Dossier/ Participation politique de la jeune fille, un parcours de combattante

     Dossier. Elles luttent pour atteindre leur objectif commun. Celui de faire partie des instances de décisions évitant ainsi de toujours subir.  Bravant sans cesse les intimidations, le manque de soutien, les railleries, les violences psychologiques… les jeunes filles désireuses de faire la politique en Côte d’Ivoire tentent  toujours de garder la tête haute.

        Militante au sein du parti Alliance des Ivoiriens pour la Démocratie (AID) et secrétaire adjoint à l’implantation dudit parti, Annie Bah, raconte les peines auxquelles font face des jeunes filles désireuses de rentrer en politique«J’entretenais  un groupe de jeunes sur la politique il y a peu, lorsqu’un monsieur m’a dit un jour‘’Tu n’as pas peur de faire la prison Tu n’as pas peur qu’on te viol ? Ils vont te violer et t’emmener en prison’’. J’ai joué les dures, mais franchement ça m’a sonné ». « Il m’a ensuite dit qu’il voulait me montrer à quel point la politique n’est pas faite pour les femmes », se souvient la jeune dame de 33 ans.

         Poursuivant, Annie Bah indique, «quand tu exprimes ton désir de faire de la politique, les parents pensent qu’ils seront décimés. Dans les partis, certains disent que nous sommes là pour faire des rencontres amoureuses. L’entourage nous enlève l’estime de soi. Il ne nous laisse pas d’espace. Nous avons peur d’être vilipendées. Nous avons peur de la moquerie… ».

Dossier participation politique de la jeune fille

       L’ environnement actuel est peu favorable à l’évolution des jeunes femmes en politique. Comme Annie Bah, Angelina Niangoran, Secrétaire à l’organisation ‘’Peace in campus’’, une organisation qui milite pour la cause féminine, le leadership féminin, le bien-être social et la prise de contrôle dans les affaires publiques , politiques économiques culturelles et sportives des jeunes femmes, vit et évolue dans cet environnement compliqué . Bien qu’inscrite dans un parcours dénommé philosophie politique et moral, son entourage l’encourage peu lorsqu’elle exprime son désir d’embrasser une carrière politique.

       «Lorsque j’ai voulu faire de la politique beaucoup de gens se sont moqués, des proches des condisciples, c’est vrai que je suis inscrite dans ce parcours mais même là, j’ai l’impression d’y être juste pour valider les modules. Quand je parle de politique, c’est comme si je n’avais pas le droit et on se met à me railler », témoigne-t-elle.

         Selon le psychologue clinicien et psychopathologue, Kokoué Assouan Guillaume, cet environnement difficile peut se révéler avantageux ou désavantageux. Mais, cela dépendra des forces et faiblesses de chacune d’entre elles. « Il peut y avoir de l’impact psychologique réel notamment le découragement, elles vont se sentir délaissées surtout humiliées, elles vont s’isoler et dans le pire des cas abandonner.

        A l’inverse, celles qui ont le désir ardent de réussir, vont redoubler d’effort. Ça sera pour elle l’occasion de montrer qu’elles peuvent dépasser tous les obstacles, elles vont même trouver des alliés parmi ces personnes qui les rabrouent, elles vont tout faire pour faire comprendre leur combat », explique-t-il.

      En Côte d’Ivoire, la participation politique des femmes est en baisse. N’Dete Clovis Delacroix Expert en genre, droits humains, démocratie et bonne gouvernance, reconnait que les obstacles à la participation politique des femmes sont les violences faites à ces dernières, les blocages institutionnels, socioculturels et  psychologiques.                     Conséquences, « le troisième gouvernement du premier ministre Amadou Gon Coulibaly formé le 4 septembre 2019 comptait 50 membres dont 8 femmes soit 16% réaménagé  le 13 avril 2020, le gouvernement compte 55 membres dont 8 femmes soit 14,55%. Sur 15 institutions et organes, nous avons 2 femmes soit 13, 33%.    Au conseil économique environnemental et culturel sur 115 membres il y a 28 femmes soit 24,34%. Directeurs de cabinets 6 femmes sur 48 soit 12,5%. A la CEI il y a 4 femmes sur 15 soit 26, 66% et 12 femmes sur 52 magistrats soit 23,07% ».

