Libre Opinion/ Recette pour sauver le cacao ivoirien / par Gisèle Doh

Au pays du premier producteur de cacao, le chocolat a un gout amer qui risque de virer à l’aigre s’y l’on n’y prend garde. Des épices provenant d’une petite île des caraïbes pourraient impacter positivement sa saveur. En Côte d ivoire, la majorité des planteurs, vit en dessous du seuil de pauvreté. Le chocolat, reste une denrée de luxe pour l’ivoirien lambda. La dévastation des forêts par la cacao culture, représente un défi environnemental qui est encore loin d’être relevé.

Le premier producteur de cacao a faim de chocolat équitable

« Le succès de notre pays repose sur l’agriculture » nous disait-on, ce Slogan nous a été servi à toutes les sauces, si bien qu’on a fini par y croire. L ‘un des produits phare de notre agriculture, c’est l’or brun, le cacao. La Côte d’Ivoire est le premier exportateur de cacao. Une première place qui nous remplit d’orgueil et qu’on n’hésite pas à exhiber à la face du monde.

Être premier, ce n’est certes pas négligeable, mais cette première place profite-t -elle à ceux qui y contribuent ? Profite-t-elle à ces braves paysans qui butinent comme des abeilles pour que la ruche tienne ? Savent-ils au moins à quoi sert ce produit ? la majeure partie des Ivoriens, sait que le chocolat est fait à partir du cacao, mais en consomment-ils ?

La réponse est hélas ! NON. Le chocolat est considéré comme un produit de luxe et l’ivoirien lambda n’y a toujours pas accès. Au pays du cacao, la maxime « le cordonnier est mal chaussé » prend tout son sens. En 2019, la Côte d’Ivoire ne transforme toujours pas la moitié de son cacao. Les planteurs, soumis au bon vouloir des acheteurs véreux, malgré quelques avancées notables pour réguler le prix, n’ont pour la plupart, aucune idée, de la valeur de cet or, qu’ils ont entre les mains.

Petite, j’allais avec ma famille en vacances dans l’ouest de la Côte d’Ivoire, chez nos grands-parents qui avaient des champs de cacaoyers.

Ils ne savaient pas grand-chose de la destination finale de leur cacao, mais savaient que cette matière était très prisée par les occidentaux et que la culture de celle-ci, permettrait, d’obtenir une rémunération pécuniaire.

Le cas de nos grands-parents, ne devait certainement être isolé. Les planteurs restent le maillon faible de la chaîne de valeur du cacao, malgré leur contribution indispensable.

La méconnaissance du produit qu’ils cultivent, a été exposée de façon criarde, dans le documentaire d’un journaliste de VPRO sur Metropolis.

Difficile de les blâmer, la culture du cacao n’a pas été sciemment choisie par les africains, mais imposée par les colons, avec pour objectif premier d’en contrôler la production et s’assurer de pouvoir alimenter leur industrie.

L’origine du cacao, ce cadeau divin et sa rencontre avec l’Afrique

Les portugais l’introduisirent d’abord à Sao tome et Principe en 1745. Il s’étendit ensuite en Afrique, notamment au Ghana et en Côte d’Ivoire.

Et si les colons n’avaient été qu’un moyen, malgré eux pour la transition du cacao en Afrique ?

En lisant les lignes historiques, on peut déduire que sa rencontre avec notre continent, n’est pas fortuite.

Nourriture des dieux d’où son nom latin Théobroma, le cacao était prédestiné à rencontrer l’Afrique terre des légendes et demi-dieux.

Plus de 2000 avant JC, quelque part en Amérique du sud(?) les olmèques, se délectaient déjà des dérivés de ses fèves. Il conquit ensuite les mayas et les aztèques. La légende la plus connue émane de la culture aztèque.

Selon celle-ci, le dieu Quetzalcóatl qui régnait sur la cite de Tula et possédait de grandes richesses, aurait offert dans un élan de générosité aux hommes ce cadeau divin qu’est le cacao.

Il leur en apprit la culture.

Jaloux de son règne, trois sorciers arrivèrent à Tula et lui proposèrent une boisson censée étendre son règne, mais celle-ci s’avéra être un poison qui lui fit perdre la tête. Il abandonna alors les siens et disparu sur un radeau fait de serpents entrelacés. Mais avant, il fit la promesse à son peuple qu’il reviendrait un jour, pendant l’année de roseaux.

Au XVIe siècle, le conquistador Hernandez Cortez débarqua sur les terres aztèques. Hasard opportun pour lui ,1519, année de son arrivée, correspondait à une année de roseau.

Voyant cet homme blanc, venu de la mer sur un cheval, les aztèques crurent au retour de Quetzalcóatl. Hernandez fut reçu avec honneur par le roi Moctezuma qui lui offrit la boisson réservée au dieux, le cacao

Il trouva la boisson certes amère, mais lui reconnut des vertus thérapeutiques. (Résistance de l’organisme, efficace contre la fatigue). Son équipage et lui la buvaient en remplacement du vin.

Parti à l’aventure pour faire fortune, Hernandez flaira que ces fèves qui servaient de monnaie et de boisson était remplies d’opportunités pas encore explorées.

