Le modèle actuel de la gestion de l’Ecole mettra la société en péril s’il reste inchangé/ Prof Alger Ekoungoun

Le CNSER fait des propositions pour améliorer le mode de gestion de l'école (DR)

     Chaque lundi, lemediacitoyen.com  publie les réflexions du  professeur Alger Jean-Francis EkOUNGOUN, président du  Comité National pour la Sauvegarde de l’Ecole de la République (CNSER) à travers la rubrique le Dossier : « Les grands Débats du CNSER ».

     Quand est-ce que les syndicats du secteur éducation-formation sortiront-ils de la logique qui consiste à défendre les intérêts essentiellement pécuniaires de leurs militant(e)s alors que l’Ecole, en tant qu’(infra)structure, s’écroule dangereusement sous leurs pieds, au figuré comme au propre ? Ces derniers mois, les voix de certains leaders et partis politiques ont été plus audibles quant à la peinture de la situation déplorable actuelle de l’Ecole de la République. On a entendu récemment un ancien ministre faire une radioscopie balzacienne de l’Ecole, dans une verve assez piquante : « Quand on assiste à une guerre des bancs dans une université qui porte le nom d’Houphouët-Boigny, il n’y a pas de quoi en faire la fine bouche », Jean-Louis Billon, dixit. L’Ecole est le socle du développement du pays. Le dire, implique un engagement citoyen ferme, sans concession ni réserve, d’autant que tout porte à croire que l’Ecole est programmée pour mourir dans un silence complice.

 

      Depuis plusieurs années, l’Ecole de la nation est traversée par une série de crises. Aucun palier n’y échappe (primaire, secondaire et supérieur). Les acteurs du secteur primaire exigent, entre autres, la suppression des cours de mercredi, la finalisation du profil de carrière des enseignants du préscolaire et du primaire, l’organisation de concours exceptionnels de promotion dans les emplois de l’enseignement, la revalorisation de l’indemnité de logement. Ceux du secteur secondaire réclament également la revalorisation des indemnités de logement, le relèvement, au double, de toutes les primes liées aux examens scolaires, la rémunération de la surveillance de ces examens, etc.

      Les enseignants chercheurs revendiquent, entre autres questions corporatistes, le rétablissement des salaires de plusieurs professeurs de l’université Félix Houphouët-Boigny, victimes de mesures arbitraires du président de ladite institution. Du côté des étudiants, c’est l’appel au suicide qui taraude les pensionnaires du temple du savoir malade lui aussi. Le samedi 19 octobre dernier, un étudiant a voulu embrasser la grande faucheuse en tentant désespérément un saut dans le vide. Contraints à d’énormes difficultés existentielles, plusieurs étudiants dorment sur les campus universitaires, à la belle étoile ; les plus chanceux, quant à eux, trouvent asile dans la précarité et l’insécurité des amphithéâtres ou salles de classe. Des enseignements sont organisés sur les espaces verts, sous des arbres, des universités pour combler le déficit criant en salles de classe, salle de TD. De l’absence de bibliothèques et Wifi, en passant par la para-militarisation de groupes structurés d’étudiants qui, fort du soutien de leurs parrains politiques, jouent les pistoléros et n’hésitent pas à planter impunément le glaive dans le sein de leurs propres condisciples… bref, les universités publiques de Côte d’Ivoire ne font plus rêver.

       C’est peu d’affirmer que plus de 100 milliards Fcfa sont passés par là. Une cagnotte cardinale engloutie sous des tonnes de peinture à eau et de rafistolages. Un jour, la nation réconciliée dans la vérité devra demander des comptes aux apothicaires de ce « Départ nouveau ». Le bilan de cette réclame budgétivore se fera et s’imposera. Idem de l’implémentation du système LMD (Licence Master Doctorat) qui est un échec cuisant. La faillite du système LMD accentue la déroute collective des étudiants ivoiriens ainsi livrés à la merci des entrepreneurs politiques à l’abordage.

