Analyse/ Kémites, concept de renaissance africaine, et haine du christianisme / par Dr N’goran Bangali , historien

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Le concept "renaissance africaine" surfe aussi sur les travaux en égyptologie (DR)

Nous publions avec son accord, l’analyse du Dr N’goran Bangali au sujet de la renaissance africaine. Il critique chez les kémites, une vision « sectaire » et une « haine du christianisme ».

A ses débuts, le concept de RENAISSANCE AFRICAINE exerçait un attrait sur les consciences qu’il invitait à l’éveil et à l’afro-optimisme. Il exploitait la fascination et l’engouement créés autour des travaux en égyptologie de Cheikh Anta Diop, qui faisaient une rétrospective sur la grandeur perdue de l’Afrique. Cette restitution (scientifique) de sa négritude à la civilisation pharaonique étanchait la soif de revanche morale ressentie par la nouvelle génération africaine non-servile, née après les indépendances. D’où l’intérêt qu’elle suscitait.

LA SECTARISATION DU CONCEPT

Mais par la suite, l’idéal de revaloriser l’identité africaine, en la débarrassant des apories de l’eurocentrisme, connaît un accident de parcours. La trajectoire du concept dévia vers un dérapage spiritiste, sous la pression de son COURANT ÉSOTÉRIQUE au sein duquel se côtoient des afro-descendants adeptes du vodou, une poignée d’intellectuels animistes, quelques apostats, musulman ou chrétien débaptisés, des immigrés effarouchés par le racisme occidental anti-noir et une escouade de « bras-cassés » issus des rites occultes, sociétés sécrètes ou loges initiatiques.

La récupération par ce courant para-universitaire a complètement dénaturé le concept, et l’a fait sombrer dans un délire sectaire. Cette dégénérescence, en même temps qu’elle convainc les universitaires à prendre leur distance, a ameuté un essaim d’activistes suprématistes à l’instruction sommaire. De sorte qu’aujourd’hui, le concept de renaissance africaine se retrouve embourbé et limité à un anti-christianisme primaire.

Le sophisme qu’il défend à ce propos se résume ainsi : Pour ses concepteurs, l’Afrique ne peut réexperimenter la renaissance sans revenir aux traditions religieuses ancestrales. Or le christianisme, religion née en dehors du continent a inondé l’Afrique de ses enseignements. Donc pour réaliser la renaissance, il faudrait premièrement combattre le christianisme qui serait responsable du sous-développement pour avoir endoctriné les africains, et deuxièmement revenir à l’animisme.

À côté de ce premier sophisme vient d’émerger, très récemment un second qui encourage les Noirs à intégrer les loges maçonniques de rite égyptien, pour utiliser, une fois parvenus au sommet de la pyramide, leur position et ses influences dans le sens d’affranchir l’Afrique de tous les symboles de l’emprise étrangère. Rien que çà ?  Bref, c’est ce raisonnement anti-chrétien qui a poussé ces kémites ésotériques à récadrer, dernièrement sur facebook, Madame Simone Ehivet Gbagbo pour ses discours publics aux relents évangéliques.

LE VÉRITABLE PROBLÈME DE L’AFRIQUE

Nous réfutons cette dérive spiritiste dans la mesure où pour nous la renaissance africaine passe par une révolution de conscience, et rien d’autre. Car les causes endogènes, tout comme les facteurs internes aggravant les causes exogènes, démontrent que le problème qui bloque l’émergence l’Afrique est d’ordre moral, dans le sens de l’incivisme. Il est entre autres relatif à la corruption pratiquée à l’échelle industrielle, à l’ethnocentrisme rival de la citoyenneté nationale ou fédérale, à une culture du travail productif à refaire, ou au rapport addictif des élites au pouvoir, lesquelles tares sont instrumentalisées par l’impérialisme international.

Le salut de l’Afrique se trouve donc dans la moralisation des consciences. Et cette révolution des consciences, qui est déjà en marche dans certains États anglophones, puise son dynamisme dans toutes les sources de savoirs, universelles ou africaines, pour stimuler une génération afro-futuriste. La Bible, le Coran, l’ethnicité (différente de l’ethnicisme) la littérature grecque, les idéologies politiques du postmodernisme sont, avec leur quintessence idéelle respective, autant de recueils de valeurs à inclure dans cette quête de moralisation des consciences.

LES VÉRITABLES DÉFIS DE LA RENAISSANCE AFRICAINE

La renaissance de l’Afrique deviendra possible le jour où le chrétien africain ne se contentera plus de l’être à titre déclaratif en allant réchauffer les bancs de l’église chaque dimanche mais commencera à mettre en pratique les VALEURS DE PROBITÉ dont recèle la Bible. De même, l’héritage pharaonique contribuerait à l’éveil des consciences si elle s’appliquait à diffuser, par exemple, les ressorts idéologiques du PATRIOTISME PRO-THÉBAIN qui a porté le sursaut souverainiste du pharaon AHMOSIS Ier, qui reprit l’Égypte à l’envahisseur Hyksos.

Pour que cette renaissance devienne  possible, il nous faudrait aussi réussir à bâtir une citoyenneté moderne qui ne soit plus en conflit avec notre africanité.
Et enfin, l’éveil de l’Afrique prendra chair, le jour où nous réussirons à introduire nos enfants dans le champ du savoir par la porte de l’auto-créativité et non celle des écrans. C’est un autre défi à relever pour susciter une génération d’ingénieux, en lieu et place de ces consommateurs compulsifs que nous préparons dans nos différents foyers à l’aide de consoles addictives et d’écouteurs surwattés.

EN CONCLUSION

Contrairement donc à la branche spiritiste de la renaissance africaine, nous ne croyons pas que c’est en récitant une formule magique du LIVRE DE LA MORT de l’Égypte pharaonique que l’Afrique se développera en un clin d’œil. L’équation est plus complexe que ça. Et puis, question de cohérence, autant l’activiste kémite ne croit pas que l’Afrique sortirait du sous-développement à coup de jeûnes et prières, autant il ne devrait pas prétendre que la renaissance africaine se réaliserait à l’instant où tous les africains se tiendraient dans un « marigot sacré » pour invoquer les mannes d’ancêtres disparus il y 3000 ans. Je le répète, la renaissance de l’Afrique est conditionnée par une révolution des consciences. L’assujettir à des formules incantatoires est de la pure paresse intellectuelle déguisée.

Par Dr N’goran Bangali ,

historien, enseignant-chercheur

Lemediacitoyen.com

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