ANALYSE / Banques, s’adapter aux besoins des couches défavorisées / Stéphane Ganhi, spécialiste de l’inclusion financière

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Stephane Ganhi, économiste de développement, chroniqueur à lemediacitoyen.com

La libéralisation économique adoptée par certains pays en voie de développement dans les années 70 avait pour objectif de favoriser la croissance économique. L’adoption de cette politique dans les pays du tiers monde (1/3) en particulier la Côte d’Ivoire, a conduit à la libéralisation du secteur bancaire dont la conséquence est la floraison des banques commerciales et étatiques.

L’ouverture du secteur bancaire à la concurrence, était perçue comme un dispositif qui aurait permit la bancarisation de toutes les couches sociales de nos populations afin de favoriser une croissance économique inclusive.

Force est de constater  qu’à ce jour, le taux de bancarisation dans nos Etats et singulièrement en Côte d’Ivoire reste faible (moins de 20% APBEF-CI 2016) car les banques dans un souci de pérennisation de leurs activités et la recherche de profits sur le long terme ignorent les couches sociales les moins nanties. Cette situation conduit à un accroissement du secteur informel.

L’avènement du mobile banking, se trouve être une solution à l’inclusion financière des couches sociales défavorisées aussi bien les PME/TPE et les autoentrepreneurs. Le mobile banking dans sa forme actuelle est une solution facilitant la consommation immédiate et les transferts de fonds mais dont l’épargne n’est pas rémunérée comme une épargne classique pour un détenteur de compte bancaire.

Pour ce faire il est donc nécessaire pour les banques de revoir leur paradigme de gestion et de satisfaction client afin de permettre à toutes les couches sociales de bénéficier d’un compte d’épargne. Cela doit conduire les banques à définir des produits bancaires adaptées aux besoins des couches défavorisées.

De la nécessité de se rendre accessible

 En plus,  la banque doit lever  l’opacité de l’information sur les produits bancaires afin de mieux renseigner les consommateurs bancaires. La mission de la banque étant d’être au service de la clientèle et non l’inverse, cela suppose que les regroupements en fin de mois aux guichets automatiques bancaires (GAB/DAB) et dans les agences bancaires relèveraient- ils d’un manque d’anticipation des gestionnaires ?

Le cas d’un agent économique passant plus d’une heure pour opération bancaire est assez explicite du manque de productivité des banques dans la satisfaction des clients car celui-ci subit un manque à gagner dû à sa perte de temps.

Partant de l’hypothèse selon laquelle Côte d’Ivoire compte tout au plus 1000 GAB/DAB pur un taux de bancarisé de 16% (APBEF-CI 2016) pour une population de 25 millions d’habitants soit 4 millions de détenteurs de comptes bancaires dans une banque ou un établissement financier. Cela conduit du nombre de bancarisés par GAB à 4000HBTS/GAB (habitants par GAB).

Ce ratio définit bien le manque de GAB pour 1000 habitants selon le standard international. Si à cela nous ajoutons les pannes des guichets automatiques et la concentration des GAB dans certaines villes, nous nous retrouvons à un phénomène contribuant à la paupérisation des populations car devant supporter des coûts pour se rendre dans une banque pour des opérations bancaires.

Afin d’optimiser la satisfaction des clients bancaires, la mise en place de GAB dans certaines localités constitue une option à étudier en plus de cela il faudrait penser à mettre en place des mesures de productivité pour les gestionnaires bancaires pour anticiper les regroupements mensuels des usagers des banques. Pour conclure l’enjeu de l’inclusion financière constitue un défi auquel il faudrait relever afin de permettre aux populations par épargne le changement de comportement de consommation. Le mobile banking et les nouvelles technologies constituent des perspectives à exploiter pour une satisfaction de nos populations.

Stephane Ganhi, économiste de développement,

spécialiste de l’inclusion financière

Lemediacitoyen.com

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