       A ces chapelets de problèmes qui constituent déjà de lourdes contraintes auxquelles le pouvoir en place doit faire face, il faut ajouter à la crise des infrastructures des établissements scolaires et universitaires, dépassées et incapables de répondre aux attentes du futur, des effectifs pléthoriques (on frôle aujourd’hui le chiffre de 150 élèves dans certaines clases du secondaire et du primaire), des méthodes pédagogiques inadaptées et aux contours mal définis qui désapprennent plus qu’elles ne préparent notre jeunesse pour demain. Enfin, l’avènement de nouvelles « lois », véritables injonctions qui n’imposent que les droits des apprenants sans tenir compte de leurs devoirs, consacrent, de ce fait, la mort de l’autorité de l’administration scolaire. Les frais d’écolage (Coges, inscription en ligne, etc.), les conditions de recrutement (contractualisation des enseignants) et la formation des maitres (trois années désormais pour le Cafop) sont autant de sujets qui nécessitent un débat citoyen et/ou parlementaire franc.

     L’Ecole est également devenue le berceau des injustices et des violences insupportables  qui exposent les enseignants, les syndicalistes, les parents d’élève, les élèves et les étudiants aux humiliations permanentes. Les derniers faits en date, l’agression d’une enseignante d’EPS du Lycée moderne 3 de Daloa, tailladée à la machette par des individus masqués au sein de son établissement. Dans la même journée du mardi 15 octobre, un agent de la police nationale se disant officier a bastonné et menacé de mort une des deux directrices du Groupe Scolaire de Cocody.

     L’Ecole de la République est profondément inféodée dans le politique. Dès lors, il devient difficile de la sortir de l’impasse des solutions politiques aventureuses pour offrir de meilleures perspectives d’avenir aux élèves et aux étudiants. Le changement des premiers acteurs de la communauté scolaire et éducative de la Côte d’Ivoire n’a pas entrainé le changement du système de gouvernance de l’Ecole. Le système éducatif s’est sclérosé avec le temps. Il est même à bout de souffle. Nous sommes arrivés à la fin d’un modèle de gestion de l’Ecole qui mettra toute la société ivoirienne en péril s’il reste inchangé.

      Dans ce contexte de crise de l’Ecole de la République, la construction et la proposition de réflexions et d’actions radicalement différentes sont des impératifs. Telle est l’ambition partagée par des citoyens ivoiriens, réunis au sein du Comité National pour la Sauvegarde de l’Ecole de la République (CNSER). L’engagement citoyen des membres du CNSER s’explique par la quête d’une Ecole de la nation refondée offrant des opportunités d’avenir individuel et collectif à toutes les filles et à tous les fils de la Côte d’Ivoire. Le CNSER est composé des enseignants du primaire au supérieur, des institutionnels du système éducatif, des associations de parents d’élèves, des structures d’élèves et d’étudiants. Le CNSER est l’affaire de tous les citoyens ayant à cœur l’avenir de la nation ivoirienne.

      Face à la situation délétère des crises à répétition avec son cortège de désordres, de tensions, d’incertitudes et de désespérances qui règnent actuellement dans le système éducatif ivoirien, le Comité National pour la Sauvegarde de l’Ecole de la République affirme qu’il y existe de nouvelles façons, plus respectueuses des valeurs de la République, d’aborder les problèmes de l’Ecole en s’y attaquant de manière fondamentale et en dehors des partis politiques. L’Ecole doit être remise à la place qui lui revient : celle de la priorité de son existence dans son ensemble. Si nous voulons éviter les inégalités sociales et les dégâts que nous lèguent les solutions inhibées, il nous faut dès lors, en dehors des champs politiques, changer immédiatement de cap pour porter en avant la dynamique du renouveau de l’Ecole. Osons penser autrement que les sons de cloches des chapelles syndicales sectorielles et politiques. Il est encore possible de redonner à l’Ecole ses lettres de noblesse pour lui permettre de faire face aux défis de la mondialisation. Cette Ecole de la république, celle de la diversité qui chasse les inégalités et qui donne la chance à tout un chacun est encore possible. Cette nouvelle Ecole dans une République fraternelle et retrouvée, nous pouvons la construire ensemble. Il est donc temps d’ouvrir les yeux pour voir l’effritement des acquis de cette Ecole qui a formé jadis l’élite ivoirienne dont beaucoup sont devenus les cadres de l’administration ivoirienne.

      Il nous faut absolument transcender tous les faux clivages politiques, les appartenances d’intérêt particulier, les antagonismes artificiels et la division, pour ne retenir que l’Ecole de la République, une et indivisible et travailler à son intérêt général. Qu’on le veuille ou non, qu’on ose ou non, c’est la seule solution qui s’impose à nous. Il y a un seul postulat, c’est de lutter tous ensemble pour sortir l’Ecole d’une mort certaine.

