Reportage/ Dimbokro-viol d’enfant: Dix jours après, la famille d’Océane raconte les faits

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C'est dans ce village de Boré à Dimbokro que la maman de la petite Océane tente de surmonter la douleur (LMC)

    Le 30 septembre 2019, Bouassa Ahou Océane une fillette de 3 ans perd la vie après avoir été enlevée puis violée à Boré, village de Dimbokro, dans le centre ivoirien, le 28 septembre. Dix jours après,  la famille raconte les faits.

     

    Mercredi 9 octobre 2019. Il est 15 heures 19 minutes. Boré, village situé à 25 km de Dimbokro où s’est produit l’enlèvement suivi du viol de la petite Océane, présente un calme reposant. Ce village baoulé qui enregistre la présence de pas mal d’orpailleurs, contient des flaques d’eau qui stagnent.

    Dans la cour du sous-chef du quartier, trois femmes devisent.  La plus jeune, habillée en tenue année 50, tient un téléphone en main. Elle est assise dans la cuisine. Les deux autres sont assises juste devant. Elles échangent en Baoulé, langue locale.

      Adjoua Marie Ange (mère de la victime), visiblement peinée raconte: « Le 28 Septembre à 15 heures, j’étais allée aux funérailles. A 16heures, je suis venue à la maison. L’enfant était avec ma mère. A 17 heures, ma mère est venue et l’enfant est resté là-bas. Lorsque 18 heures approchait, je partais la chercher pour son bain. Elle n’y était plus. On l’a cherché partout. Au petit matin on l’a retrouvé nue avec de la boue. On a constaté qu’elle a été violée. On l’a envoyé à Dimbokro, ensuite à Abidjan où elle a rendu l’âme au bloc, le lundi », dit-elle, avant d’exprimer son vœu le plus cher, celui de « retrouver le coupable coûte que coûte ».

      A sa suite, Emilienne Kouakou N’guessan, Grande mère de la victime, donne sa version des faits, « J’étais avec l’enfant à des funérailles. Avant de venir à la maison, j’ai laissé l’enfant en compagnie de mon fils. A 17 heures, ma fille partait la chercher. Quand elle a demandé à son frère, il a dit qu’elle jouait. Nous avons commencé les recherches. On a même passé l’annonce dans une station radio d’évènement dans le village. Le matin, on l’a retrouvé au fond du village».

      Lorsque la victime a été retrouvée, sa mère était abattue, elle s’est mise à pleurer sur le coup. « Jusqu’ actuellement, elle s’enferme pour pleurer. Elle n’arrive même pas à manger.», explique Affoué Janette N’guessan, tante de la victime, venue de M’batto après avoir appris la  nouvelle.

      Ferdinand Kouamé Yao, sous-chef du quartier ‘’Pendraikro’’  de Boré prend la conversation en cours. Il est le grand-père de la victime. Celui qui a trouvé la petite océane lors des recherches. « Nous l’avons cherché jusqu’à 2 heures du matin. Dès 6 heures, nous avons repris les recherches. Je suis allé au bout du village. Nos sœurs du village avaient déjà découvert la petite.  Elles m’ont indiqué l’endroit. J’y suis allé.  Je l’ai trouvé pleine de boue, trempée de sang » s’en souvient-il.

     Et de poursuivre : « Je l’ai emballé dans un pagne et nous sommes allés à Djangokro (une localité située entre Dimbokro et Boré), puis à Dimbokro. Là-bas, on voulait la transférer à Yamoussoukro et une cousine qui travaille dans une ONG nous a conseillé d’aller à Abidjan, afin de bénéficier d’une prise en charge ».

Les actions de l’Etat                

    Lorsque la victime est conduite au Centre hospitalier universitaire (CHU) de Cocody, la ministre de la Femme, de la Famille et de l’Enfant, Bakayoko Ly Ramata prend tous les soins en charge. « C’est elle-même qui nous a annoncé le décès», ajoute-t-il.

    La poursuite judiciaire est entamée, mais le coupable n’a pas encore été retrouvé. La gendarmerie est en train de récolter les informations nécessaires pour l’enquête. « Hier, la gendarmerie a libéré 3 jeunes interrogés depuis vendredi. », précise-t-il.

     La levée du corps n’a pas encore eu lieu. Sur ce fait, le grand père souligne qu’il faut l’accord de la justice. « Le procureur dit que ce n’est pas possible tant qu’on n’a pas attrapé le coupable.  Il doit donner son accord », dit-il avant d’ajouter. « Le corps est encore à Ivosep.  L’enterrement se fera à  Abidjan.».

    Après maints renseignements, les riverains sont unanimes sur le fait que ce cas-ci  soit le premier dans ce village.

 Les stratégies de lutte du gouvernement

      Le comité national de lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants sous la tutelle du ministère de la Femme, de la Famille et de l’Enfant a élaboré une stratégie de lutte contre les Violences Basées sur le Genre (VBG) à savoir ‘’le Viol, l’agression sexuelle, l’agression physique, le mariage forcé, le déni de ressources d’opportunité et de service et la violence psychologique’’. Il a donc mis en place une plateforme de lutte contre les VBG qui contient les acteurs de différents domaines notamment, les médecins, les travailleurs sociaux, les juristes.

     « Nous avons deux catégories d’actions. Il y a la prévention, la formation des acteurs, des décideurs, des sensibilisations des populations dans les quartiers, village, écoles », souligne Marcellin Ossey, Chef du service planification.

   « Nous avons mis l’accent sur la formation des magistrats, On a aussi élaboré un algorithme de prise en charge avec le ministère de la santé. Nous avons formé les leaders communautaires et les guides religieux. 350 et 400 leaders se sont engagés à renoncer au règlement à l’amiable », explique Achi Daniele.  .

   Elle a précisé qu’il existe au total60 plateformes. « Ces plateformes collectent les informations. On a une base de données.», fait-elle savoir.

Marina Kouakou

Lemedacitoyen.com

 

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