Conseil des droits de l’homme de l’ONU, quand Abidjan compromet sa candidature

     Conseil des droits de l’homme de l’ONU.  La Côte d’Ivoire a annoncé sa candidature à un siège depuis février 2020. Cependant les rapports successifs sur l’espace civique ne sont en sa faveur. 

       Le 19 février 2020, le Conseil des ministres a annoncé la candidature de la Côte d’Ivoire à un siège au Conseil des droits de l’homme de l’ONU pour la période 2021-2023.  Pour que cette candidature ait du succès, en octobre 2020, l’Assemblée générale des Nations Unies tiendra compte de la « contribution de l’État à la promotion et à la protection des droits de l’homme », ainsi que de ses « engagements volontaires à cet égard ».

      Or depuis lors, les différents communiqués et rapports sur l’état des droits de l’homme et de la démocratie ne sont pas reluisants. Après Amnesty International, le rapport d’Alioune Tine et des sorties d’ONG locales, un nouveau document apparaît. Il s’agit du rapport CIVICUS qui vient de paraître dans ce mois d’octobre 2020. 

     »   Le rapport utilise les évaluations du CIVICUS Monitor, un outil de recherche qui fournit des données quantitatives et qualitatives sur l’état des libertés civiques dans 196 pays. Les données sont générées grâce à une collaboration avec plus de 20 partenaires de recherche de la société civile et à l’apport d’un certain nombre d’évaluations indépendantes sur les droits humains », précise le document dont nous avons reçu copie. 

  En voici quelques bonnes feuilles au sujet de la restriction de l’espace civique :

     « En août 2020, des manifestations ont éclaté dans plusieurs villes et des affrontements entre manifestants et forces de sécurité ont été signalés suite à l’annonce de la candidature à un troisième mandat du président Alassane Ouattara lors des prochaines élections présidentielles.

       Selon le ministre de la Sécurité et de la Protection civile, Diomandé
Vagondo, entre le 11 et le 13 août cinq personnes ont été tuées — trois à Daoukro, une à Gagnoa et une autre à Bonoua — et 104 personnes ont été blessées, dont des policiers et des gendarmes. Amnesty International, qui a recueilli des témoignages lors des manifestations,
a déclaré que les policiers à Abidjan semblaient avoir autorisé des groupes d’hommes à attaquer les manifestants. Certains de ces hommes étaient armés de machettes et de bâtons.

       À Divo, sept autres personnes sont mortes dans des affrontements entre groupes politiques entre le 21 et le 22 août.Plus d’une centaine de personnes, notamment des défenseurs des droits humains, ont été arrêtées pour « trouble à l’ordre public », « incitation à la révolte », « violence contre les forces de l’ordre » et « destruction de biens d’autrui ».

     Le 15 août 2020, Pulchérie Edith
Gbalet de l’ONG Alternative citoyenne ivoirienne (ACI) et deux de ses collègues — Djehi Bi Cyrille et Gbaou Gedeon Junior — ont été arrêtés par des hommes armés dans un hôtel d’Abidjan où séjournait Gbalet. Elle avait appelé à manifester contre un éventuel troisième
mandat du président Ouattara. Tous les trois ont été placés en état d’arrestation et sont poursuivis pour « atteinte à l’ordre public, participation à un mouvement insurrectionnel, atteinte à l’autorité de l’État, destruction volontaire de biens publics et provocation à un
attroupement ».

      En septembre 2020, Pulchérie Edith Gbalet et ses collègues étaient
toujours en détention provisoire.
À la suite des manifestations d’août, le Conseil des ministres a annoncé le 19 août 2020 la « suspension » de toutes les manifestations sur la voie publique jusqu’au 15 septembre
2020.
       Le 11 mars 2020, la police a arrêté au moins dix manifestants pacifiques lors d’une manifestation organisée par le groupe pro-démocratie Tournons la page Côte d’Ivoire à Yopougon, un quartier d’Abidjan. Ils protestaient et distribuaient des tracts contre l’adoption de la révision constitutionnelle par le Parlement, arguant qu’elle aurait dû être soumise à un
référendum. Ils ont été détenus pendant six heures avant d’être libérés sans que des accusations ne soient retenues contre eux. 

Conseil des droits de l'homme de l'ONU
Le rapport CIVICUS interpelle sur la candidature ivoirienne à un siège au Conseil des droits de l’homme à l’ONU

          Samba David, président de la Coalition des indignés de Côte d’Ivoire, quatre autres membres de la coalition et un journaliste ont été arrêtés le 23 juillet 2019 devant la Commission électorale indépendante à Abidjan avant une manifestation. Ils ont été interrogés sans la présence d’un avocat et ont été libérés le lendemain sans qu’aucune accusation ne soit retenue contre eux. Samba David avait déjà purgé près de trois ans de prison entre septembre 2015 et juillet 2018 à la suite des manifestations qu’il avait organisées contre la hausse des prix du carburant. Il a été soumis à la torture et à d’autres mauvais traitements, et ses procès ont été parsemés d’irrégularités, comme l’absence d’un avocat pendant son interrogatoire… « 

    Des recommandations sont par ailleurs formulées. » Si elle veut devenir membre du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, la Côte d’Ivoire doit démontrer son attachement aux mécanismes des droits de l’homme, notamment l’Examen périodique universel et la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples »

       En mai 2019, dans le cadre de l’Examen périodique universel des Nations Unies, la Côte d’Ivoire a reçu 247 recommandations, notamment sur les élections, la liberté d’expression et la liberté de réunion pacifique. Les autorités ivoiriennes ont rejeté de forme explicite les recommandations visant à protéger les personnes LGBTI de la violence et à dépénaliser la diffamation et les injures contre le chef de l’Etat.

Lemediacitoyen.com

 

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