Restitution et diffusion du matrimoine ivoirien ont été au cœur du panel d’ouverture de la deuxième édition de la Journée des idées féministes. Une initiative de l’Ong Opinion Eclairée.
“Comment restituer et diffuser l’héritage laissé par nos mères ?” C’est à cette question que divers intervenant.e.s ont tenté de répondre au cours de cette rencontre, qui s’est tenue le 18 mars 2026 à Abidjan-Cocody et qui était consacrée au matrimoine ivoirien et africain.
Le Professeur Simplice Dion, vice-président de l’Université Félix Houphouët-Boigny, a animé le sous-thème intitulé : “Quelle contribution des Institutions du Savoir pour la restitution et la diffusion du matrimoine ivoirien et africain”. Il a affirmé que “les institutions du savoir doivent être les gardiennes de la mémoire”. Pour le Professeur Dion, ces institutions “jouent un rôle stratégique dans toutes les sociétés, car leur mission ne se résume pas à produire du savoir. Leur mission est de conserver ce qui existe déjà, d’organiser et de transmettre la mémoire des sociétés”. Il a ajouté que “les universités et les centres de recherche peuvent produire et conserver du savoir scientifique sur nos sociétés”.
De la recherche universitaire…
Le vice-président de l’Université Félix Houphouët-Boigny a insisté sur le fait que “nos universités possèdent des départements d’histoire, d’anthropologie et de sociologie où des recherches sur le matrimoine doivent être menées”.
Prof Dion fait observer que dans de nombreuses sociétés, l’histoire des femmes est encore contenue dans la mémoire orale. « Les chercheurs ont un rôle essentiel : transformer cette mémoire orale en savoir scientifique accessible aux générations futures’. De son point de vue, l’école est un levier stratégique important dans la préservation du matrimoine. Il propose alors de repenser le système scolaire.

Pour sa part, Mme Dago, sous-directrice de la Bibliothèque nationale de Côte d’Ivoire, a indiqué qu’au niveau de la Bibliothèque nationale, le matrimoine n’est pas’ encore intégré. “Nous conservons la mémoire collective de façon générale. Nous n’avons pas fait de distinction au niveau du genre pour conserver les productions des femmes et des hommes. Mais le thème du matrimoine est tellement important que je félicite l’initiative portée par De Laure Nesmon PIE et son équipe. Nous pouvons avoir des actions à leurs côtés en termes de valorisation et de diffusion.”
Elle est intervenue autour du sous-thème : “Organismes de conservation de la mémoire et matrimoine : le cas de la Bibliothèque nationale de Côte d’Ivoire”. La sous-directrice a précisé que la bibliothèque nationale reçoit du dépôt légal tous les documents que les auteurs déposent. “Si ce n’est pas déposé, on ne peut pas l’avoir. Si vous êtes auteur et que vous avez édité, il faudrait vous approcher du service du dépôt légal qui se trouve au niveau de la Primature de Côte d’Ivoire, dans les locaux des Archives nationales, sous la tutelle du ministère de l’Intérieur.” Elle a rappelé que c’est le rôle de la bibliothèque de conserver les écrits produits sur le territoire national pour les générations à venir.
Le génie des femmes, un héritage à restituer
Dans cette veine, le sous-thème 3, intitulé : “Narratifs des conservatrices et conservateurs de musée et restitution du matrimoine”, a été animé par Ange Martial Nohonain, conservateur de musée, conférencier du patrimoine et sous-directeur des Arts plastiques au Ministère ivoirien de la Culture et de la Francophonie. Selon lui, dans les musées, la notion la plus usitée est le patrimoine culturel. “Souvent, on ne fait pas de stratification dans la présentation du patrimoine. Le matrimoine vient nous interpeller. Il est important de faire une stratification pour mettre davantage en lumière ce qui n’est pas mis en avant.” À l’écouter, le patrimoine ivoirien est riche, et « il est largement tributaire du génie des femmes ». Le conservateur de musée a rappelé les contributions historiques des femmes en Côte d’Ivoire.
À sa suite, Ténin Traoré, communicatrice, experte en genre et militante féministe, est intervenue sur les savoirs féminins, le matrimoine et les droits de la santé sexuelle et reproductive. Elle a mis en exergue le fait que “nos mères ont été les premières éducatrices de nos vies, bien avant les programmes de sensibilisation et les stratégies nationales”. Ainsi, Ténin Traoré défend la thèse selon laquelle, avant d’être des politiques publiques, les droits de la santé sexuelle et reproductive ont été un matrimoine transmis de femme à femme. “À la fille, on lui enseignait les transformations de son corps de l’enfance à la puberté, comment compter les jours pour ne pas tomber enceinte, on lui enseignait l’abstinence et comment prendre soin de son foyer si elle était mariée. Au Sénégal, ce sont les tantes qui s’occupaient de l’éducation sexuelle des jeunes filles.” Pour la militante féministe, ces savoirs féminins sont à documenter et à mettre en lumière. Précisant qu’il ne s’agit pas d’opposer traditions et modernités, elle invite à un dialogue des approches pour mieux valoriser les savoirs des mères.
Notons que ce panel d’ouverture a été modéré par Élisabeth Apamba, femme de médias et de culture, stratège féministe africaine, invitée spéciale venue du Togo. L’ONG Opinion Eclairée fait de la restitution et la diffusion du Matrimoine ivoirien, l’un des piliers de son département Genre et Féminisme.
Nesmon De LaureLemediacitoyen.com

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