Fact-checking/Economie : 6 fausses informations qui circulent sur le CEDI et le CFA



Une publication de Team2Faso faite le 16 Février 2022, ayant défrayé la chronique sur les réseaux sociaux, fait une comparaison entre le Cédi, monnaie Ghanéenne et le Franc CFA. Cette publication sur Facebook a obtenu plus de 748 mentions j’aime, 242 commentaires et 151 partages. Elle a été relayée par plusieurs profils et pages Facebook ainsi que des médias en ligne tels que Relais Infos, First magazine officiel, etc…

    1- LA VALEUR REELLE DU CEDI PAR RAPPORT AU CFA N’EST PAS 125 ET 135 F CFA

    Le Cédi fluctuerait entre 125 et 135 FCFA selon la publication de Team2Faso. Des recherches effectuées sur Xe.com qui est le site d’une société d’outils monétaires et de changes basée au Canada, ont révélé que sur les 5 dernières années, le taux de change du Cédi GHS face au Franc CFA a fluctué entre 156 et 88. Néanmoins, depuis deux ans, il tourne autour de 90 et 100 FCFA. En outre, de février 2021 à février 2022, la valeur du Cédi GHS n’atteint pas les 100 Francs CFA, soit une variation allant de 96.85 FCFA à 88.17 FCFA. En outre, le Cédi, contrairement au CFA, obéit à un régime de change. Elle est qualifiée de monnaie flottante. « Une monnaie flottante est une monnaie dont le taux de change varie librement. C’est une monnaie du régime de change flottant (ou flexible) qui fluctue en fonction de l’offre et la demande des devises », explique Salifou Coulibaly, économiste.
    Ainsi, le CFA contrairement au Cédi, est une monnaie qui demeure fixe et statique par rapport à l’euro auquel il est arrimé. Le mécanisme de l’arrimage suppose une monnaie fixe et convertible telle l’euro qui parraine l’autre qui est en l’espèce le F CFA. Ce type de monnaie a fait l’objet de nombreuses études dont l’article de l’économiste Français, Patrick Artus, intitulé ‘’CHANGE-Les régimes de change’’ où il révèle que la différence entre les régimes de changes se trouve au niveau des banques centrales ; les unes interviennent sur le marché des changes en vendant leur devise à l’étranger pour l’équilibre et les autres n’y interviennent pas.

Cf Xe- Graphique du taux de change du GHS/CFA (1an)
Cf Xe- Graphique du taux de change du GHS/CFA (5ans)

 

    2-LA COTE D’IVOIRE, PAYS DE LA ZONE FRANC FAIT REGULIEREMENT PARTIE DU TOP 10 DES ECONOMIES LES PLUS FLORISSANTE D’AFRIQUE

    • Qu’est-ce qu’une économie florissante ?
« Une économie florissante est une économie dont les indicateurs de performances économiques sont à la hausse. Il s’agit entre autres d’une hausse du PIB (Produit Intérieur Brut), du PND (Produit National Brut), une baisse du taux de chômage, une hausse des salaires… Le PIB et le PND sont mesurés pour évaluer le dynamisme de l’économie d’un pays sur une période donnée et la richesse produite par les ressortissants résidents et non ». A répondu l’expert, Salifou Coulibaly.
• Des données de la banque mondiale et de la banque Africaine de développement
Les données de la banque mondiale montrent que la Cote d’ivoire, pays faisant partie de la zone franc, en 2013 et en 2014 figurait dans le top 10 du classement mondial des pays ayant une plus forte croissance économique. Les pires années de récession de la Cote d’Ivoire étaient 2011, année de la crise post-électorale et l’année 2020, année où est survenue la pandémie de la Covid-19 ayant impacté toutes les économies du monde.

    De plus, un rapport publié par la banque Africaine de développement (BAD) sur les perspectives économiques africaines en 2021, révèle que la Cote d’Ivoire figure au nombre des pays à fort taux de croissance économique en 2021. Selon ledit rapport, l’économie ivoirienne devrait connaitre une forte relance avec une croissance du PIB de 6,2 en 2021 et de 6,5 en 2022. Quant au Ghana sa croissance économique devrait passer à 4% en 2021 et à 4,1% en 2022.

Les notes prévisionnelles de la BAD sur le Ghana
Les notes prévisionnelles de la BAD sur la Cote d’Ivoire

 

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    3-LE FRANC CFA NE RELÈVE PAS D’UNE ÉMOTION, IL NE PEUT ÊTRE DEVALUÉ SELON LES HUMEURS DES FRANCAIS

    • Qu’est-ce que la dévaluation ?

