Axes de propositions du CNSER pour une Ecole ivoirienne de qualité

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Prof. Alger Jean-Francis EKOUNGOUN,Maître de conférences, Président du CNSER (DR)

  Chaque lundi, lemediacitoyen.com  publie les réflexions du  professeur Alger Jean-Francis EkOUNGOUN, président du  Comité National pour la Sauvegarde de l’Ecole de la République (CNSER) à travers la rubrique le Dossier : « Les grands Débats du CNSER ».

  

  Leçon inaugurale du Prof. Alger J.F. EKOUNGOUN, Président du CNSER

   C’est un secret de polichinelle : la Côte d’Ivoire s’est fixé l’objectif ambitieux de compter parmi les pays émergents à l’horizon 2020. Pour ce faire, un certain nombre de projets importants restent comme de défis majeurs à relever. Il s’agit entre autres, du renforcement de la qualité des institutions et de la gouvernance, de l’accélération de la transformation structurelle de l’économie par l’industrialisation, le développement d’infrastructures sur le territoire national et la préservation de l’environnement, le renforcement de l’intégration régionale et de la coopération internationale, enfin l’accélération du capital humain et du bien-être social.

     Le développement du capital humain fait partie des axes stratégiques essentiels sur lesquels il faut nécessairement travailler pour atteindre l’émergence tant souhaitée. Le capital humain évoqué ici peut se définir de nombreuses manières, mais nous adopterons la signification suivante empruntée à Michel Brun : « les connaissances, qualifications, compétences et autres qualités possédées par un individu et intéressant l’activité économique ».  Qui parle alors de capital humain fait allusion au niveau d’éducation et aux compétences acquises, mais également à l’utilisation de ces compétences. Bref, avouons-le, l’école est visiblement donc au cœur des attentes des gouvernants face à leur volonté de hisser notre pays au rang des grandes nations.     

     Disposer en effet d’hommes et de femmes pour construire une Côte d’Ivoire prospère passe inéluctablement par l’investissement dans un système éducatif performant et efficient, en un mot il s’agit d’opter pour une École de qualité. En effet, l’école en Côte d’Ivoire est en proie incessamment à d’énormes difficultés qui, si l’on n’y prend garde, constitueront un véritable boulet dans l’organisation structurelle de notre pays. Notre école reste dans la tourmente tant les maux qui l’assaillent sont de plusieurs ordres : faible accès des enfants d’âge préscolaire ou scolaire aux structures d’encadrement, déficit d’infrastructures, manque d’enseignants, violences et incivilités, faibles compétences des apprenants, problèmes liés aux pesanteurs socioéconomiques et culturelles, etc. Ces maux sont loin d’être exhaustifs.

     Dans un souci fondamental de mener une réflexion intellectuelle et heuristique sur l’école ivoirienne, du moins sur le statut qu’elle devra revêtir dans les prochaines années en vue de faire face aux défis actuels, nous Comité National de la Sauvegarde de l’École de la République (CNSER), société civile agissant dans l’intérêt supérieur de l’école, voulons ouvrir le débat sur cette question principale : Quelle école ivoirienne pour demain ?

     Notre contribution à ce débat va se pencher sur les stratégies visant à améliorer notre système éducatif en le rendant plus performant et compétitif dans les années à venir. Dans cette optique, nous chercherons  à répondre à deux questions subsidiaires qui constitueront les axes de développement de cette réflexion, à savoir : quel est le niveau actuel d’efficacité de notre école ? Quelles stratégies faut-il mobiliser pour améliorer la qualité de l’école ivoirienne dans les prochaines années ?

       De l’efficacité mitigée de l’école ivoirienne. Dans le cadre des évaluations du Programme d’Analyse des Systèmes Éducatifs de la Conférence des ministres des États et Gouvernements de la Francophonie (PASEC), un système est considéré efficace lorsqu’il permet à tous les enfants, ou à une grande majorité d’entre eux, d’atteindre ces compétences de base afin de poursuivre sereinement une scolarité primaire et secondaire. Bien que les résultats aux examens nationaux aient enregistré des améliorations du point de vue des statistiques, ils restent à des niveaux peu satisfaisants. Malgré l’évolution des chiffres des examens scolaires, les évaluations standardisées nationales et internationales du niveau des acquis scolaires notamment au primaire indiquent que la majorité des élèves n’acquiert pas les connaissances fondamentales : 87 % et 73 % des élèves de CE1 maîtrisent moins de la moitié de ce qu’ils devraient avoir acquis en français et en mathématiques, respectivement. Ces évaluations révèlent aussi des disparités de genre. Ainsi l’école ivoirienne présente des inégalités entre filles et garçons en mathématiques, en début comme en fin de scolarité, et ceci en faveur des garçons. À cela s’ajoutent des disparités régionales, avec de moindres performances pour le Nord.

