Côte d’Ivoire-Harcèlement sexuel des filles mineures: comment se fait la prise en charge psychosociale 

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Il est temps que cela cesse
Le harcèlement sexuel et le viol sont peu dénoncés par voie judiciaires. (LMC)

Selon une étude réalisée de 2017 à 2018 par l’UNICEF à travers les écoles,  « 121 filles du CP1 au CM2 sont victimes de harcèlement sexuel ». Comment  les victimes  de harcèlements sexuels en Côte d’Ivoire sont prises en charge socialement ? 

Juliette (nom d’emprunt), 13 ans est réputée brillante à l’école. Elle est d’une famille pieuse qui partage la même foi religieuse que celle du voisin. Une familiarité se crée. Le voisin multiplie les visites. Il a l’intention de draguer Juliette. Alors il suit les faits et gestes de son frère en christ.  Le père de la petite. Quand celui-ci s’absente, il vient à la maison et touche les parties intimes de l’enfant. Il lui propose de l’argent. Il se propose même de lui payer les cours. Un jour, alors que les parents de Juliette s’étaient absentés, la laissant en compagnie de son petit frère qui a entre 5 et 6 ans, le M. débarque et demande un verre d’eau.   Lorsqu’elle arrive et lui tend le verre, il l’attrape et commence à abuser d’elle. Il lui enlève son pagne et touche ses parties intimes. Elle lutte comme elle peu, mais n’a pas suffisamment de force. Les choses vont se passer autrement car le petit frère de Juliette qui, depuis sa chambre a entendu des bruits,  est sorti alerter les voisins. Il pensait à une bastonnade. C’est ainsi que l’auteur fut interpellé. 

Victime de harcèlement sexuel, elle a été conduite à l’ONG SOS Violences Sexuelles sis à Yopougon où une prise en charge psychologique a été entamée.

Prise en charge et ONG

A SOS Violences Sexuelles, lorsqu’un cas de harcèlement sexuel se présente. La victime bénéficie d’une prise en charge psychologique jusqu’à la réinsertion. Pour les cas de harcèlement sexuel ayant débouché sur du viol, une prise en charge médicale holistique se fait en premier (dans les 72 heures qui suivent l’acte) avant la prise en charge psychologique, judiciaire et la réinsertion. « Nous payons tous les frais, les parents ne déboursent rien. Si la fille présente un état psychologique stable, après le volet juridique, on l’inscrit dans une Activité Génératrice de Revenus (AGR) de son choix», détaille le psychologue Yao N’goran.

Dans la même veine, L’ONG, Femme en Action privilégie l’écoute, avant de référer la victime aux structures spécialisées si nécessaire. Concernant la réinsertion, ‘’elle aide tout de même les victimes à trouver un peu de prêt pour renforcer leur commerce’’ explique la présidente Gbazale Irad Renouel. 

 La prise en charge reste une grosse difficulté, à l’Organisation Nationale pour l’Enfant, la Femme et la Famille (ONEF) du fait ‘’de la méconnaissance du harcèlement sexuel, de la prise en charge très limitée, du manque de prise en charge spécifique, et de la rareté des dénonciations’’ selon le Juriste Chargé du Programme Protection, Education et Renforcement des Capacités GNEBLE Labé. 

Prise en charge et complexes socioéducatifs

 A L’instar des ONG, les cas de plaintes sur les harcèlements sexuels sont presqu’inexistants au complexe socio-éducatif d’Abobo, et de Cocody. Ils traitent la question des Violences Basées sur le Genre ( VBG) en général. Ce pourquoi quand un cas s’y présente, la procédure de la prise en charge sociale est identique à celle de l’ONG Femme en Action. ‘’Elle passe par une écoute avec le consentement d’un parent puisqu’elle est mineure, avant de la référer si possible aux structures aptes à la satisfaire’’. A indiqué M. Gobri Djedje, le Directeur du complexe socio-éducatif d’Abobo.

