Féminisme. Réunies à Grand-Bassam du 25 au 27 août 2026, des militantes féministes et celles du mouvement des femmes en Côte d’Ivoire se sont accordées pour un monitoring féministe intersectionnel des politiques publiques. Avant la validation de leur acte d’engagement, elles ont renforcé leurs compétences en la matière.
Face à la persistance des inégalités entre les femmes et les hommes et à la montée des résistances aux droits des femmes, la prise en compte des approches féministes dans l’analyse des politiques publiques apparaît comme un enjeu majeur. C’est dans cette perspective que l’ONG Opinion Éclairée a réuni douze participantes issues du mouvement féministe et du mouvement des femmes autour d’une activité de formation et d’échanges.
Il s’agit de l’atelier de renforcement des capacités sur l’approche féministe dans l’analyse, le monitoring et le suivi des politiques publiques. L’événement s’est tenu du 25 au 27 août 2026 à Grand-Bassam. Il a été ponctué par un acte d’engagement consensuel.
« Notre mission n’est pas de remplacer l’État, mais de faire le contrôle citoyen des politiques publiques et de porter la voix des femmes invisibilisées dans les sphères de décision », lit-on dans le document. Ces militantes ivoiriennes s’engagent à « assurer une veille périodique et indépendante, produire des preuves depuis le terrain, respecter une éthique féministe stricte, adopter une méthodologie de monitoring commune ». Au niveau de la gouvernance, le travail de monitoring est coordonné par un secrétariat tournant, à raison d’un trimestre par membre.

Il faut souligner que Nathalie Kouakou, ancienne directrice d’Amnesty International Côte d’Ivoire et présidente de l’ONG Vivre sans violence, est la facilitatrice de la rencontre de Grand-Bassam.
Les travaux de groupe ont notamment porté sur l’analyse féministe du Plan National de Développement (PND) 2026-2030. Les participantes ont été invitées à identifier des axes prioritaires pour une analyse féministe du PND et à réfléchir aux éléments essentiels à prendre en compte dans le cadre d’un suivi périodique de sa mise en œuvre. La dimension pratique de l’atelier a occupé une place importante dans le programme. Au cours de la deuxième session, les participantes ont travaillé à l’élaboration d’un plan d’action en vue de la production d’un rapport d’analyse féministe du PND.
« C’est un atelier très pratique et très différent des ateliers classiques. Grâce à cet atelier, aujourd’hui j’ai vraiment compris ce que c’était que l’approche féministe. Le monitoring ne consiste pas à critiquer pour critiquer, c’est collecter des données objectives et fiables pour ensuite interpeller l’État », a déclaré Coulibaly Yétignan Awa, présidente de l’Association de Défense des Droits des Aide-ménagères et Domestiques de Côte d’Ivoire (ADDAD-CI). Yétignan retient une leçon collective. Pour elle, « surveiller les politiques publiques, c’est prendre soin de notre communauté. C’est parler d’une même voix, s’engager pour une lutte commune. »
De son côté, Tenin Traoré, militante féministe, affirme : « Avant cette activité, je connaissais le principe général du suivi des politiques publiques, mais je ne maîtrisais pas spécifiquement l’approche féministe du monitoring. » Elle retient la nécessité d’analyser « qui en bénéficie réellement, qui reste en marge, comment les ressources sont allouées et si les engagements pris en faveur des droits des femmes et des filles se traduisent effectivement dans les faits ».
Quant à Flore Begou, coordonnatrice du Consortium des OSC féminines, elle indique que la rencontre a changé sa grille de lecture: « Je comprends désormais que le monitoring ne consiste pas uniquement à vérifier si une politique est mise en œuvre, mais aussi à analyser concrètement qui en bénéficie, qui reste exclu et pourquoi. »
Cet atelier s’inscrit dans la continuité de la campagne « Médiatisons les Voix Féministes », initiée en 2023 par l’Ong Opinion Éclairée. À travers cette campagne, l’organisation œuvre pour une plus grande visibilité des actions féministes. Et pour la construction de narratifs plus inclusifs, tout en contribuant à l’émergence de politiques publiques plus justes et plus sensibles aux réalités vécues par les femmes et les filles dans leur diversité.

Marie Carmela Koffi, nouvelle coordonnatrice de la campagne « Médiatisons les Voix Féministes », explique que cet atelier répond à un « contexte préoccupant », marqué par « la montée des mouvements masculinistes et du sexisme, y compris sur les plateformes digitales, et le regain de force des mouvements anti-droits ». Elle constate que « l’ODD 5 peine à se réaliser d’ici 2030 », alors que la participation politique des femmes reste faible et que les femmes rurales demeurent exposées à la pauvreté et à l’analphabétisme.
Face à ces réalités, l’organisation élargit ses leviers d’action. « Le monitoring des politiques devient un enjeu crucial pour contrer le patriarcat et faire émerger un narratif plus inclusif. Avec cette initiative, au sein de l’ONG Opinion Éclairée, nous réaffirmons notre engagement pour une action féministe collective et intersectionnelle, au service de politiques publiques plus justes », conclut Marie-Carmela Koffi.
Christelle Guéi
Lemediacitoyen.com

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