Yao N’goran, psychologue, à propos du harcèlement sexuel : « Les auteurs souffrent de traumatisme psychologique »

Faute de moyens,les canevas dans lesquels la prise en charge doit être faite sont limités. indique le psychologue. (LMC)

   Titulaire d’un master, Yao N’goran est psychologue à l’Ong  SOS Violences Sexuelles depuis l’année 2017. Dans cet entretien, il dresse le profil psychologique des auteurs de harcèlement sexuel sur les filles mineures.

    Avez-vous déjà reçu et traité des cas d’ harcèlement sur les filles mineures ?

Oui.  

    Quels sont les faits d’harcèlement qui vous ont le plus marqué ?

La victime a créé son espace psychologique personnel dans son corps inviolable qui détermine sa personnalité, et une personne est venue violer cet espace là sans son consentement. De ce fait, tous les cas sont quand même marquants.

  Pourriez- vous citer un exemple ?

C’est un cas récent que nous traitons en ce moment. Je  vais préserver l’identité de la victime. Une fille de 14 ans est venue passer les vacances chez son oncle. Prêt de leur maison, il y avait un vendeur de matelas. Il a promis donner un téléphone tablette et un montant de 10.000 FCFA à la petite. « Il lui a dit allons à la maison je vais te donner ». Ils sont rentrés dans la chambre. Il a mis un film pornographique. Tout ce qui passait là-dedans il a reproduit sur la fille. Elle n’arrivait plus à marcher. A la première séance, elle n’a fait que pleurer. On a dû reprogrammer une autre séance. C’est suite à plusieurs séances qu’elle a pu parler. 

Qu’en est-il de la poursuite judiciaire ?

Le père de la petite a entamé une procédure judiciaire. La police devrait aller prendre l’auteur. Malheureusement, elle a informé le jour j qu’elle manquait de carburant. Les forces de l’ordre ont osé dire qu’ils n’ont pas de carburant pour aller se saisir de cet agresseur qui représente un danger pour les petites filles et pour la jeunesse ivoirienne. On tiendra une réunion sur les dispositions nouvelles.

      Quelle tranche d’âge est la plus exposée parmi les cas que vous recevez ?

Elle se situe entre 9, 14 et 15 ans cette année 2019.

     Quels sont les impacts sur la fille ?

Il y a le stress, les souffrances psychologiques, l’anxiété. A long terme, elle peut s’ôter la vie. Des personnes l’ont déjà fait surement seulement qu’on n’a pas de statistiques.

       Comment se traduit la prise en charge sociale pour les cas de harcèlement sans viol?

Nous faisons la prise en charge psychologique uniquement.

      Sur combien de temps ?

Cela dépend de la personnalité et la capacité à récupérer. Il n’y a pas de temps précis.

   Quelles sont les difficultés que vous rencontrez à ce niveau ?

L’Etat n’a pas de psychologue. Quand il y a un problème dans les commissariats, c’est SOS Violences Sexuelles qu’on appelle pour l’écoute. Même dans les centres sociaux de l’Etat, c’est nous qui y allons. Une prise en charge psychologique doit s’étendre sur toute une période. Mais comme ce sont des projets qui sont financés,  les canevas dans lesquels la prise en charge doit être faite sont limités.  On ne peut pas aller au-delà du temps donné. Souvent, on offre des services mais sur combien de temps ? Si toutes les structures avaient au moins un psychologue, le service serait de qualité.

       Vous est-il arrivé de vous occuper de la prise en charge psychologique des auteurs ?

Non. C’est la victime qui arrive. Pour échanger avec les auteurs, il faut que les parents portent plainte et qu’ils soient incarcérés parce que les auteurs aussi, souffrent d’un traumatisme psychologique.

       Qu’est ce qui peut pousser ou inciter une personne à commettre de tels actes ?

Il y a plusieurs causes. Ces personnes souffrent d’une personnalité pathologique, de traumatismes. D’autres prennent goût à assassiner. Elles se projettent sur les proies les plus vulnérables. Les cas cités sont similaires. Elles utilisent les stratèges puisque la petite fille ne peut pas interpréter la situation. Les auteurs ont été victimes de violence, maltraitance ou ont été réduits à rien dans le passé. Un moment, ils veulent montrer qu’ils peuvent faire subir à autrui de la violence et de la pression. Il y a des personnes de nature sadiques. Elles prennent leur plaisir en faisant souffrir l’autre. Il y a les pédophiles leur genre sexuel c’est les enfants. Il y a des pratiques occultent aussi qui entourent cela.

      Que préconisez-vous pour mettre fin à ce phénomène?

Ces phénomènes sont récurrents parce que beaucoup de parents démissionnent. Les sociétés vivent beaucoup de crises. En psychologie, la période de 0 à 6 détermine la personnalité d’une personne. Si les parents n’ont pas su apporter l’éducation, les besoins nécessaires, les greffes de ces agressions se déposent dans les gènes de l’enfant. Quand il devient adulte, il manifeste le comportement. Il faut accentuer l’éducation, les sensibilisations. Il n’y a pas de personnalités typiques agresseurs. C’est dans les situations qu’on les découvre. Il y a des signes annonciateurs, tels que les regards. Les parents doivent donner aux enfants les astuces nécessaires capables de s’auto protéger. Et arrêter les coupables. On doit les aider à rencontrer les psychologues. En réglant à l’amiable ce n’est pas une solution. La prison n’enlève pas les causes de tels actes.

     En guise de conclusion, que pouvez-vous dire ?

Les africains ont une mauvaise représentation de la prison. Ils préfèrent le règlement à l’amiable. Entre temps, les coupables restent dangereux.  Si on arrive à enregistrer les cas de plaintes et qu’on arrête les auteurs, ce serait plus facile de déceler le problème commun. On pourra aussi avoir des statistiques à ce niveau puisqu’actuellement c’est assez difficile car les gens taisent les cas. Je souhaite que les parents permettent aux enfants de s’exprimer en toute quiétude, ils arrivent à dénoncer des cas ainsi.

Réalisée par Marina Kouakou

Lemediacitoyen.com

 

 

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