Edito/ la claque de Duekoué  

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En avril 2018, Alassane Ouattara a visité le mémorial de Kigali en hommage à toutes les victimes de la tragédie rwandaise de 1994. (DR)

C’est une véritable claque que vient de donner le FPI au gouvernement ivoirien. Une  opinion parle de récupération politique. Soit. Mais peut-on reprocher à des victimes de s’être senties soulagées quand depuis 2011, le souvenir de leur douleur est royalement ignoré par les dirigeants ? La pose de la première pierre d’une stèle du souvenir du massacre perpétré dans cette partie du pays invite au débat sur la gestion de la mémoire de crise par les autorités qui en ont le rôle régalien.

Depuis 2011, le gouvernement ivoirien ne commémore que les 7 femmes d’Abobo. Pourtant, la crise ivoirienne a officiellement fait 3000 morts dans diverses localités du pays. Cette situation qui perdure a fait dire à d’autres victimes, elles aussi endolories,  qu’elles sont oubliées.

Le FPI a opté pour la ville de Duekoué, ville symbole du massacre, pour la célébration de sa fête de la liberté les 26 et 27 avril 2019.  Au cours des deux jours du programme, la mémoire des victimes a été saluée à travers des cierges et la pose d’une première pierre de stèle.

Réagissant, Martine Kei Vao, présidente de l’ONG Solidarité du Peuple wê qui réclame justice pour les siens a exprimé son soulagement sur sa page facebook : « Au-delà de toutes polémiques, ce geste constitue une bouffée d’oxygène dans des cœurs cristallisés de douleur. Merci à tous pour Duekoué. Soyez bénis », mentionne-t-elle.

 Le geste du FPI pour la commémoration des morts de l’Ouest. La pose d’une pierre. Geste salutaire parce qu’il équilibre la commémoration à laquelle nous assistons depuis 2011. Ce geste reste tout de même sectaire.

En effet il est en miniature le geste que nous appelons de tous nos voeux de la part de l’État ivoirien. Non pas que pour les morts de l’Ouest ou encore que pour les 7 femmes d’Abobo. Mais pour tous les morts. Donner l’argent c’est bien. Mais reconnaître la douleur à travers un mémorial est encore mieux. Une commémoration unique et nationale de tous les morts de la crise par l’État ivoirien s’impose.

 Nous militons depuis des années pour une commémoration unique et nationale de tous les morts de la crise ivoirienne sans suite.

La visite à Kigali du président Alassane Ouattara en avril 2018 avait laissé croire à une volonté politique d’aller dans ce sens. Il a en effet visité le mémorial de la tragédie rwandaise de 1994.Il a signé un livre d’or et déposé une gerbe de fleurs. Le mémorial de Kigali est érigé en mémoire de toutes les victimes du génocide.

Hélas, début mars 2019 encore, le gouvernement ivoirien représenté par la ministre Mariatou Koné, a été aperçu qu’aux côtés des proches des 7 femmes d’Abobo.

Sur les réseaux sociaux, les acteurs les plus en vue dans des groupes de discussion s’offusquent de plus en plus de la  solidarité  par la commémoration sélective. Selon nos informations, la question a été soulevée par un membre du gouvernement. Le nœud du débat était de trouver une date et un lieu consensuels pour la commémoration nationale de tous les morts des crises ivoiriennes. Des propositions ont été faites pour une commémoration collective sans succès pour l’instant.

En attendant chaque camp commémore ses morts, avec le gouvernement au côté d’une partie. Quel sort pour la mémoire des morts qui ne militaient nulle part de leur vivant ?

Nesmon De Laure

Lemediacitoyen.com

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