« L’art toxique », un éditorial de Nesmon De Laure

De retour de Yopougon
   Depuis quelque temps, un artiste chanteur de Gospel en Côte d’Ivoire a choisi de s’attaquer de manière répétée au mouvement féministe à travers des vidéos et des déclarations controversées. Sa dernière production, intitulée “Le féminisme toxique”, ne fait que renforcer une vision réductrice et stigmatisante de ce mouvement qui pourtant mérite respect.
   Le féminisme, loin d’être un simple cri de ralliement pour des “filles impolies”, est un appel à l’égalité, à la justice et au respect des droits fondamentaux de toutes les femmes. C’est un mouvement qui, à travers le monde, a permis de faire avancer des luttes essentielles : l’accès à l’éducation, la lutte contre les violences faites aux femmes, l’égalité salariale, et bien d’autres enjeux qui touchent directement la vie quotidienne de millions d’individus.
   Et le féminisme en tant que mouvement n’est pas toxique. En revanche, ceux qui attaquent les féministes et le féminisme avec des discours haineux et désobligeants, comme le fait cet artiste, peuvent être considérés comme des personnes toxiques. Ces individus choisissent de projeter leurs propres frustrations et incompréhensions sur un mouvement qui cherche simplement à défendre des droits fondamentaux. 
   En alimentant la division et en véhiculant des idées préconçues, ils perpétuent un cycle de mépris et de dénigrement qui nuit à la société dans son ensemble. Plutôt que de favoriser un dialogue constructif, leur attitude ne fait qu’envenimer les relations entre les sexes et empêche toute avancée vers l’égalité.
    Réduire le féminisme à une simple provocation ou à un comportement indécent, comme le fait cet artiste, ne fait que renforcer les stéréotypes négatifs qui entourent ce mouvement. Cette vision simpliste ignore les voix de celles qui, chaque jour, se battent pour leurs droits et ceux des générations futures. En Côte d’Ivoire, comme ailleurs, des femmes de tous âges et de tous horizons revendiquent leur place dans la société et c’est ce qui est juste.
   Rappelons-le, le féminisme est un mouvement pluraliste. Il existe une diversité de voix et de perspectives au sein de ce mouvement, et il serait judicieux de s’engager dans un dialogue constructif plutôt que de propager des idées fausses. Au lieu de diaboliser les féministes, il serait plus bénéfique de comprendre leurs luttes, leurs aspirations et leurs revendications.
   L’artiste en question, en choisissant de s’attaquer à un mouvement aussi crucial, semble oublier que la musique et l’art possèdent un pouvoir immense pour unir et inspirer. Plutôt que de créer une division, il pourrait contribuer à une conversation enrichissante sur les réalités des femmes dans la société, sur les défis auxquels elles font face et sur les moyens de les surmonter ensemble, hommes et femmes.
    Au lieu de le réduire à une caricature, que cet artiste s’engage dans une réflexion profonde et nuancée sinon il verse dans l’art toxique. 
De Laure Nesmon
Lemediacitoyen.com
Lire aussi:
Paysanne, agro-écologiste et féministe, l’ activiste Marie Paule Okri se dévoile

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*