Lier la Carte d’identité qu’aux élections, un pêché par action, voici le fautif

CNI
CNI gratuite pour les uns, payante pour les autres. (DR)

Une petite réflexion sur la carte nationale d’identité et la phase 2 du dialogue politique sur le code électoral.

Le premier point concerne la carte nationale d’identité, c’est un acte administratif permettant d’ouvrir un compte bancaire, de voyager en toute quiétude, de s’acheter une puce téléphonique, de se marier, de faire une déclaration de naissance, de retirer de l’argent à la banque, de justifier la prestation à des services, de faire des transactions d’achats et de vente, etc.

Au total, la CNI ne sert pas uniquement à se rendre dans un bureau de vote. Mais principalement dans notre pays, nos politiques dévouent, et vouent une unique identité à la CNI, celui du vote, des élections. Pourquoi lancer une opération d’enrôlement et d’établissement des CNI à 8 mois des élections ? Si ce n’est que conférer à cette pièce administrative , un extrait de naissance dont le nom du père est : « élection présidentielle » et le nom de la mère « bureau de vote », et le lieu de naissance 31 octobre 2020.

Nous voilà encore lancés dans une course poursuite vers la CNI pour servir la cause des politiciens ivoiriens. Nous savions tous que les CNI expiraient en 2019. Alors, pourquoi cette attitude du gouvernement ? Pourquoi ne pas démarrer cette opération deux ans avant ? Le faire maintenant ne peut que créer un climat de méfiance et suspicion entre pouvoir et opposition. D’ailleurs, ils ne se font jamais confiance. La foire à la CNI a débuté. Au PDCI, son président demande que les cadres mettent la main à la poche pour aider leurs militants à obtenir leurs CNI.

Au Rhdp, on donne une nouvelle identité à la CNI. « Le pouvoir se trouve dans la carte d’identité », a déclaré le maire de Bassam Jean-Louis Moulot le 22 février 2020. Le premier magistrat de cette commune et le député de la même localité ont mis 1 million à la disposition de leurs militants pour acquérir leurs CNI. Pouvoir et opposition vont claquer dans les jours à venir des billets de banque pour permettent à leurs militants d’avoir leurs CNI. Et ceux qui ne militent dans aucun parti que feront-ils ?

C’est malheureux pour notre pays. La CNI est devenue une offre promotionnelle des politiciens. Ne pas rendre la CNI gratuite permettra aux uns et autres de démontrer leur « travaillement » comme le disent les artistes du coupé décalé. Que c’est ridicule !

Second point, le dialogue politique sur le code électoral. Le gouvernement et l’opposition nous disent qu’il y a des points de convergences, des divergences et des désaccords. Conclusion, le dialogue est terminé, pas de signature. Alors que peut-on attendre d’un dialogue où les partis repartent chacun avec son opinion sans consensus véritable et sans signature? Véritablement, rien n’est rassurant à 8 mois des élections. « Les conclusions de ces discussions seront examinées par le Conseil des ministres par son Excellence le président de la République. Le projet de loi qui en sera issu sera transmis au Parlement », a annoncé le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly lors de sa conférence de presse du jeudi 20 février 2020.

Il faut comprendre que sans un consensus et les signatures des acteurs, le document partira à l’Assemblée nationale tout simplement et sera voté. Alors pourquoi ce simulacre de dialogue ?

A mon avis, le dialogue doit continuer et avoir un point d’ancrage qui est l’apaisement et le consensus. Les discussions sur l’organisation des élections auraient pu débuter depuis les années antérieures. Je me demande si les ivoiriens en général, et les politiques et surtout les houphouétistes ont vraiment la culture du dialogue qui a été longtemps loué par le premier président de ce pays. Pour preuve le discours du président Alassane Ouattara le 14 février 2020, à Paris lors de l’inauguration de la Bibliothèque Félix Houphouet Boigny : « Je voudrais revenir à l’un des legs politiques de Félix Houphouet Boigny : le dialogue. Houphouet Boigny s’appliquait à lui-même l’éthique du dialogue dans le règlement des conflits sociopolitiques survenus pendant sa gestion des affaires publiques. Il avait institué des conseils nationaux comme des tribunes ouvertes de paroles libres ou l’ensemble des forces sociales s’exprimaient. La décision se prenait par consensus au terme de longues journées délibératives dont il faisait la synthèse ».

Ces conseils nationaux ne peuvent-ils pas être institués à nouveau pour permettre au peuple de se prononcer sur des sujets importants comme la réconciliation, la justice, le code électoral, la CNI, la CEI, etc… Il faudrait un jour que le peuple prenne son destin en main. Je préfère un dialogue long, inclusif aboutissant à un vrai consensus, qu’un dialogue avec des artifices, précipité, au pas de course, comme si on était pressé de valider un ticket de pari électoral de 2020.  

N’Dri Koffi

lemediacitoyen.com 

 

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