Règlements à l’amiable en cas de viols, les confidences d’un chef de communauté

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Il est temps que cela cesse
Le harcèlement sexuel et le viol sont peu dénoncés par voie judiciaires. (LMC)

  Face au viol et au harcèlement sexuel,  les leaders communautaires sont sollicités pour un règlement à l’amiable par les familles. Sous l’emprise des traditions, ils privilégient ce mode d’intervention qui pour des défenseurs des droits de l’homme ne permettent pas de justice.  Aka Konin, chef de communauté à Abobo, une commune d’Abidjan , explique.

                                  

    Le harcèlement sexuel est un enchaînement d’agissements hostiles, à des connotations sexuelles, dont la répétition et l’intensité affaiblissent psychologiquement la victime. Beaucoup de filles y sont exposées au quotidien. Cela se passe dans les ménages, à l’école, dans les quartiers etc. Cette pratique est réprimandée par la loi, mais la majorité des cas sont traités à l’amiable. Ce avec l’aide des leaders communautaires.

     Aka Konin, Chef central Adjont de communauté à Abobo, et président de conseil de paix de la fédération pour la paix universelle en Côte d’Ivoire, interrogé par Lemediacitoyen.com  explique les raisons.

     « On nous a dit de ne pas intervenir sur les harcèlements. Nous sommes des noirs. Quand nous voyons la gravité de la chose, on voit que  cela va nuire à la vie de l’auteur et puis ce n’est pas bon. Si nous sommes au-devant des peuples,  on veut sauver le peuple. Il y a des méchants mais on ne peut pas aussi les laisser périr. C’est pourquoi on demande pardon. Nous cherchons la cohésion sociale. Comme je suis un homme de paix je ne voudrais jamais créer des ennuis à quelqu’un. Ce n’est pas bon de défendre, mais c’est aussi bon de sauver », justifie-t-il.

      Les cas de plaintes sur le harcèlement sexuel sont presqu’inexistants. Chef Konin le reconnait. « On ne reçoit pas de plainte, mais je suis une fois intervenu sur la question. Il y 5 ou 6 ans à Angré, un jeune répétiteur enseignait une petite fille de 4 ans. Un jour il a fait des attouchements à la fille. Ça a été malheureux il a failli aller en prison au 22 ème. Je suis intervenu. L’auteur a promis ne plus recommencer. Comme il ne l’a pas violé, on l’a laissé ; on l’a renvoyé pour ne pas qu’il pose des actes plus grave » s’est souvenu le Chef.

      Il affirme tout de même qu’il pourra dénoncer des cas en toute discrétion s’il en a écho. « Le chef est discret. Si on m’informe d’un cas, je peux signaler discrètement au centre social ou à la police pour que les victimes soient entendues et les coupables corrigés. A Abobo il y en a mais pas beaucoup », dit-il.

         Désormais sensibilisé sur l’importance de la dénonciation, il participe aux activités du complexe socio-éducatif de la commune d’Abobo.  Chef Aka effectue des actions de sensibilisation afin de mettre fin à ces actes nuisibles. « Nous prenons souvent des bâches, des chaises, on se met dans un lieu public et avec les mégaphones nous parlons. Nous appelons le quartier, les passants pour qu’ils sachent que les VBG ne sont pas bon. On conseille les filles pour qu’elles soient plus intelligentes. Souvent avec l’envie, on arrive à leur proposer  des sommes afin de les exploiter. Les filles, les hommes, les vieux sont sensibilisés. Notre zone c’est Abobo. On a sensibilisé avec le centre social. On a eu des séances de travail avec le centre,  la population, les femmes juristes aussi pour qu’on puisse leur transmettre des cas. Ça fait un bon moment que je suis dedans je dispose même d’un badge.» informe-t-il.

     Si les chefs de communautés sont de plus en plus sensibilisés comme c’est le cas de chef Aka, les règlements à l’amiable face au viol et au harcèlement sexuels  ne survivront pas.

Marina Kouakou

Lemediacitoyen.com

 

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