Cinéma, « Jusqu’au bout » ou la hantise d’un passé douloureux

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Le film est encore en salle à Abidjan (DR)

‘’Jusqu’au bout’’ est un film produit par l’homme d’affaire Fabrice Sawegnon,  responsable de voodoo Group et réalisé par Hyacinthe Hounsou. Il est inspiré d’une histoire vraie, une partie de la vie du producteur. Il met en scène des acteurs talentueux connus du public (Ange Eric N’guessan qui incarnait Joel dans la célèbre série teenager, Stéphane Zabavy, Bienvenue Neba,  et révèle de nouveaux acteurs comme Evora N’Ganza et bien d’autres. La scène se déroule dans  les années 80. Synopsis!

‘’Jusqu’au bout”, un film dramatique raconte l’histoire de Patrick, devenu  jeune milliardaire, mais hanté par un vieux démon: le commissaire qui selon lui, n’a pas correctement enquêté sur la mort de sa dulcinée Sonia. 30 ans après, il est toujours hanté par cette injustice. Il va faire mains et pieds pour retrouver le commissaire Djama. Au cours de leur entrevue tendue, Patrice exige du commissaire des explications. Ils reviennent sur cette affaire qui a bouleversé leur vie.

C’est une salle du Majestic Sococé pleine à craquer, ce jeudi  08 Août 2019 qui  suit avec intérêt ce film programmé pour 18h30.

L’histoire se déroule en Côte d’Ivoire, il y’a 30 ans, dans les années 80. Patrice Bokédé, alors élève tumultueux tombe amoureux de Sonia Agbodja une jeune fille angélique originaire de Bangui, fille d’un diplomate centrafricain réfugié en Côte d’Ivoire avec sa famille du fait de la guerre dans son pays. L’on va assister à une romance qui replonge dans la vie d’adolescent et dans l’ambiance du premier amour. Patrice voit la vie différemment en échangeant avec Sonia celle qui lui fait prendre conscience qu’il est « capable de voler tel un papillon », qu’il peut « quitter le stade de chenille », se « transformer en chrysalide et émerger, voler haut tel un papillon ».

Cette image pour lui signifier que s’il exploite son potentiel, il est capable de tant de choses. Cette phrase prononcée par la jeune fille de 17 ans dit-il a marqué à jamais son existence. Sonia est d’une magnanimité qui épate son entourage surtout son bien aimé. Derrière cet aspect visible de la fille qui prend plaisir à aider les autres, à faire des dons dans les orphelinats, derrière cette fille pour qui c’est une joie de passer sa journée auprès d’enfants abandonnés, se joue une véritable tragédie familiale ; un père autoritaire, alcoolique et violeur qui a commis l’irréparable avec sa fille Whitney, la sœur de Sonia et qui s’apprêtait à récidiver avec Sonia.

Bien que son attitude sans équivoque démontrait bien son intention d’abuser d’elle (intrusion dans sa chambre, exigence de massage, reniflement de son odeur), Sonia avait foi que son père changerait. L’histoire d’amour entre Patrice et Sonia contrastait avec ce contexte familial en lambeaux, fait de disputes, de cris, et de pleurs du fait d’un père en constant état d’ébriété. Par une matinée ensoleillée, alors qu’ils venaient de passer une belle journée de pique-nique à la plage, tout va virer au cauchemar pour nos deux tourtereaux.

Le soir, s’adonnant à une partie d’échec au domicile de Sonia, et croyant les parents absents, ils vont être stoppés par l’infortuné père indigne. Il va d’abord s’en prendre violemment à Patrice qui  dans un élan de panique et ne sachant quoi faire, s’enfuit le laissant seul avec la jeune fille. Mort d’inquiétude, il se demandait s’il devait y retourner ou rentrer chez lui. Il opta pour le second choix la mort dans l’âme. Le lendemain, Whitney vint annoncer la mort de Sonia à Patrice. Elle se serait suicidée.