      Le membre du CNSER refuse la résignation et la fatalité. Il s’engage à être un moteur de la transformation et des changements positifs de l’Ecole. Il s’engage à formuler des programmes pédagogiques endogènes permettant de bâtir la Nouvelle Ecole de la République. Il s’engage à être un acteur nouveau soustrait des cercles clientélistes et reste entièrement dévoué à l’intérêt général du système éducatif ivoirien. Il s’engage à proposer des schémas structurels ambitieux pour bâtir un nouveau cadre de performances économiques favorables à la formation d’une élite susceptible d’offrir, de façon pérenne, de solides opportunités d’emplois à la jeunesse. L’exemplarité de ces nouvelles compétences sorties de la Nouvelle Ecole de la République sera le ferment de l’émergence de nouveaux types de citoyens qui seront des acteurs majeurs du renouveau sociétal tant espéré. Le réveil exprimé par la plateforme citoyenne CNSER fera bouger les lignes et fournira la détermination qui a manqué́ ces dernières années pour opérer les ruptures indispensables à la création de la Nouvelle Ecole de la république.

      Nous pouvons vivre mieux, dans un meilleur cadre de vie et avec de meilleures perspectives d’avenir pour les jeunes ivoiriens dont beaucoup sont en perdition. Le Comité National pour la Sauvegarde de l’Ecole de la République (CNSER) scelle donc un nouveau contrat social pour l’Ecole avec les Ivoiriennes et Ivoiriens.

      Nous faisons le serment solennel d’incarner dans notre comportement quotidien les valeurs d’éthique et d’intégrité́ qui sous-tendent notre plateforme : cultiver la compétence et l’amour pour construire la Nouvelle Ecole de la République ; faire preuve d’un dévouement exclusif à l’intérêt général pour l’Ecole de la République ; faire prévaloir les exigences institutionnelles et organisationnelles sur les aspirations personnelles ; communiquer avec les citoyens sur les sujets de portée nationale, territoriale et locale liés à l’Ecole et les impliquer, à travers une démarche inclusive et des méthodes participatives, dans la formulation de nouvelles politiques publiques pour l’Ecole ; rendre compte de toutes nos actions en faveur de la sauvegarde de l’Ecole.

     Nous formulons, avec les Ivoiriennes et Ivoiriens, motivés par le devenir de leurs enfants et petits-enfants, une offre pédagogique et structurelle innovantes permettant de bâtir une nouvelle école comme lieu de fermentation de la nouvelle République. Nous construirons, avec les Ivoiriennes et Ivoiriens, un nouveau leadership scolaire, composé d’une équipe solidaire, compétente, travailleuse et vertueuse, totalement dévouée et désintéressée, porteuse d’une véritable ambition pour l’Ecole et réceptive aux attentes des citoyens.

     Il n’est de fatalité qui réduise la volonté de l’Homme à un désespoir insurmontable. Nous devons faire partie d’une chaine de Consciences Libres et Solidaires qui appelle à une Ecole de la république, structurée et ambitieuse. Notre pays concentre tant de grands esprits, des talents, des traditions et des cultures et savoirs ancestraux si riches et variés qui peuvent nous permettre d’élever au rang de la vertu : la Sagesse qui commande de promouvoir la Nouvelle Ecole dans la Paix, la Raison qui impose de s’engager résolument pour le changement responsable de l’Ecole de la république, le Patriotisme qui seule, bien au-dessus des contingences ethniques, tribales et régionales, transcende ces particularismes primaires sources de division artificielle, et suggère de conduire le changement de l’Ecole dans l’Unité des fils et filles de la Côte d’Ivoire.

      Voici comment se dessinent les voies concrètes pour bâtir la Nouvelle Ecole de la nation. Voici comment, avec le CNSER, nous construirons la Nouvelle Ecole en puisant dans la crise actuelle qu’elle traverse, l’énergie nécessaire au renouvellement de ses fondements. « Faire la politique de l’Ecole aujourd’hui pour faire réussir notre nation demain », tel est le slogan du CNSER. Vous êtes invité (e)s à prendre votre place dans cet ambitieux programme.

Prof. Alger Jean-Francis EKOUNGOUN

Maître de conférences

Président du CNSER

02674539/09286021

 

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