      Consciente de ce fait, ces jeunes femmes qui ne savent que faire en pareille situations, ne veulent plus lutter individuellement. Elles souhaitent la mise en place de formations réelles ayant pour but de les aguerrir.

        « Nous ne sommes pas formées, on tâtonne »

         « La formation est beaucoup plus théorique. Il n’y a pas ou si elles existent ne sont pas connues, de plateformes qui forment à la chose technique », déplore Angelina Niangoran.

       Annie Ba,  pour sa part, est impatiente. « On tâtonne. On a des problèmes pour s’exprimer. On a peu à dire, vivement les formations», souhaite-t-elle.

 

       Pour les aider à faire face aux problèmes qu’elles rencontrent, des organisations de la société civile  tentent de former ces jeunes filles. C’est le cas de l’Organisation Nationale pour l’Enfant, la Femme et la Famille (ONEF) « Nous faisons partie d’une faitière dénommée Groupement des organisations féminines pour l’égalité hommes/femmes (Gofehf). Notre projet initial, ‘’Pépinière des femmes et des jeunes filles en politique’’, initié en novembre 2019, regroupe plus de 30 organisations de jeunesse qui travaillent sur le leadership et la participation de la femme à la vie politique», indique Marie Nadège Attobra, Assistante-programme à l’ONEF.

 

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          Dans la même veine, le programme du Comité de coordination pour la participation politique des femmes (2c2pf), une plateforme des organisations de la société civile qui œuvre à l’amélioration de la représentativité des femmes dans les assemblées élues et dans les sphères de décision organise des séances de coaching via programme de mentorat. « Ce programme va durer six mois. 

       Les femmes expérimentées vont coacher les jeunes filles. Nous sommes dans la phase de présélections des mentors et des jeunes filles. Au-delà, nous avons une autre activité dénommée l’école des candidates dans laquelle nous allons former les candidates aux processus électoral, à la prise de parole, à la recherches des financements…,», révèle le Chargé de programme et de la communication au sein du 2c2pf  N’Dete Clovis Delacroix.

           D’autres actions sont également en vue pour permettre aux jeunes filles désireuses de faire de la politique d’évoluer dans un environnement sain. Certains partis politiques ne veulent pas rester en marge de la lutte, malgré le peu de moyens dont ils disposent.  C’est le cas de L’AID et le Sursaut National Côte d’Ivoire. Deux nouveaux partis. « Quand les conditions seront optimales on fera des formations par nous-même et aussi par des ONG internationales dédiées à la démocratie On créera les conditions de formations », révèle Brou Françoise, Secrétaire Générale de l’AID.

           Au Sursaut National Côte d’Ivoire certaines actions sont déjà en cours  « Nous les motivons, les encadrons, nous les formons et nous leur donnons les aptitudes pour être leaders. Nous leur demandons de rester fixées sur leurs  objectifs sans se décourager », souligne le Président du parti centriste, Marcellin Kouamé.

 Les actions du gouvernement pas encore opérationnelles

      Quelles sont les actions du gouvernement pour permettre à ces filles d’évoluer dans un environnement sain ? Les activités du gouvernement en vue d’épauler les jeunes filles désireuses de faire de la politique sont encore en projet. Comme le 2CP2F, un ensemble d’activités est prévu. Il se tiendra bientôt, selon la Directrice du genre et de l’équité au ministère de la Femme de la famille et de l’enfant Florence Tano.

         « Nous prévoyons en ce mois de septembre, organiser un renforcement de capacités en matière de genre et de développement, en matière de nouvelles lois votées. Après, nous allons les former au mentoring pour les jeunes filles. C’est tout un programme.» a-t-elle détaillé.

          A l’en croire, ladite formation sera multi dimensionnelle. «  La recherche de partenariat, de financement mais surtout de leadership, la prise de parole, l’art oratoire, la tenue, le comportement tous les aspects seront abordés pour que nos jeunes filles puissent avoir tous les atouts nécessaires au plan mental, physique, intellectuel… Bientôt, nous allons lancer cet appel et les filles qui veulent entrer en politique viendront s’inscrire au regard des critères que nous allons énumérer. Il y aura du coaching de l’accompagnement des exercices terrain », a-t-elle précisé.

Marina Kouakou

Lemediacitoyen.com

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