 Le volet de la réinsertion des victimes dans les complexes socio-éducatifs se situe ‘’au niveau de la famille et de la communauté’’,  indique Balet Félix, Directeur Complexe Socioéducatif de Cocody.

Prise en charge judiciaire

Au sein des bureaux genre, cellule dans l’enceinte d’un commissariat chargé de traiter le volet juridique dans la prise en charge holistique des victimes des VBG, l’écoute y et également privilégié.

« Les victimes sont reçues au poste de police puis orientées vers le bureau genre.  Nous écoutons attentivement la victime. Nous expliquons en long et en large la procédure judiciaire.  Ensuite nous enregistrons sa plainte et commençons notre enquête. » Indique notre source qui a requis l’anonymat.

 Selon Konaté,  « Le harcèlement sexuel est un élément de la violence sexuelle. La loi sanctionne cet acte et la peine du coupable se situe d’un à trois ans d’emprisonnement et d’une amande de 360.000 à 1.000.000 de Francs CFA », a-t-elle insisté.

Organisations internationales

 Les organisations des populations et familles sont engagées dans la lutte contre les VBG. Il lutte donc pour éradiquer le phénomène du harcèlement sexuel sur les filles mineures en Côte d’Ivoire. Comme dans les ONG, les complexes socio-éducatifs, ils n’ont pas de programme spécifique pour prendre en charge les petites filles victimes de harcèlements sexuels. Ils renforcent plutôt les capacités des agents qui sont à même de gérer la prise en charge sociale des victimes.

Les actions de l’Unicef vis-à-vis de l’Etat ivoirienne pour une prise en charge effective psychosociale des victimes sont notamment le  renforcement de capacités de tous les acteurs, des travailleurs sociaux, des enseignants sur ces questions. « Au-delà, on accompagne le ministère pour mettre en place des comités de protection qui, avec la participation des enfants dans ces comités permet au moins de ne pas créer de barrière.  On appuis les centres sociaux.  Les travailleurs sociaux apportent une prise en charge psychosociale pour soutenir les personnes exposées au  harcèlement sexuel. On appuis la justice à travers des services dit services de protection judiciaire de l’enfance et de la jeunesse», Dévoile Sandrine Kraidy, l’Administrateur Protection de l’Enfant Bureau Côte d’Ivoire.

Le Fond des Nations Unies pour la Population (UNFPA) est une agence des nations unies. Elle apporte l’appui technique et financier au gouvernement à travers les ministères spécialisés pour intervenir. Elle aide par exemple le ministère de la Femme de la Famille et de l’Enfant à élaborer tous les documents de politique et stratégies qu’il faut pour prévenir. « Nous mettons à la disposition du ministère notre expertise technique pour former les travailleurs sociaux sur la prise en charge psychosociale des cas de VBG ; On donne aussi des financements pour pouvoir former tout le personnel… » Indique Abiba Ouattara, experte.

Le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), fait de même. Il accompagne l’Etat de Côte d’Ivoire dans la pratique. Pour une bonne prise en charge sociale des victimes, il a construit des bureaux d’accueil au sein des commissariats et brigades de gendarmerie. « Nous avons au total 32 bureaux. Nous sommes en train de construire une douzaine à l’ouest », revèle M. Nanourou Berthé, Chef de projet au PNUD, avant d’ajouter : « Quelques bureaux sont déjà fonctionnels ».

 Les mesures de l’Etat

La Direction de Protection de l’Enfant sous la tutelle du Ministère de la Femme de la Famille et de l’Enfant réagit en urgence sur certaines situations dont l’exploitation sexuelle des enfants. Quand un cas lui parvient, la prise en charge sociale s‘effectue en 4 étapes. ‘’Ces étapes sont notamment la protection de la victime, la réhabilitation de la victime, la réinsertion dans les communautés, et l’impunité’’. , a expliqué Lath Mel Alain Didier, Directeur de la DPE, avant d’indiqué la ligne gratuite 116 pour toutes les dénonciations.

Marina Kouakou

Lemédiacitoyen.com

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