Psychose Covid-19, Bangolo, le maire à la population : “On ne peut pas vous cibler pour  vous donner la maladie »

    La psychose Covid-19 mêlée de fake news a gagné la ville de Bangolo, (ouest ivoirien), dans la nuit du mardi 7 avril 2020. Roger Gah, maire de la localité dresse le point de la situation le jour d’après et appelle à la vigilance. Interview. 

     Quel est le point de la situation en ce mercredi 8 avril 2020 à Bangolo après la manifestation hostile de  la nuit?

    A cette heure précise (13h) le calme est revenu. Il y a eu une reunion tout à l’heure au niveau de la Prefecture avec toutes les sensibilités de Bangolo. Les chefs de famille, les  responsables d’associations , les associations de jeunesse… pour faire comprendre qu’il faut que tout le monde se calme.

    D’où est partie la rumeur dans la nuit du 7 avril pour que des jeunes manifestent contre le camion de la nouvelle pharmacie de la santé publique?

    Un camion de livraison de la pharmacie de la santé publique est arrivé à Bangolo avec une commande faite par l’hôpital général. Cette commande concerne les kits et les médicaments d’accouchement. Cela, pour les hôpitaux de la région , y compris l’hôpital de Bangolo. Le camion s’est arrêté à Bangolo aux environs de 21 heures. C’est en ce moment que le Directeur Départemental de la Santé  a dit aux occupants du camion que, compte tenu du couvre-feu,  ceux qui sont commis au déchargement ne pouvaient pas le faire. Il fallait que le camion attende le matin .

    A notre grande surprise, les jeunes sont entrés en colère dans la ville.  Ils   auraient reçu des coups de fil disant que le camion contient des vaccins anti coronavirus pour être administrés aux populations de Bangolo.

    Avez-vous des informations sur l’identité de ceux qui propagent  ces fausses informations?

    Je me suis fait représenter à la reunion de ce jour à la préfecture de Bangolo. Car, je me prépare pour envoyer le matériel aux populations depuis Abidjan.

    Après la réunion  qui a eu lieu, on ne sait pas encore qui sont les meneurs et de qui les jeunes tiennent ces fausses informations. La pharmacie de la santé publique a l’habitude de livrer les medicaments à Bangolo sans problème.

 

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   On se rend compte qu’à côté du coronavirus, le virus de la fausse information gagne du terrain. Quels sont les mécanismes mis en place à Bangolo pour prévenir  les situations comme l’événement de mardi ?

    Dans l’urgence mardi nuit, j’ai appelé le maire résident , le préfet et les autorités de la ville . Je suis intervenu en direct à la radio communale et après mon intervention à la radio, certains jeunes ont commencé à regagner leur domicile. Cela a contribué à décrysper l’atmosphère. Mais il faut aussi dire que d’autres étaient restés sur les lieux.   

    Ce matin, le préfet a associé les  chefs de famille , les  chefs de quartier et les chefs de village pour inviter au calme. Mais aussi pour  prévenir contre les fake news  et les risques d’instrumentrialisation en cette période de surveillance contre le coronavirus.

    Il s’agit de la santé de tous, de la santé de nos parents. Finalement, le camion n’a pas déchargé les medicaments à Bangolo. L’hôpital général de Bangolo est obligé d’envoyer des émissaires pour récuperer les médicaments à Man. Et entre temps, s’il y a des urgences sanitaires, ce sont les mêmes populations qui seront impactées. Les populations ont été sensibilisées sur ce fait également. 

    Les forces de sécurité à Bangolo sont-elle associées à la gestion de cette crise sanitaire mêlée de fakenews et de psychose ?

    A Bangolo,  nous n’avons pas de Police. Nous avons une gendarmerie. C’est la gendarmerie qui a sécurisé le camion de médicaments mardi nuit . Et comme tôt ce matin, il y avait encore quelques  jeunes qui s’opposaient, le camion est parti à Man. Si les forces de l’ordre réagissaient de force, on ne sait pas ce qui se serait passé. Je pense que la gendarmerie a été sage de sorte que nous puissions échanger avec les habitants comme ce fut le cas à la préfecture ce mercredi.

    Vous évoquiez votre passage à la radio communale. A ce niveau qu’ est-il prévu pour accompagner la sensibilisation en cette période? 

     Avant mon arrivée à la tête de la mairie, le conseil regional sortant avait mis une radio en place. Cette radio fonctionne.   A mon arrivée, j’ai aussi mis en place une radio communale également fonctionnelle.

Psychose Covid-19 à Bangolo
Une vue du matériel d’hygiène à acheminer à Bangolo (LMC)

    Depuis l’avènement de ce virus, les radios locales sont invitées à sensibiliser et elles le font. Notre appel à l’apaisement en direct sur la radio Zegahi a eu des résultats.

 

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    Quelle est la collaboration entre l’Etat et les collectivités  sur la question du coronavirus en l’état actuel des choses?   

    Les directives sont les mêmes. La sensibilisation sur les gestes barriere.

Ce sont les mêmes conseils que nous donnons à nos parents. Tout le monde n’a pas accès aux outils d’informations. Nous pensons au porte à porte. Pour le moment, nous sensibilisons dans les marchés. La jeunesse a mis en place un comité de sensibilisation. C’est une bonne chose et elle aura l’appui de la mairie.

    Le gouvernement nous a remis des kits à distribuer et nous avons nous-mêmes mêmes aussi à notre niveau, fait des efforts. J’ai acheté du materiel et j’en attends de supplémentaire pour les acheminer à Bangolo.

Psychose Covid-19 à Bangolo
Covid-19, la dotation du gouvernement pour la commune de Bangolo se met en route (LMC)

    Nous les remettrons au comité pour distribuer dans les villages  tout en sensibilisant sur les gestes barriere. C’est un matraquage de sensibilisation que nous entamons car beaucoup pensent que cette maladie ne fait rien à une personne de race noire.

     Avez-vous un message particulier à addresser ?

Nous demandons à nos parents, à nos amis, à tous ceux qui vivent à Bangolo de ne pas réagir sous l’effet de l’émotion devant certaines informations sur les réseaux sociaux. La maladie à coronavirus ne trie pas. On ne peut pas cibler une population pour  lui donner la maladie.

Interview réalisée par

Nesmon De Laure

Lemediacitoyen.com

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