Analyse/ FCFA, des clés pour comprendre la polémique/ par Stephane Ganhi, économiste de développement, spécialiste de l’inclusion financière

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Stephane Ganhi, économiste de développement, chroniqueur à lemediacitoyen.com

Le débat sur la monnaie ouest africaine et celle de l’Afrique centrale refait surface cette fois ci par des déclarations d’autorités Italiennes. Il est du commun du mortel en Afrique que le franc CFA est une monnaie sous contrôle Français. Force est de constater que le débat autour de la question monétaire reste passionné. Nous vous présentons un tableau des arguments contradictoires pour mieux comprendre.

Né en 1945, le CFA est une monnaie des anciennes colonies Françaises. La création de cette monnaie avait pour but de donner aux ex colonies la possibilité de gérer leurs avoirs sous le regard bien veillant de la France. De ce fait les Etats ayant cette monnaie sont tenus de faire des dépôts dans un compte dit d’opérations au trésor français (50% des avoirs des états).

POUR

Pour certains économistes et politiques favorables à cette monnaie, le CFA est un facteur d’intégration régional car cela conduirait au libre-échange inter-état l’ayant en commun évitant du coup la volatilité et les pertes de taux de change. Un des arguments qu’avancent les défenseurs du CFA est que par les avoirs du compte d’opération se trouvant au trésor Français, permet de garantir la convertibilité du CFA avec la monnaie Européenne de façon illimitée (Arrimage à l’Euro). Pour les défenseurs de cette monnaie la dette publique est moins 70% du PIB avec une inflation maitrisée (3%) au bénéfice des économies nationales et des agents économiques. Cette assertion se justifie par le fait qu’une inflation non maitrisée pourrait altérer le pouvoir d’achat des agents économiques. Le CFA bénéficierait d’une crédibilité internationale qui manque aux autres monnaies, du fait de son lien avec l’Euro. « C’est un gage de sécurité auprès des marchés. Et ces pays ont besoins de marchés financiers pour l’investissement » juge Christophe DEMBIK, Economiste chez SAXOBANK.

CONTRE

Pour les économistes du courant de l’abandon du CFA, ils justifient leur position par le fait que cette monnaie revêt un caractère néocolonialiste. Pour eux, les Etats doivent être maîtres de leur souveraineté monétaire ce qui se traduirait par une gestion optimale des instruments financiers utiles à l’amélioration du bien-être de nos populations. Un des arguments en défaveur du CFA est que cette monnaie n’est pas compétitive cela voudrait donc dire qu’un Euro surévalué conduirait à une surévaluation du CFA entrainant une augmentation des coûts de productions d’où celle de nos produits. Un des exemples est celui de notre voisin le Ghana et plus loin la Chine. Le CFA étant produit en France cela suppose donc que pour nos économies, une certaine quantité est produite selon notre structure économique. Sachant que nos pays ont un secteur informel assez développé, en tenant compte du phénomène de thésaurisation (Conserver de l’argent non pas dans des comptes bancaires) nos économies se retrouvent avec un manque de monnaie en circulation d’où la nécessité pour nos Etats de battre monnaie. Et pour cela nos Etats doivent avoir la maitrise des leviers de politiques monétaires qui seront adaptés à nos réalités.

 QUE RETENIR ?

De ce qui précède, le CFA étant une monnaie communautaire ayant eu un vécu dans les espaces géographiques au sud de l’Afrique avec des avantages mais avec des entraves pour l’épanouissement des états qui l’ont adopté, il serait préférable de tenter une nouvelle aventure monétaire sans le regard de la France afin que les décideurs des Etats puissent penser des politiques monétaires qui conjugueront la maîtrise de l’inflation et la création d’emploi (selon la courbe de Phillips) pour le bien-être des peuples. Cependant rester dans une organisation régionale afin de partir des acquis du passé pour un futur monétaire plus stable selon nos réalités. Depuis nos indépendances le CFA a été utilisé comme monnaie avec ses clivages ne serait-il pas grand temps d’essayer une nouvelle monnaie ?

Stephane Ganhi, économiste de développement,

spécialiste de l’inclusion financière

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