donc les parents ont un rôle très important à jouer dans ce combat.

Ruth Assoko

Lemediacitoyen.com

* Cet article est le premier épisode de notre  DOSSIER/  DROGUE EN CÔTE D’IVOIRE , L’HEURE EST GRAVE. Le second épisode  porte sur la vente de drogue autour des écoles. Vous retrouverez également une production sur les efforts de l’Etat ivoirien.

https://www.lemediacitoyen.com/drogues-en-cote-divoire-lecole-a-lepreuve-du-trafic-illicite-enquete-expresse/

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