Focus/ Secteur éducation-Formation, une fiche lemediacitoyen.com pour comprendre l’ébullition du front social

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Le front social en ébullition en Côte d'Ivoire depuis e mois de janvier 2019.

Une crise touche  les ordres d’enseignement dans le secteur public en Côte d’Ivoire. Les tons se durcissent depuis l’arrestation de grévistes dont le professeur Kouassi Johnson Zamina, porte-parole de la Coordination National des Enseignants Chercheurs (CNEC). De quoi s’agit-il exactement ?

Pour comprendre ce qui se passe, connaître  d’abord les revendications au primaire, au secondaire et au supérieur publics.

  • Les points des revendications
  • A l’école primaire, les maitres veulent, entre autres, la suppression des cours du mercredi, la promotion exceptionnelle des instituteurs « comme cela a été fait partout », selon eux. La suppression du concours des instituteurs adjoints suivie de la réinstauration de l’examen du CAP INTÉGRATION, l’achèvement du profil de carrière et la revalorisation de l’indemnité de logement jugé « caduque ».

Le mouvement est porté par un consortium de structures syndicales mué en une intersyndicale dénommée ISEPPCI. Bli Blé David. La première grève a eu lieu en décembre 2018.  Et celle en cours, depuis le 4 février 2019, toujours pour les mêmes raisons.

  • Au secondaire, la grève concerne diverses revendications. En plus d’exiger la valorisation des indemnités de logement, les enseignants veulent l’amélioration des conditions de travail jugées «  extrêmement difficiles ». Les enseignants citent, entre autres, les effectifs pléthoriques et le manque de matériels didactiques. Ils estiment que « les salles des professeurs comparables à des salles d’archives », Ils crient au manque de salles d’eau et manque de toilettes pour les professeurs.

Les grévistes veulent la disparition des tableaux noirs pour faire place à des tableaux blancs avec marqueurs. Ils appellent au respect du référentiel de métiers des grades A5, A6 et A7.
« Les grades A5 A6 et A7 ne doivent plus être dans une salle de classe pour dispenser des cours », exigent-ils. Ces points de revendications sont portées par des syndicats dont le Synesci.

  • L’enseignement supérieur est paralysé depuis cinq semaines, En cause, une polémique autour des heures complémentaires  entre les enseignants et la présidence de  l’université. Les premières cités disent ne pas comprendre le non-paiement d’heures complémentaires par la présidence de l’université. Ils affirment avoir signé les PV des cours et des compositions. Quant au président de l’université, prof Abou Karamoko, il affirme suspecter une fraude autour des heures complémentaires . La brouille conduit à une mésentente qui connait la radiation de syndicalistes et l’emprisonnement du prof Johnson Kouassi, porte-parole de la CNEC.

 

  • La réaction du gouvernement

 Au sortir du conseil des ministres du 30 janvier 2019, le  gouvernement  qui a signé avec les organisations syndicales une trêve sociale en 2017 se sent trahi. Le porte-parole du gouvernement, le ministre Sidi Touré, estime  que la résurgence des grèves est un abus.

Au niveau de l’enseignement primaire et secondaire, Kandia Camara, la ministre de l’Education nationale et de la Formation technique et professionnelle dénonce le non-respect de la trêve. Dans sa déclaration, la ministre « demande aux syndicats et aux enseignants grévistes le respect de la trêve sociale signée entre le gouvernement et les plateformes syndicales. Madame le Ministre en appelle au sens de la responsabilité de chacun des acteurs du système éducatif ainsi qu’au sens civique des enseignants pour la sauvegarde des intérêts d’éducation et de formation des enfants dont la communauté leur a confié la charge ». Son appel à la reprise des cours pour le 11 février 2019 n’a pas d’écho favorable.

Au fait en 2017, le gouvernement avait  cédé à la majeure partie des revendications des fonctionnaires à la suite de la grève générale. En contrepartie une trêve sociale a été signée. Mais certains syndicats à l’époque ne s’y reconnaissaient pas.

« Pour l’intersyndicale des fonctionnaires de Côte d’Ivoire (IFCI), le constat est sans équivoque : la résurgence des mouvements de grève est due au mauvais fonctionnement du dialogue social et la non-application des dispositions de la trêve sociale signée avec le Gouvernement en Août 2017. En effet, les revendications sectorielles à la base de la résurgence des mouvements de grève auraient pu trouver solution si les cadres permanents de dialogue avaient été mis en place et fonctionnaient normalement comme il est indiqué dans le protocole d’accord portant trêve sociale. Ces cadres de dialogue ne sont nullement des cadres de consultation sans réel pouvoir de décision comme c’est le cas au ministère de l’éducation nationale. Face à cette situation, l’IFCI souhaite le dénouement de tous ces mouvements sociaux par le dialogue et invite le Gouvernement à s’inscrire dans une perspective de dialogue en y créant les conditions », plaidait le 11 février Jean Yves Abonga, président du comité exécutif de l’IFCI, plateforme signataire de la trêve.

  • Les négociations et leur interruption 

Malgré la dénonciation du non-respect de la trêve, des échanges ont lieu le 1 er février au cabinet de Kandia Camara «  Pour les cours de mercredi, le Dircab du menetfp en l’occurrence Monsieur Kabran Assoumou a affirmé que le ministère n’a nullement le pouvoir de les supprimer, ils sont du ressort de la communauté internationale ou à tout le moins le Président de la République, pour les points restants, il nous fera un chronogramme ultérieurement par point en vue d’en discuter dans l’avenir », confiait une source syndicale après la rencontre. Entre temps, la grève  est maintenue.

Le conseiller du premier ministre chargé du dialogue social prend langue avec les grévistes. Au lendemain de la prise de contact, la ministre de l’Education débute les échanges avec les enseignants du primaire et du secondaire.  Un calendrier est établi pour des rencontres thématiques liées aux points de revendications.

C’est pendant ce temps, qu’au niveau de l’enseignement supérieur, le prof Johnson Kouassi, porte-parole de la CNEC est arrêté. Par solidarité, des syndicats significatifs à l’exception du Synesci, suspendent les discussions. Zadi Gnagna, président de la plateforme des syndicats de fonctionnaires signataire de la trêve, annonce la fin de la trêve sociale après l’arrestation du prof Johnson Kouassi. « ce mercredi 20 Février 2019, L’IFCI vient de suspendre sa participation à la première réunion du Comité de suivi de la trêve et du dialogue social organisée par M. Karamoko Yayoro, conseiller du Premier ministre chargé du dialogue social, pour protester contre l’incarcération du camarade Johnson Kouassi Zamina, porte-parole de la CNEC » réagit pour sa part, Jean Yves Abonga de l’IFCI. Retour donc à la case départ.

Justice Vero,

Lemediacitoyen.com

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