La grossesse à l’épreuve du paludisme

   

    Moins médiatisé que la COVID 19, plus familière aux populations de l’Afrique subsaharienne, et perçue comme bénin, le paludisme est pourtant une maladie d’actualité à prendre au sérieux.

            Une population encore exposée

    En Côte d’Ivoire, zone endémique, le Programme National de Lutte contre le Paludisme (PNLP) a enregistré 1316 décès dus au paludisme en 2020. C’est un progrès comparativement à 2017 avec 3222 décès, mais l’objectif de la Côte d’Ivoire est d’éradiquer la maladie d’ici à 2030. Malheureusement le paludisme reste la principale cause de morbidité dans le pays avec 33% des motifs de consultation dans les établissements sanitaires

         Les enfants, vulnérables de la grossesse à l’accouchement

Les enfants de 0 à 5 ans constituent la population la plus vulnérable avec 596 cas répertoriés en 2019. Cette vulnérabilité démarre dès le ventre de la mère. En effet la grossesse est une étape délicate durant laquelle la femme est autant exposé au parasite du plasmodium que n’importe quel individu, mais les impacts sont plus éprouvants.

Selon le docteur Diallo Abdoulaye, Gynécologue Obstétricien, que nous avons rencontré au Centre Hospitalier Universitaire de Treichville à Abidjan, avec un enfant dans le ventre, la femme connaît une immuno – dépression qui traduit une baisse de ses défenses immunitaires. Cet état la rend moins résistante au Paludisme, et le parasite peut atteindre le placenta qui permet l’échange entre la mère et l’enfant. C’est un cas que les professionnels de la santé surveillent particulièrement.

       « Durant toute la période de la grossesse, un paludisme est traité comme un cas grave chez la femme enceinte. »

Docteur Diallo

         À partir de quel moment de la grossesse, le paludisme peut être considéré comme critique pour la mère et l’enfant ?

Docteur Diallo : Durant toute la période de la grossesse, un paludisme est traité comme un cas grave chez la femme enceinte. Ça ne veut pas dire qu’elle va développer systématiquement des complications. Mais on est prudent parce qu’une femme enceinte est une malade particulière. Et si ce paludisme survient à l’approche du terme de la grossesse, on peut envisager une césarienne.

La future maman est une cible comme toute autre cible et peut l’avoir dans diverses formes, notamment sévères. D’où l’importance d’anticiper.

      Le traitement anti-paludisme est-il le même pour la femme enceinte ?

Docteur Diallo : Selon le PNLM, il y a trois lignes de traitement selon la gravité du paludisme. Elles peuvent être toutes appliquées à la femme enceinte, mais cela dépendra de l’avancée de la grossesse.

Les combinaisons thérapeutiques à base d’artémisinine qui ne sont pas indiquées au premier trimestre de la grossesse, parce que le fœtus n’est pas bien développé.

Mais ce qu’il faut retenir, c’est que, femme enceinte ou pas, aujourd’hui c’est l’Artesun qui est recommandé sur ordonnance d’un médecin pour un dosage adapté.

      Ya-t-il des conséquences du paludisme sur la gestation et sur l’enfant à la naissance ?

Docteur Diallo : Oui. Les trophozoïdes – parasites du paludisme – peuvent infecter le placenta et entraîner une altération des échanges entre la mère et l‘enfant qui peut ne pas recevoir l’oxygène et les nutriments. On assiste alors à des complications pour l’enfant, avec des retards de croissance intra utérin manifesté par un faible poids de naissance. Il y a également des risques de souffrance fœtale qui peut aboutir à la mort in utéro.

On a aussi le cas où l’enfant peut arriver au monde avec un paludisme néo-natal au moment de l’accouchement. C’est ce qui explique d’ailleurs que le paludisme soit l’une des premières causes de décès chez les enfants.

« Quand elles sont informées, elles ne s’alarment pas. Le paludisme est une maladie bien connue par ici. »

     Existe-il un programme spécifique pour accompagner les futures mamans en vue de les protéger de la maladie ?