Profitant des avantages que lui conférait son statut de réincarnation du dieu Quetzalcóatl et du contrôle qu’il exerçait sur cette partie du monde, il expédia des cargaisons de fèves en Espagne au roi.

La suite des choses nous la connaissons. Le cacao suivra son destin. Il rencontrera d’autres substances comme le sucre et le miel qui sans le dénaturer, atténueront son goût amer et le déclineront sous plusieurs formes. D’abord destiné aux nobles et aux rois en occident il s’étendra à toutes les couches sociales. Son succès à travers les époques, les classes sociales, les continents n’est plus à démentir. Il est même ancré dans les mœurs et traditions en occident.

Pour les habitants de la terre d’éburnée loin d’être un cadeau, le cacao commence à ressembler à une malédiction.

Mott Green , la réincarnation de Quetzalcóatl à Grenade

Mon voyage à Grenade communément appelé l’île des épices cette année m’a fait voir une autre façon de produire le cacao dont pourrait s’inspirer la Côte d’Ivoire. Ce petit bout d’Afrique dans les caraïbes utilise les délicieuses fèves produites, à bon escient, pour le bien être de sa population.

La grenade n’est certainement pas classée parmi les cinq premiers producteurs mais peu importe, car elle n’a rien à envier aux autres pays producteurs.

Elle a eu le privilège, de voir Quetzalcóatl réincarné en Mott green, effectuer son retour tant attendu sur ses terres.

La fabrication du chocolat sur l’île est intimement liée au nom de Mott Green.

Visionnaire et épris de justice, il a voulu que le cacao profite à ceux qui le cultivent.

Cela passait par sa transformation sur l’île. Il mit en place une structure, pour développer un chocolat certifié Bio fabriqué de façon artisanale.

Les fèves des paysans étaient achetées à des prix justes et la fabrication faite de façon durable.

C’est ainsi que vit le jour la première usine de l’ile en 1999.

Grace à lui, l’île a connu une révolution « de l’arbre à la tablette » avec 5 ingrédients de base :

-Ajout de la valeur aux fèves

Sur cette petite île d’une superficie de 350 km2 il y a déjà 4 usines actives pour transformer le cacao en produits finis ou semi finis. Contre 1 en Côte d’Ivoire pour une superficie de 322 463 km2.

– La qualité plutôt que sur la quantité

Le cacao est récolté à la main et la production est faite de façon artisanale. La Grenada chocolate company qui rassemble maintenant 30 fermiers, produit essentiellement du chocolat bio.

-Prix équitable pour les paysans

Même si le prix est régulé par la GCA, les fermiers disposent d’autres alternatives. Les fèves certifiées Bio sont achetées à des prix plus élevés par la grenada chocolate company.

-Développement de l’agro tourisme

Le secteur du tourisme est organisé autour du cacao. Il est possible de visiter des usines et champs de cacaoyer pour expérimenter la culture, la production et la transformation.

Sur l’île un festival du chocolat se tient chaque année.

Il permet de mettre en valeur le chocolat et autres produits dérivés.

Les visiteurs peuvent visiter des fermes, fabriquer leur propre chocolat organique. Faire des activités autour du chocolat comme le yoga.

-Eduquer la population

A Grenade le coté pédagogique est aussi pris en compte.

ST Georges dispose d’un musée du chocolat « House of chocolate « dans lequel le cacao et sa transformation sont présentés sous forme éducative.

Ce musée combine l’utile à l’agréable et permet d’apprendre de manière ludique l’histoire du chocolat.

On peut aussi y déguster des produits dérivés du cacao et participer à différents ateliers.

Les vertus du cacao sont connues de la population grenadienne comme j’ai pu le constater lors de mon séjour sur cette ile.

Il arrive qu’il soit cultivé pour consommation personnelle sous forme de thé, de chocolat chaud.

Dans les différents marchés visités, j’ai pu rencontrer des jeunes gens qui vendaient des produits cosmétiques faits à base de fèves de cacao.

La recette de l’île Grenade une solution savoureuse pour la Côte d’Ivoire

Même si la Côte d’Ivoire est encore loin de schéma. Voir du chocolat éthique à grenade me fait penser que, la cacao culture pourrait être tourné à notre avantage, si on s’en donne les moyens.

Que ce soit au niveau du tourisme, de l’éducation, des conditions de vie de nos planteurs et l’environnement, La Côte d’Ivoire accuse un retard malgré la poussée d’initiatives à encourager comme celle du chocolatier Axel.

Beaucoup de rapports alarmants soulignant la dégradation de nos forêts comme ceux de mighty earth sont à prendre au sérieux.

Pourquoi ne pas essayer la recette épicée de l’ile grenade pour sauver notre cacao ?

Un zeste d’équité, une once d’éducation, un peu de valeur ajoutée, pourrait constituer un cocktail chocolat aux saveurs exquis qui aurait le même goût pour tous les éléments de la chaine du cacao du planteur ivoirien au consommateur européen.

References

http://www.mightyearth.org/an-open-secret-illegal-ivorian-cocoa/

https://www.grenadachocolate.com/

https://www.grenadachocolatefest.com/

 Une contribution (texte et images) de Gisèle Doh,

fille de planteur, de retour de l’île Grenade

Lemediacitoyen.com

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