Ratification de la Convention 189 de l’OIT obtenue, Yetignan Awa Coulibaly (ADDAD-CI) revient sur les temps forts du plaidoyer

Ratification de la Convention 189
Ratification de la Convention 189, Yetignan Awa Coulibaly salue les efforts de la Côte d'Ivoire et annonce le suivi après vente.

Ratification de la Convention 189 de l’Organisation Internationale du Travail. Yetignan Awa Coulibaly: « la lutte n’est pas encore terminée. »

 

Yetignan Awa Coulibaly, présidente de l’Association de Défense des Droits des Aides ménagères et Domestiques de Côte d’Ivoire (ADDAD-CI) salue un vent de soulagement. Elle se remémore  les temps forts du plaidoyer mené par son organisation, remercie les alliés dont le mouvement féministe ivoirien et international  et se projette sur les perspectives. Interview!

La Côte d’Ivoire a ratifié la Convention C189  de l’Organisation Internationale du Travail (OIT)  sur les travailleuses et les travailleurs domestiques, début 2025. Qu’est-ce que cela change concrètement ?

Concrètement, cette ratification met en avant le travail domestique et la place des filles de ménage dans l’économie et la vie de la société ivoirienne. Vous savez, la Conférence générale de l’OIT s’était réuni en sa 100 ème session en juin 2011 à Genève sur convocation du Bureau International du Travail et avait planché sur la dignité du travail domestique. La ratification de la C189 témoigne de l’engagement de la  Côte d’Ivoire  à améliorer le travail dans le secteur .

 En ratifiant la C189, la Côte d’Ivoire s’aligne sur les normes internationales relatives au travail décent pour les travailleuses et les  travailleurs domestiques. 

Après des années de plaidoyer, comment  accueillez-vous cette nouvelle?

La ratification de la C189 a été pour nous un vent de soulagement, car cela a démontré qu’un grand travail avait été réalisé par les organisations défendant les droits des travailleuses domestiques sans relâche. Ce sentiment de satisfaction accompagne ce premier pas franchi, mais cela reste loin d’être la fin de la lutte, car il faut encore sa domestication, son application, et surtout le respect de ces conditions par les populations, notamment les employeurs, ainsi que la valorisation de ce métier.

Pourriez-vous revenir sur les temps forts du processus de plaidoyer ?

Les moments forts du processus  ont été marqués par  des sensibilisations, des campagnes médiatiques menées par des ONG, des syndicats, l’OIT, des journalistes et des alliés de la cause. Il y a eu aussi des rencontres entre l’OIT, les syndicats et les institutions étatiques, ainsi que des parlementaires pour présenter les études réalisées avec des chiffres montrant les maux auxquels sont confrontées les travailleuses et les travailleurs domestiques, ce qui a abouti à ce résultat. Pour rappel, c’est le mercredi 26 février 2025 que le Conseil des ministres de Côte d’Ivoire, présidé par le Président de la République, a adopté la convention. 

Quel a été l’apport de vos alliés ?

L’apport de nos alliés a été significatif dans la ratification de cette convention. Ils ont mené des actions en écrivant plusieurs articles pour dénoncer les conditions des travailleurs et travailleuses domestiques, en réalisant des études avec des chiffres, en organisant des conférences de presse, etc. L’appui des partenaires techniques et financiers a également été précieux. Je peux citer ici l’Ong Opinion Eclairée et lemediacitoyen.com.

Depuis 2019, lemediacitoyen a publié plusieurs séries d’articles pour interpeller sur les conditions des travailleuses domestiques et recommander la ratification de la C189.

  Je cite également  le CRADESC avec ses études et échanges avec les institutions étatiques, ainsi que les journalistes de télévision, de presse écrite et de radio qui ont relayé nos messages. De plus, des étudiants en master et doctorat ont élaboré des mémoires sur cette thématique, et les parlementaires ont pris en compte ces éléments pour soumettre la loi. Enfin, merci au Président de la République pour avoir signé le décret.

Quelle a été la contribution du féminisme dans ce processus ?

Les organisations féministes ont contribué au processus à travers des actions de plaidoyer, de pression politique, de renforcement des capacités et de production de données. Les associations de femmes, les réseaux de travailleuses domestiques, ainsi que les ONG féministes nationales et internationales, ont mené des actions de mobilisation et de plaidoyer politique. Elles ont également produit des preuves par le biais de collectes de données, l’organisation de causeries-débats, de tables rondes et d’autres actions sur la question.

Quel est le défi actuel après la ratification ?

Le principal défi après la ratification est de respecter les engagements juridiques relatifs aux droits des travailleurs et travailleuses domestiques. Cela inclut le respect des conditions de vie et de travail dans les ménages par les employeurs, des visites régulières par les inspecteurs du travail pour s’assurer du respect des conditions, la formalisation, l’accès à la protection sociale, la lutte contre les abus et le changement des mentalités au sein de nos communautés.

Et quelles sont les prochaines étapes ?

Les prochaines étapes consistent à faire le suivi pour l’adaptation de la loi, formaliser le secteur, renforcer les capacités des travailleuses et sensibiliser les employeurs. Enfin, il est crucial de s’assurer que la ratification ait un impact concret sur les hommes et les femmes travaillant dans ce secteur.

Avez-vous un appel particulier à lancer ?

Mon appel est de dire à nos alliés que la lutte n’est pas encore terminée. Nous devons doubler d’efforts pour l’adoption de la loi, sa domestication, le respect de ses articles définissant les conditions par les employeurs et la valorisation de ce secteur.

Interview réalisée par N.D

Lemediacitoyen.com

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