Dr Jean Louis Lognon, sociologue : « Il faut promouvoir d’autres normes de beauté »

|745 vues |
Dr Jean louis Lognon, sociologue (DR)

Sociologue spécialiste des questions du corps, Dr Jean Louis Lognon a préalablement effectué des recherches sur la question de la transformation du corps notamment les femmes qui utilisent des produits pour soit se grossir les seins, les fesses. Dans cet entretien, il nous explique les raisons qui poussent bon nombres de femmes à utiliser ces sous-vêtements conçus pour se donner des formes.

Quel est votre avis sur les dessous conçus pour augmenter le volume des seins et des fesses ?

Il ne s’agit pas seulement d’un phénomène de mode. D’abord il faut pour mieux comprendre leur comportement comprendre le sens du corps de l’homme. Le corps de l’homme n’est pas seulement la matière qu’on observe (biologique), mais aussi l’aspect social puisqu’il donne une identité à l’homme. C’est une ressource qu’on peut investir pour capter des ressources. Le corps aussi met en relation des personnes. Par le corps on peut séduire, on peut faire peur, on peut aussi créer de l’indifférence, de la répulsion. Le corps est un produit social qui n’est pas seulement biologique.

Qu’est ce qui peut amener ces femmes à porter ces sous-vêtements ?

Etant donné que le corps est un produit social qui permet de mettre deux personnes en relation, Il y a plusieurs causes qu’il faut dégager.
La première cause, c’est un comportement qui permet à ces personnes de se conformer à des normes de beauté. Ces normes, la tradition et la modernité les partagent. On dit par exemple chez nous une femme africaine, c’est celle qui est plantureuse, qui a des rondeurs donc il y a l’influence des traditions. La plupart de nos beautés en Afrique sont des femmes en chair.
Deuxièmement, il y a la modernité. Vous allez voir des rythmes musicaux ou on fait la promotion des fesses, les pas de danses, des habits à la mode qui, en réalité impulsivement défavorisent celles qui n’ont pas ces rondeurs-là. Donc c’est la pression des normes sociales, des normes de beauté qui poussent ces femmes à le faire. Il y a aussi la manière dont elles perçoivent leur corps. Pour celles qui vont jusqu’à faire des chirurgies, elles se disent que le corps n’est pas seulement naturel, mais perfectible qu’on peut fabriquer.
Ces normes sociales vont créer une sorte de stigmatisation. Une femme m’a confié que son collègue aimait dire ‘’laisser les vraies femmes passer’’ parce qu’elle n’a pas de grosses fesses. Ce qui crée la frustration simplement chez ces personnes qui ont un corps qui n’est pas conforme aux normes de canons de beauté qui sont en valeur à l’époque du moment. Une autre m’a confié qu’elle utilisait les produits pour avoir des formes parce qu’elle avait une amie avec des rondeurs qui attirait beaucoup les professeurs.
Puis, il y a des enjeux de séduction pour se positionner sur le marché matrimoniale.

Y- a-t-il des conséquences à se transformer le corps d’une manière ou d’une autre ?

Oui bien sûr. Pour celles qui vont jusqu’à transformer leur corps, celles qui prennent des comprimés. Quand vous modifiez, c’est de la graisse, il y a forcément des conséquences, il y a un déséquilibre le poids, la hanche, il y aussi des conséquences liées à la peau. Celles qui portent des sous-vêtements ont trouvé une alternative. Elles ont peur de transformer leur corps au regard des risques donc elles mettent des artifices qui produisent les mêmes résultats. Ça aussi il y a des risques parce que si ça attire, quelqu’un peut se mettre en relation pour ça. Si après ce dernier découvre que ce sont des artifices il peut vous quitter.

Quelles sont vos propositions pour permettre aux femmes de s’accepter telles qu’elles sont ?

C’est vrai Il faut sensibiliser sur les risques sanitaires. Les risques sanitaires on les connaît, mais cela n’empêche pas qu’elles utilisent toujours ces dessous ou des produits. Il faut promouvoir d’autres normes de beauté comme l’ont fait les artistes Meiway et Clair Bahi. Avec les concepts ‘’Bobra Fitini’’ et ‘’Miss Lolo’’ de Meiway beaucoup de complexe ont disparu aujourd’hui. Il faut des réponses sociales à cela, en plus de la sensibilisation sur les risques sanitaires. Le corps est transformable. Il faut s’imposer des limites cependant. Il ne faut pas mettre en péril sa santé, et son identité sociale parce que si on découvre qu’une personne utilise les fausses fesses par exemple, elle devra faire face à la honte et ce qui n’est pas facile à supporter.

Interview réalisée par Marina Kouakou
Lemediacitoyen.com

Lire aussi:
Société civile ivoirienne/ zoom sur 5 étoiles montantes de la jeunesse féminine engagée

Email


*