Portrait/ Conceptrice des « gilets orange», Pulchérie Edith Gbalet, plus de 15 ans d’engagement citoyen

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Edith Pulcherie Gbalet, un engagement pour la justice sociale (DR)

De la lutte corporatiste à l’engagement pour la démocratie et la  lutte contre les injustices sociales. L’ivoirienne Pulcherie Edith Gbalet franchit le pas.  Après 6 ans de syndicalisme à la centrale Dignité, elle porte depuis 2011, l’habit d’activiste pour  la démocratie et la dignité humaine. Son concept « gilets orange » copié sur les gilets jaune français, fin 2018,  est en train de la propulser au-devant de la scène. Qui est-elle ? Que veut-elle concrètement ? Lemediacitoyen.com est allé à sa rencontre. Portrait !

 

 

Ce 10 janvier 2019 est un jeudi. Un jeudi orange. C’est le jour choisi par l’ivoirienne Pulcherie Edith Gbalet pour exprimer la colère hebdomadaire comme le samedi des gilets jaune français. Vêtue d’un jean bleu et d’un teeshirt orange, la présidente de l’Action pour la Restauration de la Dignité Humaine (ARDH) reçoit l’équipe de Lemediacitoyen.com dans son bureau à Abidjan-Cocody. Impossible de ne pas remarquer ses cheveux crépus roux.  Le cheveux crépus ou  nappy hair à la mode ces dernières années, exprime aussi la revendication.

« Nous ne sommes pas dans le même contexte que la France. Nous voulons juste que chaque ivoirien se sente interpellé. Pour avoir vu ce que les gilets jaune font en moment en France, cela permet à tout citoyen de savoir ce qu’on attend de lui quand on parle de gilets orange »,clame-t-elle.

C’est en septembre 2018 que Pulchérie Gbalet met en place l’ARDH pour «  la gestion unique des problèmes sociaux ». La sociologue est conduite pour un mandat de trois  années à la tête de l’organisation.

L’idée de gilets orange germe au lendemain de la publication du premier rapport de l’ARDH contre les injustices sociales le 11 décembre 2018.

Dans le rapport, l’accent est mis sur les déguerpissements.

Les victimes du déguerpissement, galvanisées par l’ARHD décident par ailleurs, d’effectuer une marche le 19 décembre 2018.  Pulchérie Edith Gbalet passe l’information au préfet d’Abidjan. Ce dernier la convie à une réunion deux jours plus tard, c’est-à-dire le 13 décembre 2018.  A cette rencontre, celui-ci indique que la marche ne peut se tenir  vu le contexte de fêtes de fin d’années. Il évoque le  sous-effectif des forces de l’ordre, et  une éventuelle perturbation de la circulation. 

La marche nommée ‘’gilet orange’’ pour décrier les cas d’injustices en Côte d’Ivoire  et les cas humanitaires dont les déguerpis de Cocody  Mermoz, est alors reportée au 19 janvier 2019.

La conceptrice des gilets orange est engagée  dans l’activisme depuis 2006. D’abord  syndicaliste et membre du comité exécutif de la centrale  dignité, pour la cause des travailleurs, Pulchérie Edith Gbalet, prend le pari d’élargir son champ d’action. Elle lutte  depuis l’année 2011, contre les injustices et les abus en Côte d’Ivoire. Jusqu’à la création de l’ARDH, elle s’exprimait à travers la plateforme Forum des organisations de la société civile ivoirienne (FORSCI).

 

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 Pulcherie  Edith Gbalet, artisane d’un projet de loi sur la réconciliation

 

 Ledit forum est né en 2016,  suite aux dégâts  causés par la crise postélectorale en Côte d’Ivoire avec pour intention ‘’d’informer, de former et de défendre l’intérêt des populations’’, de sorte à parvenir à une paix durable.

Première responsable de cette organisation, Pulcherie Gbalet  entreprend des démarches à l’endroit des chefs de communautés. Elle organise des séances de formations sur les droits et devoir du citoyen  et la nécessité de la réconciliation. Au terme de ces rencontres, des recommandations faites par ces communautés sont  recensées et notées dans le document pour  un projet de loi sur la réconciliation.

Ce projet est validé le 11 aout 2018  et est transmis le 20 août 2018 à l’assemblée nationale,  Il contient 3 parties. La première parle des faits, la seconde de l’amnistie, et la dernière de la réparation en vue de soulager les victimes. Après la prise de l’ordonnance du chef de l’Etat Alassane Ouattara pour l’amnistie générale le 6 août 2018, le Forsci, toujours sous la houlette de Mme Gbalet, élabore le 30 aout 2018.un document appelé ‘’le plaidoyer du forsci’’

 Pour réitérer son engagement à une paix durable, le Forsci a symboliquement lancé l’opération  zéro violence en 2020, le 15 novembre 2017.

Quand elle réalise que le Forsci est perçu par certains ivoiriens comme une organisation politique, elle change de cap. Son objectif majeur est de « mener à bien son  combat contre les injustices ».  D’où l’ARHD.

 Pulchérie Edith Gbalet  affirme recevoir  des menaces, si bien que certains proches ne manquent pas  de lui faire part des risques qu’elle encourt.  Mais pour elle, ‘’la peur ne doit pas être un frein à toutes ces revendications’’. 

« Je suis consciente d’être dans un environnement non sécurisé, mais il ne faut pas que les choses s’arrêtent à moi. Sans moi, le peuple doit pouvoir continuer la lutte. On ne peut me convaincre d’arrêter le combat », a-t-elle dit.

La sociologue invite  la jeunesse ivoirienne à plus de responsabilité. « Les jeunes ne doivent plus se laisser instrumentaliser. Ils doivent avoir une capacité d’analyse. On suit un parti politique parce que son programme convient. Ils doivent s’instruire davantage de sorte à prendre des décisions responsables ». Et de poursuivre : «  Qu’ils s’adjoignent aux mouvement des gilets. La lutte pour la justice doit être une priorité pour tous. Ce n’est pas une lutte politique, car elle va au-delà de toutes les appartenances », se veut-elle rassembleuse.

« Grâce à nos actions sur le terrain, les acquéreurs du lotissement de Niangon Bité n’ont pas été expropriés par la SCI les lauriers ; Grâce à notre médiation, la SICOGI a accepté de négocier avec les résidents des logements coloniaux alors qu’elle était dans une logique de destruction comme à Danga ; Grâce à nos actions, les déguerpis de Cocody Mermoz n’ont pas encore été renvoyés du complexe sportif d’Angré », comptabilise-t-elle dans un entretien médiatique.

Pulchérie Edith Gbalet  est titulaire d’un Diplôme d’Etudes Approfondies en sciences sociales obtenu à l’université de Bouaké en 1999. Elle travaille au BNETD depuis 20 années.  C’est une mère de trois enfants engagée pour la communauté.

Marina Kouakou

Lemediacitoyen.com

 

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