Libre tribune / Les enjeux politiques ne sont pas plus importants que les droits humains

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Libre tribune / Les enjeux politiques ne sont pas plus importants que les droits humains
Libre tribune / Les enjeux politiques ne sont pas plus importants que les droits humains

Nous sommes au départ devant un fait divers banal le dernier week-end de janvier 2018 à Abidjan. L’affaire met en scène un député et une jeune policière dans la commune de Cocody.

De source proche de l’affaire, la policière, dans sa déposition affirme avoir été giflée. Une accusation  que le principal indexé nie formellement, indique la même source. Le procureur qui a fait arrêter l’accusé justifie son acte par la flagrance délit, laquelle lève l’immunité parlementaire.

L’accusé reçoit des soutiens de poids pour faire  cesser la procédure au nom de l’immunité parlementaire. L’article92, alinéa 3. Ses  collègues sont avec lui. Les débats autour des procédures vont bon train et enflent sur la toile ivoirienne. Le politique s’y mêle. On voit le sujet tendre vers une guéguerre entre partisans de la coalition au pouvoir. Les responsables de structures de jeunesse du PDCI, parti qui a porté le député à l’hémicycle  principal allié du RDR se ruent au parquet après que les députés ont entamé leur démarche. Désormais, c’est l’immunité parlementaire qui triomphe dans les fora. Le débat prend une tournure politique. On accuse le RDR de déshonorer le PDCI à travers cette arrestation de l’honorable. Les partisans du RDR se défendent.  Les communicants des deux camps se mettent en branle et la voix de la policière, qui se présente comme victime, devient inaudible.

Je trouve injuste que le fait divers qui oppose le député et la policière soit utilisé à des fins politiques, donc à des fins égoïstes, égotistes et égocentriques. Peu m’importe que le manipulateur soit le RDR ou le PDCI. A cause de ces « grands », une certaine opinion  tente de discréditer la policière, hors procès. Elle est accusée d’avoir menti. On justifie qu’il s’agissait d’une simple altercation. On lui fait porter la responsabilité des précédentes bavures policières dans le pays. On ne tient pas compte de sa déposition. La plaignante, rappelons-le affirme avoir été giflée. Elle estime que son autorité de policière de la circulation a été bafouée. Oui, une déposition existe contrairement à la fausse rumeur.

On me rétorquera que le député s’est vu bafoué dans son honneur. Mais on ne doit pas oublier le bouclier institutionnel dont il bénéficie tout de suite. Si les députés et le PDCI s’affichent en faveur du député, la jeune policière semble seule au départ, en termes de soutien institutionnel. Aucun communiqué de la ¨Police nationale pour la soutenir. En Côte d’Ivoire, contrairement à ce qui se passe en France, par exemple, les policiers ne sont pas constitués en syndicat. Il y a  déjà un déséquilibre affectif.

C’est plus tard, dans la journée de mardi 30 janvier 2018, qu’elle sera reçue par le directeur de la police. Selon les informations ressorties de la rencontre, il a félicité les policières de service le jour du fait  à l’endroit concerné. Je salue l’acte du directeur de la Police.

Sans me substituer à son avocat (je n’en ai pas la compétence technique), j’ai pris position en faveur des droits de la policière au regard du déséquilibre des forces en présence. Le député a vu ses droits à l’immunité protégés, c’est bien. Mais et les droits de la jeune policière ? Ils sont suspendus à la levée de l’immunité.  J’espère que le moment venu, le procès aura lieu pour l’éclatement de la vérité. Et si la présomption d’innocence est légitime, il faut rappeler à l’opinion qu’à l’origine se trouve une déposition de la plaignante. Ne l’oublions pas dans ce brouhaha politique. Les  enjeux politiques ne sont pas plus importants que les droits humains. Dites-le aux machiavéliques !

Nesmon De Laure

source photo: acturoutes

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