À la mi-janvier 2026, notre consœur sénégalaise Fatou Warkha a observé une problématique dans un quotidien local. Cette Une, au lieu d’informer de façon responsable sur un viol incestueux, semblait plutôt entretenir la culture du viol, à cause de son choix énonciatif concernant le sujet.

Cette réalité soulève la question du traitement médiatique des violences faites aux femmes et aux filles, ainsi que de la couverture médiatique des femmes de manière plus large.
Une étude réalisée sur « l’image de la femme dans les médias ivoiriens » par l’ONG la Plate-Forme des Femmes pour Gagner évalue l’image que véhiculent les médias. Le rapport final indique que plus de trois quarts (3/4) de la population de la ville d’Abidjan conviennent d’un mauvais traitement de l’image des femmes par les médias, et que « l’exposition de la nudité des femmes est l’élément le plus mis en exergue, en plus de la marginalisation, de la chosification et des injures ». Le document conclut que « la recherche de l’attractivité des organes de presse est à la base du mauvais traitement de l’image de la femme », d’après l’avis général. Lien vers le rapport.
« Les médias (presse écrite, presse en ligne, radio, télévision) ont le pouvoir soit de propager et de perpétuer ces violences, soit de contribuer à y remédier », dixit l’UNESCO. Dans un contexte où les médias d’information sont de puissants vecteurs et l’une des principales sources d’informations, d’idées et d’opinions pour la plupart des gens dans le monde, les professionnel·les des médias doivent prendre leurs responsabilités, car « une chose est d’informer sur un fait de société et une autre est de saisir la gravité de ce fait dans notre société ».
Lorsqu’un contenu médiatique sur les VBG est réalisé de manière sensationnaliste, il démontre à la fois le niveau de banalisation et le manque d’intérêt pour le sujet, causant ainsi de nombreux préjudices aux survivant·es. Cette pratique influe négativement sur la perception du fléau dans nos sociétés et ruine les efforts consentis pour son éradication.
Dans la pratique, concernant le traitement médiatique des VBG, un mauvais choix de titre, de vocabulaire, de typographie, de photo ou d’illustration, ou l’utilisation d’effets rhétoriques reproduisent les stéréotypes sexistes et minimisent la gravité des violences. Quand, par exemple, le journaliste donne des justifications sociales au féminicide ou ne contextualise pas les VBG dans son récit, ou encore minimise la coercition et les rapports de force, ou utilise des phrases à forme passive et emploie des expressions comme « elle s’est fait violer ou tuer ou agresser », il atténue la responsabilité de l’auteur du crime et amène à culpabiliser la survivante. Lorsque le monteur ou le cameraman met en avant des détails choquants et morbides ou expose les survivantes des VBG en objets de désir ou de spectacle dans les contenus médiatiques plutôt qu’en tant que personnes traumatisées, il participe au sensationnalisme. De même, lorsque les médias relèguent les sujets de VBG à des faits divers ou, pire, exploitent les survivantes pour augmenter leur audience.
Le traitement médiatique des VBG requiert une délicatesse dans le choix des terminologies, des éléments de mise en contexte et des images — à faire ou à ne pas faire (mots, phrases, tics, faits et gestes). Les professionnel·les des médias et les journalistes doivent auto-évaluer leurs productions, avec professionnalisme, pour éviter de susciter la honte chez les survivantes et sans les blâmer pour la violence qu’elles ont subie.
Il faut rappeler que les violences basées sur le genre sont des thématiques d’intérêt public et sensibles que les professionnel·les des médias doivent aborder avec éthique. Il y a aussi le silence des médias qui tue. Au-delà du sensationnalisme, l’invisibilisation des faits, des survivantes et des causes structurelles porte un coup à la méthode de sensibilisation.
La journaliste et écrivaine ivoirienne Agnès Kraidy a présenté une étude révélant une très faible présence des femmes, en tant que sources, cibles et/ou sujets d’information dans les contenus médiatiques. Selon les résultats de son enquête, « les médias contribuent à entretenir le sexisme dans la société ivoirienne ». Sur « 2441 articles publiés par 71 éditions de journaux, 40 sont consacrés à des sujets spécifiquement destinés aux femmes et/ou aux questions de femmes, soit un taux de 1,63 % ». Lien vers l’article
Si les sujets sur les féminicides, les viols sur mineurs, les femmes mariées violées par leurs maris, les mariages forcés ou précoces, les violences physiques, les mutilations génitales féminines, les privations de ressources financières, les femmes privées de travailler ou de gérer leurs biens, les femmes dont les salaires ou les patrimoines sont confisqués, les violences institutionnelles et sociales, les pratiques culturelles ou religieuses qui renforcent l’inégalité, les violences en contexte de conflit ou de crise, les violences sexuelles utilisées comme arme de guerre, la traite des personnes, l’exploitation des réfugiées et déplacées, et plusieurs autres formes de violences basées sur le genre que subissent les femmes et les filles, les personnes marginalisées, ne sont pas traitées sans faux fuyant dans les médias, comment l’opinion publique sera-t-elle informée, sensibilisée et comment pourra-t-elle créer un changement inclusif ?
Les sujets autour des VBG, considérés comme des tabous culturels et patriarcaux, surtout les pratiques religieuses qui renforcent l’inégalité et qui passent parfois sous silence, doivent être rendus publics. Même les cas de VBG perpétrés par des personnalités « influentes » qui passent également sous silence du fait des représailles doivent être dénoncés par les médias.
Le manque de ressources financières pour les formations et les grandes productions dans les zones rurales ou en contexte de guerre, ainsi que le manque d’expertise des professionnel·les des médias et des journalistes sur la question, maintiennent les thématiques sur les VBG dans la sphère privée et doivent faire l’objet de débats sur les plateaux de télévision et de radio.
Tous ces cas ignorés marginalisent les survivantes, renforcent le fléau et freinent la mobilisation politique. Le silence médiatique autour des Violences Basées sur le Genre (VBG) découle de plusieurs causes profondes que les médias doivent mettre en lumière.
Il est indéniable que ces deux tendances médiatiques fragilisent le traitement médiatique inclusif et responsable.
Devant ces ratés, il est temps que les instances de régulation et d’autorégulation des médias s’expriment. Elles devront dédier en leur sein un service de monitoring genré du contenu médiatique, mais aussi intensifier les initiatives en faveur d’un traitement médiatique de la femme tenant compte de la dignité humaine.
Axelle Bomo
Lemediacitoyen

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