     Tous les efforts entrepris pour améliorer la qualité de l’école tardent à produire des fruits en raison des conditions d’apprentissage peu satisfaisantes. La majorité des écoles primaires publiques sont dépourvues d’infrastructures d’accompagnement de base telles que l’électricité, les points d’eau potable, les latrines et les cantines, avec une situation qui se dégrade dans le temps. Selon le tableau 33 (Proportion des élèves dans les écoles primaires publiques sans commodités adéquates par région administratives en 2018-2019) produit par la Direction des données statistiques du Ministère de l’Éducation Nationale, 73,6 % des écoles sont sans électricité, 56, 4 % sont dépourvues de latrines fonctionnelles, 62,1 % sont sans points d’eau et 83,7 % sans lave-mains. Par ailleurs, le système éducatif de la Côte d’Ivoire est marqué par de fortes inégalités, surtout selon le niveau de revenus des ménages, qui sont plus importantes que celles liées au lieu de résidence ou au genre, bien que celles-ci ne soient pas négligeables. Les personnes vivant en milieu rural ont des opportunités éducatives moindres du fait de l’état de la couverture scolaire sur le territoire national largement en faveur des zones urbaines. Les disparités résultent aussi de fortes déperditions au primaire et au collège, ainsi que d’une transition entre cycles moins fluide pour les personnes vivant en milieu rural. D’une génération d’enfants vivant en milieu rural, seulement 13 % peuvent espérer achever le collège et à peine 5 % le lycée, contre respectivement 49 % et 29 % pour les enfants vivant en milieu urbain selon le Rapport d’État d’un système Éducatif National de 2015

      Concernant la protection des enfants contre la violence à l’école, une étude sur le bien-être et la sécurité des enfants dans les écoles de Côte d’Ivoire a permis de faire ressortir l’ampleur et les manifestations de la violence affectant les élèves, en particulier les violences verbales (83% des élèves du primaire et du secondaire), les violences physiques (84% au primaire et 59% au secondaire), la maltraitance éducative ou violence institutionnelle (63% au primaire et 26% au secondaire) ainsi que les violences sexuelles (38% au primaire et 43,5% au secondaire). À ce niveau, l’on note qu’il existe une inadéquation quantitative et qualitative entre les sortants du système éducatif et le marché de l’emploi. En effet, relativement à l’insertion des diplômés de l’Enseignement Technique et la Formation Professionnelle sur le marché de l’emploi, les données de l’enquête emploi combinées aux statistiques du secteur Éducation-Formation, révèlent que les taux d’insertion respectifs dans le secteur formel sont très faibles.

      Dans ce contexte, le Comité National pour la Sauvegarde de l’Ecole de la République propose quelques pistes de solutions pour améliorer la qualité de l’école ivoirienne. Il s’agit de mettre l’accent sur un tronc commun de fondamentaux que nous aurons l’occasion de mieux détailler au fil des mois.

       La formation et la motivation des enseignants. L’enseignant étant l’acteur de première ligne, notre système scolaire doit inciter les personnes les plus compétentes à devenir enseignants; ensuite, il doit leur offrir une formation de qualité; enfin, il doit s’assurer que chaque élève puisse recevoir le meilleur enseignement possible, car la performance globale du système dépend en fin de compte de la réussite de chaque élève. Les études montrent que les élèves recevant un enseignement de maîtres performants progresseront en moyenne trois fois plus vite que ceux confiés à des enseignants peu performants. En outre, la motivation des enseignants par un système de rémunération valorisant et des conditions adéquates de travail est facteur d’amélioration du rendement des enseignants.

      Faire du projet éducatif un axe clé de la formation à l’école. Force est de constater que notre école fait beaucoup plus aujourd’hui la part belle au projet pédagogique sur lequel l’essentiel des efforts des autorités éducatives reste orienté. On a ainsi l’impression qu’on ne transmet plus que l’instruction. Restaurer la note de conduite à l’école. La notation de la discipline à l’école manque de rigueur vu que sa prise en compte dans le calcul effectif des moyennes est facultative. Rétablir l’autorité du maître à l’école. Les lois et conventions internationales consacrant la protection de l’enfant leur confère plus de prérogatives au point qu’ils n’hésitent pas à en abuser en narguant par exemple leur maître. Adapter les programmes d’enseignement aux besoins du pays. Réduire les effectifs dans les salles de classe (au plus 35 élèves par classe). Renforcer la dotation des écoles en outils informatiques, en matériels didactiques et en équipements mobiliers adéquats. Favoriser le développement des compétences psychosociales à travers le sport et les activités socioculturelles. Favoriser le goût de la lecture à l’école. Ne pas laisser impunément l’école entre les mains des décideurs politiques quelquefois incompétents.

                                                         

« Faire la politique de l’Ecole aujourd’hui pour faire réussir notre nation demain »

Prof. Alger Jean-Francis EKOUNGOUN

Maître de conférences

Président du CNSER

02674539/09286021

 

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