Selon les réflexions de l’expert Salifou Coulibaly, la dévaluation est une baisse de la valeur de la monnaie nationale par rapport aux autres monnaies décidées par un Etat. Ce sont les autorités du pays qui décident d’abaisser le taux de change de la monnaie par rapport à une monnaie de référence. En effet, ce système n’est possible que dans un régime de change fixe où la monnaie est fixée par rapport à un « étalon » de référence à savoir un métal, une monnaie ou un panier de monnaie du pays et pour améliorer la balance commerciale, c’est-à-dire le compte qui retrace la valeur des biens importés et exportés. Ainsi, la dévaluation est une diminution de la valeur de la monnaie nationale par rapport aux devises étrangères.

  • Non, le Franc CFA ne peut être dévalué selon l’humeur des Français 

« Le mécanisme de la dévaluation est un peu complexe que ça. Il existe un comité de politique monétaire de la BCEAO, (Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest) et de la BEAC, (Banque des Etats de l’Afrique Centrale), constitué d’experts en économie monétaire et financière qui siège et justifie la dévaluation ou l’évaluation sur la base d’études empiriques. Par ailleurs, bien qu’il y’a eu 17 dévaluations du franc CFA entre 1928 et 1983, la dévaluation est faite pour un but précis. Le but attendu est de rétablir la compétitivité des produits nationaux sur les marchés extérieurs, de faire diminuer les importations. Il s’ensuit une amélioration de l’équilibre de la balance commerciale », détaille ce spécialiste.
   

     4-LES ÉCHANGES ENTRE LES PAYS DE LA ZONE FRANC ET ENTRE LES AUTRES PAYS NON ISSUS DE LA ZONE FRANC

Le CFA facilite les échanges entre les pays de la zone franc vu que ceux-ci détiennent tous des comptes au sein de la même institution financière qu’est la BCEAO.              Aussi, les particuliers n’éprouvent aucune difficulté, puisqu’il s’agit de la même monnaie, ils ont la possibilité d’échanger librement. Cependant, les autres pays non issus de la zone franc doivent transiter leurs fonds via un compte d’opération pour la conversion de l’euro en CFA. Le CFA étant arrimé à l’euro, toutes transactions vers les pays de la zone franc doivent se faire via le trésor français.
   

     5-LE MODÈLE ÉCONOMIQUE DU GHANA N’EXCLUT PAS L’INTERDÉPENDANCE ÉCONOMIQUE

Le cédi, devise officielle du Ghana depuis 2005 révisée le 03 juillet 2007, n’est pas émise par les institutions monétaires de la zone franc et n’est pas garanti par le trésor Français comme le cas de la zone franc. Cependant, aucune économie n’est souveraine, les économies sont interdépendantes. Le Ghana n’est pas totalement souverain économiquement, réagit Salifou Coulibaly. Il explique que le Ghana a des partenaires commerciaux notamment les occidentaux et les pays du sud avec lesquels il échange des biens et services car il ne peut rester dans une situation d’autarcie. De plus, selon lui, le Ghana ne possède pas d’usines de transformation des matières premières comme le cacao qu’il exporte.

    6- À QUI PROFITE REELEMENT LE CFA ?

Le postulat selon lequel le CFA profite uniquement à la France est sujet à de nombreuses controverses. Les pays de la zone franc bénéficient d’une stabilité de leur monnaie qui est fixe par rapport à l’euro. De plus, les investisseurs tout comme les banques n’ont pas à craindre une dévaluation répétitive de la monnaie nationale. Cette idée est soutenue par l’économiste Togolais Michel Nadim Kalife, dans sa réflexion sur les avantages du FCFA parue dans l’article de l’article de financialafrik.com publié le 1er Mai 2021.

Le rapport de dépendance du FCFA à l’euro est le principal inconvénient du CFA. En effet, les pays de la zone franc disposent 50 % de leur réserve d’or au trésor Français ; ce qui fait de la France le détenteur de la quatrième réserve d’or au monde selon le site la banque-france-Fr. C’est un inconvénient pour les Africains dans la mesure où cela fait planer encore le spectre du néocolonialisme, observe l’article de l’AFP publié le 09 avril 2016 publié par SlateAfrique.com.

     CONCLUSION

Les données de la Banque Mondiale, et de la banque Africaine de développement, les recherches effectuées sur les sites économiques, les articles d’économistes ainsi que les réflexions de l’économiste Salifou Coulibaly révèlent six fausses informations contenues dans cette publication. Il s’agit notamment de celles relatives à la valeur réelle du cédi, la situation économique des pays utilisant le CFA, la dévaluation du Franc CFA, la souveraineté économique du Ghana.
Ces informations sont susceptibles de tromper le public.

 

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Victoire Kouamé

 

Lemediacitoyen.com

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