De retour de Yopougon, je vous partage ce qui occupe mes pensées. J’ai assisté aux échanges autour des finances publiques et la budgétisation sensible aux femmes. C’était au premier jour du colloque hommage aux bâtisseuses de la Côte d’Ivoire : le 1er août 2026.
Ce récent colloque sur les bâtisseuses a évoqué un sujet essentiel : la budgétisation sensible au genre. La voix des femmes, souvent étouffée dans les débats économiques, a résonné avec force. Elle a mis en lumière des vérités dérangeantes sur leur réalité. Les témoignages du panel d’ouverture révèlent une fatigue face à des crédits dérisoires, insuffisants pour soutenir des activités génératrices de revenus. Actuellement, seulement 0,18 % du budget global est alloué au ministère de la Femme. Cela montre que les finances publiques ne répondent pas aux besoins des femmes.
En outre, un narratif patriarcal persiste. Il accuse les femmes de ne pas se soutenir mutuellement et de leur pauvreté. Cette vision simpliste mérite d’être déconstruite. D’abord, il est difficile de croire que les femmes ne se soutiennent pas lorsque la salle est comble de celles qui luttent pour un avenir meilleur. Ensuite, la pauvreté ne peut être comprise sans tenir compte des contextes socio-économiques complexes. À quel moment une femme choisit-elle d’être pauvre ? La réponse est claire : elle ne le fait pas.
Les difficultés des femmes à rembourser leurs crédits ne proviennent pas d’un manque de responsabilité. Elles résultent d’une structure patriarcale qui les empêche d’accéder aux ressources nécessaires. Dans de nombreux ménages à faible revenu, le mari se désengage des responsabilités financières lorsque sa partenaire commence une activité. Cet abandon, combiné à des pratiques comme la sextortion, crée un cercle vicieux d’endettement et de précarité.
De plus, les femmes, souvent exclues des systèmes financiers conventionnels, gèrent leurs finances sans formation adéquate. Comment peuvent-elles naviguer dans un monde financier complexe sans accompagnement ? La gestion financière, comme tout autre domaine, nécessite des compétences spécifiques. Il est injuste d’attendre des femmes qu’elles réussissent dans un cadre qui ne leur est pas favorable.
L’économie féministe propose une alternative prometteuse. Contrairement aux microcrédits souvent inaccessibles et piégeant, les tontines favorisent un modèle de solidarité communautaire. Elles respectent les savoirs endogènes et témoignent de la résilience des femmes face aux défis économiques.
Il est crucial que les décideurs prennent en compte ces réalités. Ils doivent adopter une approche de budgétisation sensible au genre. Les femmes ne cherchent pas seulement un accès à des crédits, mais à des ressources qui leur permettent de s’épanouir et de contribuer pleinement à la société. La lutte pour l’égalité économique passe par la reconnaissance de leur valeur et l’investissement dans des structures qui soutiennent leur autonomie. Il est temps de transformer les discours en actions concrètes et significatives.
Nesmon De LaureLemediacitoyen.com

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