« PROFESSEUR SERY BAILLY : « Phare » de l’intelligentsia ivoirienne »

   « PROFESSEUR SERY BAILLY : « Phare » de l’intelligentsia ivoirienne. Une contribution-hommage de SOSSIEHI Roche-Fabrice,  Membre du Cercle d’Etudes Sery Bailly (CESB)

 

  CONTEXTE : Le Professeur Séry Bailly Zacharie est décédé le dimanche 2 décembre 2018 et a été inhumé, près de son père Séry Georges, le samedi 9 février 2019 dans son village à Guéhia. Ce 2 décembre 2020 est donc le 2ème anniversaire de sa disparition. Ce texte est donc un hommage pour ce « Penseur-Combattant », cet intellectuel émérite qui a marqué l’histoire de notre patrie.

      « La résurrection est fille de la mémoire ». Ainsi parle le Professeur Sery Bailly dans son récueil de poème « A moi les tisons survivants » (Abidjan, Editions Maïeutique, 2016, p. 37). En ces « temps qui tanguent » (Zadi Zaourou), il devient urgent de nous interroger sur le « Phare », symbole et guide d’une navigation efficace si nous voulons « garder la mémoire de notre destination » (Séry Bailly). Dans son livre « Phares : 24 destins » Jacques Attali, l’un des plus brillants et célèbre intellectuel français qu’appréciait beaucoup le Professeur Séry Bailly, écrit ceci« Notre monde a besoin de phares. » (Fayard, 2010, p.11).

Professeur Sery Bally

Pour Attali en tant que « voyageurs perdus sur de fragiles esquifs, au milieu de la tempête du temps, nous avons besoin de phares pour éclairer nos routes et orienter nos destins. » (p.9) Nous le savons tous, le mot phare désigne les édifices bâtis sur les côtes ou en mer pour guider les navires (le mot provient du grec Pharos, nom de l’île où fut construit le phare d’Alexandrie, l’une des sept merveilles du monde antique. Il existe aussi un phare dans un aéroport pour guider les avions dans la nuit. Par analogie et symboliquement, un phare peut désigner une personne dont le rayonnement est exceptionnel. C’est un avis unanimement admis au sein de l’intelligentsia ivoirienne que le Professeur Séry Bailly faisait partie de l’élite intellectuelle de la Côte d’Ivoire. Mais qui était le Professeur Séry Bailly ?

     Né le 13 mars 1948 à Treichville (Abidjan), le Professeur Séry Bailly Zacharie, est décédé le dimanche 2 décembre 2018, au lendemain de l’inhumation de celui qu’il a qualifié de « frère, ami et compagnon de lutte » Abou Drahamane Sangaré, celui dont il avait écrit et n’a pu dire l’oraison funèbre. Ayant obtenu son Baccalauréat série A4 au Lycée Classique d’Abidjan en 1969 et soutenu une thèse de doctorat d’Etat à l’Université Paris XII en 1988, il était professeur titulaire de littérature et civilisation africaine anglophone au Département d’Anglais de l’Université de Cocody depuis 1977.

      Dans sa longue et riche carrière universitaire et académique, il a occupé le poste de Doyen de l’Unité de Formation et de Recherches Langue, Littératures et Civilisations de 1998 à 2000. Au plan politique, il entre au Front Populaire Ivoirien (FPI) en 1994 et deviendra une figure éminente de la gauche ivoirienne par ses productions intellectuelles, en témoigne ses livres « Deux guerres de transition : guerres civiles américaines et ivoirienne » (2003), « Ne pas perdre le Nord » (2005) et Ecrits pour la Démocratie (2009). De janvier 2000 à août 2002, il est ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique. Elu député de la circonscription de Daloa le 10 décembre 2000, il occupera le poste de ministre de la communication du 5 aout 2002 au 13 mars 2003. Important militant syndicaliste du Syndicat National de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur (SYNARES) dont il a été le Président du Conseil d’Administration de 1990 à 1994, l’étudiant Séry Bailly est arrêté et emprisonné de mars 1971 à janvier 1973 à Séguéla à la suite de contestations syndicales sur le campus universitaire de l’Université Nationale de Côte d’Ivoire. Il se révèle dans les années 1990 au public ivoirien grâce à ses chroniques dans les journaux intitulées « Chroniques de Notre Temps » dans l’hebdomadaire Notre Temps de feu le célèbre journaliste Jérôme Diégou Bailly. Le professeur Séry Bailly a été également Président de la Fondation Harris Memel-Fotê/Jean Jaurès et Vice-président de l’Académie des Sciences, des Arts, des Cultures d’Afrique et des Diasporas Africaines (ASCAD). Il a été un ardent défenseur et militant des droits de l’homme par son appartenance aux instances dirigeantes de  la Ligue ivoirienne des droits de l’homme (LIDHO) en tant que président du conseil d’administration. Il a également été membre de la Commission Dialogue Vérité et Réconciliation (CDVR) puis de la Commission Nationale pour la Réconciliation et l’Indemnisation des Victimes (CONARIV).

       Reconnu surtout par ses pairs et collègues comme un brillant intellectuel, c’est surtout par ses prises de parole publiques et ses écrits portant sur la culture que le professeur Séry Bailly s’illustrera par son ardent militantisme et son activiste culturel. Il fera des contributions intellectuelles importantes sur le Tohourou (art du peuple Bété), le zouglou, le cinéma, la peinture etc. Défenseur et promoteur de ce qu’il appelle le « devoir de cohérence », terme qu’il emprunte à son maître Harris Memel-Fotê, qui signifie la recherche permanente et courageuse d’une adéquation entre le discours, la posture et la pratique sociale.

      Universitaire, académicien, écrivain et homme politique ivoirien, le professeur Séry Bailly a été un authentique « intellectuel-Combattant » selon la formule du sociologue Saïd Bouamama et un « intellectuel intègre » (Pascal Boniface). Ayant beaucoup reçu de ses Maîtres et aînés, le professeur Séry Bailly s’est, à son tour, toujours rendu disponible et accessible pour accompagner ses cadets dans leur cheminements universitaire, académique, professionnel et intellectuelle soit par des conférences, des séminaires et des conseils. Celui qui a défilé le 7 août 1960 affirmera être toujours en train de « continuer à marcher pour l’indépendance » de son pays car pour lui « l’horizon, c’est le Progrès et la Liberté ! »

 

SOSSIEHI Roche-Fabrice

– Membre du Cercle d’Etudes Sery Bailly (CESB)

– Président de l’Association pour la Renaissance de l’Afrique des Lumières

Secrétaire Général de l’ONG Appui au Développement de l’Art, la Culture et l’Education en Côte d’Ivoire (AUDACE CI)

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