Violences basées sur le genre, les actions et suggestions du Mouvement femmes et paroles (Interview)

    Violences basées sur le genre. Lucarne sur l’engagement militant du mouvement Femmes et Paroles avec deux leaders de l’organisation. Ce sont Anaïs Roxanne Dagrou, activiste des droits des femmes et présidente  et Myriam Dembélé, militante féministe et chargée de relations publiques.

   En fin 2021,  se sont tenus les 16 jours d’activisme contre les VBGs. Quelle a été la particularité de ces journées par rapport aux précédentes ?

    Depuis un an environ, nous avons constaté une prise de conscience générale de la nécessité de cette campagne de sensibilisation. Les 16 jours d’Activisme existent depuis 30 ans, mais c’est seulement depuis environ 5 ans que les organismes locaux de lutte contre le VBGs s’en sont saisis. Une telle mobilisation des médias, des acteurs politiques et de toutes les organisations locales de défense des droits de la femme est inédite.

     Quel état des lieux dressez-vous des VBG en Côte-d’Ivoire ?

    La pandémie de Covid 19 a grandement accentué les inégalités entre hommes et femmes en Côte d’ivoire. Deux ans après le début de la crise sanitaire, force est de constater que les violences conjugales et intrafamiliales sont en nette hausse. Pendant que le monde entier avait les yeux tournés vers l’évolution du virus, la charge de travail des femmes augmentait, tout comme les violence sexuelles et physiques qu’elles subissent. En Côte d’Ivoire, 2674 femmes et filles victimes de Violences Basées sur le Genre (VBG) ont été prises en charge par les plateformes de VBG. Alors oui, les VBGs sont encore largement présentes dans notre société. Néanmoins, le tableau n’est pas entièrement noir.  Les mentalités changent grâce au travail des associations qui essaient de sensibiliser sur ces questions. On sent beaucoup plus l’indignation du public face aux multiples cas de violences sexuelles. On tolère beaucoup moins certains propos sexistes ou misogynes dans les médias ou sur les réseaux sociaux, les hommes s’impliquent également plus dans la lutte. Il y a des avancées encourageantes.

 

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      Qu’est ce qui a été fait au niveau de votre organisation durant les 16 jours d’activisme?

     Pour ces 16 jours d’activisme, nous avons mené plusieurs activités culturelles, éducatives et sportives afin de sensibiliser aux violences basées sur le genre de façon  participative (Panels avec des activistes, Rencontre littéraire autour du thème des violences conjugales, Cours de self défense, Atelier de peinture sur le thème de l’empowerment, soirée débat sur la masculinité positive…). Nous avons collaboré avec plusieurs activistes et associations afin de proposer des contenus diversifiés, pertinents et inclusifs.

violences basées sur le genre

       Pensez-vous que l’État de Côte d’Ivoire est réellement impliqué dans la lutte contre les VBG? Sinon qu’est ce qui manque selon vous ?

        Nous pensons qu’il y a une volonté de l’État de Côte d’ivoire de s’impliquer dans la lutte contre les VBG, surtout depuis que les cas de violences sont médiatisés et que l’opinion publique ainsi que les associations et activistes exigent des réactions rapides et efficaces des autorités compétentes. Cependant, comme dans toute lutte, la volonté ne représente qu’une partie dans le processus de résolution de ce fléau. Ce qui manque réellement est la mise à disposition de financements conséquents, la répression effective des VBGs et l’accès aux ressources éducatives. 

       Que proposez vous pour éradiquer ce fléau de notre société?

     Pour éradiquer ce fléau, il n’y a pas de potion magique, il s’agit avant tout d’éduquer la population sur les questions de VBG en commençant par les plus jeunes. Il faut également appliquer des sanctions effectives afin de briser cette impression d’impunité qui encourage les auteurs de ces violences. 

     Quels conseils donneriez vous à ces femmes victimes de ce type de violence et qui en souffrent en silence?

    Prendre la parole. Nous savons que c’est plus facile à dire qu’à faire, mais nous encourageons toutes les survivantes à parler des violences qu’elles subissent. Rester dans le silence tue à petit feu. Que vous soyez survivantes de violences conjugales, de viol, de harcèlement… Votre libération commencera dès que vous oserez dire à voix haute ce que vous vivez. Il y a de nombreuses associations prêtes à vous aider, de nombreuses personnes prêtes à vous écouter. Vous n’êtes pas seules. 

      Au delà des 16 jours d’activisme que fait votre organisation dans la lutte et la prise en charge des femmes victimes de VBG?

    Au delà des 16 jours d’activisme, nous partageons des ressources éducatives à travers des évènements pédagogiques ou des formations et ateliers à destination des femmes et des filles. Par exemple, cette année nous avons tenu un panel sur l’autonomisation féminine à Bouaflé, nous avons participé à un échange sur le leadership et l’entrepreneuriat féminin à Bouaké, nous sommes allé.e.s dans une IFEF, (une Institution de Formation de l’Education Féminine) à Anyama, pour parler des violences basées sur le genre…

 

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       Quel est l’apport de la diaspora dans la lutte contre les VBG ?

      Quand on a trop longtemps côtoyé des réalités dans un environnement donné, il peu parfois être difficile de prendre assez de recul pour comprendre leur impact négatif ou pour trouver des axes de changement. La lutte contre les violences basées sur le genre est un combat mondial. Chaque activiste, chaque association peut apporter des ressources éducatives, matérielles, financières, humaines inestimables pour mener à bien cette lutte. Les échanges d’expérience et le partage de connaissances entre la diaspora et les organismes locaux ont une importance capitale pour mieux appréhender le caractère global de la cause.

  Interview réalisée par Delorès Pie

  Lemediacitoyen.com

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