Docteur Diallo : Le PNLP a une stratégie nationale qui accompagne spécialement les femmes enceintes.

La prévention se faire à travers deux types de moyens : Médicamenteux et hygiéno-diététiques.

En Côte d’Ivoire, le traitement médicamenteux est gratuit et automatique pour la femme enceinte qui vient consulter dans un centre de santé publique. Dans les pharmacies les médicaments contre le paludisme sont accessibles. Le traitement est appliqué à partir de la treizième semaine de la grossesse, et ce tous les mois jusqu’à l’accouchement.

Au-delà des moyens médicamenteux, les femmes enceintes bénéficient de moyens de prévention hygiéno-diététiques. Le PNLM leur distribue des moustiquaires imprégnées afin de les protéger contre les piqures de l’anophèle responsable de la transmission du paludisme. Les populations sont sensibilisées sur la nécessité d’avoir un cadre salubre afin d’éviter la prolifération de moustiques.

    Avez-vous eu à traiter des cas de paludisme durant la grossesse et les patientes sont-elles réceptives ?

Docteur Diallo : C’est notre quotidien. On reçoit souvent des patientes avec du paludisme. Asthénie, courbatures, fièvres, vomissement, anémie… autant de symptôme qui nous conduisent à aussitôt faire le test de goutte épaisse pour confirmer le diagnostic de paludisme.

Quand elles sont informées, elles ne s’alarment pas. Le paludisme est une maladie bien connue par ici. Parfois ce sont des patientes qui se doutent déjà du diagnostic.

      N’existe-t-il pas des cas de patientes qui n’ont pas les moyens de suivre le traitement ?

Docteur Diallo : Evidemment, dans notre contexte, nous rencontrons des patientes qui ont des difficultés à payer pour le traitement. Cependant il faut savoir que lorsque la patiente est hospitalisée, le traitement est gratuit en hôpital public. D’ailleurs en dehors de l’hospitalisation, les médicaments sont gratuits à l’hôpital ou au moins très accessibles.

L’engagement de l’Etat ivoirien, des ONG, et Associations

La lutte contre le paludisme est une priorité pour la Santé publique en Côte d’Ivoire. Des campagnes de sensibilisations sont menées dans les différents médias et sur le terrain de façon décentralisée, les villes et les villages étant ciblés. Le Programme National de Lutte contre le Paludisme (PNLP) avec sa stratégie nationale de prévention pendant la grossesse, prévoit la fourniture de moustiquaires imprégnées et d’insecticides, lors de la première consultation prénatale. Il agit en vue d’arriver à l’administration d’au moins trois doses de traitement préventif intermittent au cours de soins prénatals à au moins 80% des femmes enceintes

En dehors des plans nationaux, des Fondations, ONG et associations s’engagent pour amplifier les actions en vue d’éradiquer le paludisme. C’est le cas de Speak Up Africa avec le Fonds Voix Essentielles.

En partenariat avec la Fondation Chanel et le Fonds mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose, et le paludisme, Voix EssentiELLES s’engage à renforcer les capacités d’organisations de femmes et jeunes filles, à la conception de programme de santé et bien-être. Elles pourront ainsi mettre en œuvre des activités dans les thématiques telles que la santé sexuelle et reproductive, les violences basées sur le genre, la tubervulose, le VIH, et le paludisme. L’initiative intervient au Sénégal, au Burkina Faso, et en Côte d’Ivoire.

Ainsi en Côte d’Ivoire, l’Union Nationale des Femmes Handicapées de Côte d’Ivoire (UNAFEH-CI), bénéficiaire du Fonds Voix EssentiELLES organisait en février et mars des sessions de sensibilisation sur le paludisme auprès d’une cinquantaine de femmes à Toumodi et Yamoussoukro, dont 25 handicapées. Ces sessions étaient animées par des professionnels de la santé, insistant sur la nécessité de se rendre dans les centres de santé en cas de symptômes.

 

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Une contribution de Orphélie Thalmas, bénévole de la fondation Speak Up Africa 

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