Interview / Amee, slameuse ivoirienne : « le slam est aussi un outil d’apprentissage qui fait ses preuves »

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Interview / Amee, slameuse ivoirienne : « le slam est aussi un outil d’apprentissage qui fait ses preuves »
Amee , la slameuse qui emporte sur scène (DR)

Figure emblématique du Slam féminin ivoirien, le style, la qualité des textes et le niveau de déclamation  de Amina Méliane Bamba alias  Amee invitent au rêve. Celle que l’on pourrait nommer « L’AMAZONE DES MOTS », est membre du ‘’collectif au Nom du Slam’’ récemment primé par le gouvernement ivoirien pour ses actions de promotion et de vulgarisation du slam. Elle explique la place du slam dans le paysage culturel.

 Qui est AMEE ? Que fait-elle à part le slam ?

Je suis Office Manager dans une filiale d’un groupe français spécialisé dans la production audiovisuelle.

Depuis quand et pourquoi vous décidez de faire du slam ?

Je fais du slam depuis Janvier 2010.  Ma pratique du slam n’est pas vraiment le fruit d’une décision mais d’une succession de faits.  Je pratique toute sorte d’arts depuis l’enfance : la danse, le dessin, la peinture, le chant et l’écriture etc. Le slam n’est qu’une des multiples manifestations de mes penchants artistiques et j’ai commencé à le pratiquer à la suite d’une pure coïncidence. Des amis m’ont ensuite encouragée à poursuivre sur cette voie car ils estimaient non seulement que mes écrits seraient davantage mis en valeur mais aussi  que je participerais à une révolution, car à l’époque il y avait très peu de femmes qui pratiquaient du slam.

Quel sens donnez-vous au slam ? Et quelle est la place du Slam dans votre vie ?

Le sens que je donne au slam est artistique, et je dirai que c’est le slam qui donne sens à ma vie.

Quel est votre ou vos source(s) d’inspiration ?

Ma source d’inspiration est la vie dans toute son essence et ses manifestations.

En quoi réside votre particularité ? Qu’est-ce que vous apportez de plus au Slam ?

Si j’avais une particularité elle serait ma pluridisciplinarité et mon identité, et si je devais apporter quelque chose au slam  ce serait mon âme, il y’en a pas deux identiques ce qui fait que c’est déjà un plus.

Depuis que vous faites le slam, que pensent les autres de vous et surtout les hommes?

Ce que pensent les autres je le perçois sous forme de messages publics ou privés d’encouragements,  félicitations ou sollicitations presque quotidiennement provenant de contrées diverses sur ma page artiste « AMEE » et autres réseaux sociaux. Quand à ce que les hommes  pensent  je ne le sais pas vraiment et je préfère laisser les intéressés répondre par eux-mêmes.

On vous entend slamer sur les femmes. Est ce un engagement féministe à travers votre verve? 
Je slame sur des sujets variés mais ceux qui parlent des femmes ont tendance à rester d’avantage gravés dans les mémoires, je ne sais trop pourquoi. Par ailleurs ne me considère pas spécialement comme une féministe, je laisse les autres décider de ce qu’ils veulent percevoir de mon art. Pour ma part l’art se colore souvent des épreuves personnelles pour s’identifier et je ne fais que dire ce que je vis ou vois ça peut s’entendre comme du féminisme selon la définition que chacun veut accorder -je n’ai absolument rien contre- mais je ne fais que témoigner du monde avec mes yeux, mon coeur, mon ressentit, ma voix de femme et sa s’entendra forcément.

Quel peut ou doit être l’apport du slam en Afrique de façon générale et plus particulièrement en Côte d’Ivoire où la musique est dominée par le couple Coupé Décalé-Zouglou?

Amee allie style et présentation scénique pour le bonheur de ses fans (DR)

Le slam apporte déjà une révolution entamée depuis une dizaine d’années qui se manifeste par le grand nombre de festivals et événements, notamment la Coupe d’Afrique de Slam Poésie dont la première édition en 2018a eu un écho retentissent. Il est également une discipline fédératrice qui a réussit à dématérialiser les frontières dans le sens ou les échanges entre slameurs africains sont devenus une tradition au point de créer une communauté soudée.

Localement, depuis 2014 la révolution a été enclenchée par le Collectif Au nom du Slam et qui est en train de suivre sa marche avec le concours de nos frères de l’Ecole des Poètes et de tous ceux qui nous soutiennent. Il s’agit d’une révolution artistique, sociale qui pourrait encore s’étendre à d’autres domaines. Le slam apporte de la variété d’expressions artistiques, crée des vocations,  de l’activité culturelle, influence l’appréhension des problèmes de la société. Il est aussi un outil d’apprentissage qui fait ses preuves en plus d’être un élément fédérateur en constante croissance. Il est bien plus qu’un simple courant artistique, il s’agit d’une discipline modulable à souhait et qui pourrait se fondre à toutes les autres. Le slam a sa place à faire comme tous les autres courants ou disciplines artistiques sans pour autant avoir pour but de les pousser dans l’ombre, et c’est ce qui se fera car il y a de la place au soleil pour tous.

Vous, en tant que citoyenne de ce pays, quel regard portez-vous sur sa situation socio-politique actuelle?

Je porte un regard observateur sur tout l’environnement.

Si vous aviez un mot à dire aux politiques et aux décideurs quant à la promotion du Slam, ce serait quoi ?

Remerciements sincères à ceux qui nous écoutent et nous soutiennent.

Aujourd’hui, vous déclamez sur des scènes. Et vous le faites très bien d’ailleurs ! Mais on sait que toute belle déclamation est l’aboutissement de plusieurs heures de dure rédaction. Alors, avez-vous en projet, de proposer une œuvre littéraire aux lecteurs ?

Oui bien entendu c’est prévu.

A quand aussi, un album slam d’AMEE ?

L’album est prévu pour 2019.

AMEE, nous sommes à la fin de notre entrevue. Que devrait  retenir l’opinion  en substance de cette rencontre avec vous ?

Je suis Amee, sorte de prêtresse dont le sacerdoce est de peindre des mots.

On a décidé de faire marcher ce qu’on veut et 2019 est l’année du slam !

Entretien réalisé par Elvis Ouffoué

Lemediacitoyen.com

 

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