Patrice est déboussolé, son monde s’effondre, il éclate en sanglots. Néanmoins, il reste convaincu que Sonia sa bien-aimée ne s’est pas suicidé car disait-il cette fille est si intelligente qu’elle ne ferait pas chose pareille. Il expliqua les faits au commissaire Djama, le commis à l’enquête. Ce dernier après l’enquête arriva à la même conclusion. Au moment de l’interrogatoire du sieur Agbodja, il lui fit part de sa thèse: il ne croyait pas en la thèse du suicide. Le commissaire suspecte le diplomate comme l’assassin de sa propre fille . Pour le commissaire, ce dernier aurait agi comme d’habitude en état d’ébriété.

 L’interrogatoire est interrompu par les services secrets centrafricains. Ils se présentent au poste de police, invoquent l’incompétence du commissaire pour interroger le sieur Agbodja.  Ce, en raison  de son immunité diplomatique.  Le commissaire se retrouve impuissant. Non content de sa forfaiture, l’infortuné lui chuchota à l’oreille des termes ayant l’air d’un aveu. Comme pour signifier oui votre thèse est exacte mais que pouvez-vous me faire ? Je suis un intouchable. L’affaire est classée et est restée sans suite. Le sieur Agboda n’a jamais été inquiété.

Patrice est  douloureusement marqué par cette histoire.  Il  en veut  au commissaire depuis lors  pour n’avoir pas enquêté correctement . Cependant, bien qu’ayant aujourd’hui, un statut social enviable, ayant refait sa vie, il reste accroché au souvenir de son ange gardien Sonia. Cette muse qui malgré le court instant passé dans sa vie, y a laissé des traces indélébiles.

Ce film pose,entre autres, deux thématiques. La première,  le viol incestueux  et ses conséquences, et la seconde, celle des personnes qui du fait de leur statut social demeurent des intouchables. Le film est planté dans un décor des années 80 en Côte d’Ivoire, le décor des maisons, les appareils de l’époque télévision, téléphone sont tous de cette époque et démontre à la jeune génération, l’évolution technologique. Les coiffures des jeunes filles africaines de l’époque (tresses longs- longs, nattes) donnent une touche d’originalité au décor. La musique en vogue de la période très présente dans le film replonge les spectateurs dans une certaine nostalgie. A un moment le film est mélancolique et il n’est pas exclu que les spectateurs sensibles versent une larme. Cependant l’authenticité du jeu des acteurs et le comique de certaines scènes ont fait rire la salle bien de fois. C’est un film que nous recommanderions car il sensibilise aux thématiques que nous avons citées. Les personnes interrogées  apprécient.

L’avis des cinéphiles

«  Nous avons apprécié le film. Le fait qu’il y’ait un retour en arrière et dans le présent, nous a beaucoup plu. Ça donne une certaine originalité au film. La musique et le son étaient parfaits. Il y’avait un bon jeu d’acteurs. J’ai apprécié le rôle des principaux protagonistes et celui du commissaire. J’ai surtout aimé la sensibilisation. Mettre en scène un père indigne qui viole sa propre fille ça choque certes, mais c’est surtout pour mettre en exergue le caractère malsain d’un tel comportement et mettre en garde les personnes qui s’y adonnent du drame qui peut en découler. Nous sommes tous concernés et je pense que ce film participe à combattre ce fléau », dixit Merveille Dié.

Mohamed Kalo est aussi emballé par la qualité du film. «  Je me suis tout de suite posé mille et une question au vu du titre. Au final j’ai compris pourquoi le titre ‘’jusqu’au bout’’. C’est un excellent film africain qui touche un problème de fond. Le fait que certaines personnes profitent de leur statut avantageux pour commettre certains forfaits sans être inquiétés. J’ai aimé la touche d’humour dans le jeu d’acteur. D’ailleurs j’ai trouvé le jeu d’acteurs impeccable. Le film est aussi éducatif compte tenu des thèmes abordés dont le viol. Au début on ne comprend pas bien le film puis au fur et à mesure on est emporté et emballé par la magie de ce film ».

Assemien Alexandra a aimé le fait d’aborder le viol qui touche de plus en plus les jeunes filles dans le monde. «  Ce film vient à point nommé pour renforcer la sensibilisation », estime-t-elle.

Délorès Pie

Lemediacitoyen.com

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